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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300090

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300090

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300090
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantLE GLOAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 10 et 25 janvier 2023, Mme A C épouse B, représentée par Me Le Gloan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2022 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Indre-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;

- elle est fondée sur un refus de titre de séjour illégal.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 février 2023, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lombard,

- et les observations de Me Le Gloan, représentant Mme B.

Par une note en délibéré enregistrée le 26 juin 2024, la requérante a produit des pièces complémentaires.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse B, née le 30 mars 1991 et de nationalité marocaine, déclare être entrée en France le 4 février 2017. Elle a sollicité, le 25 mars 2022, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 décembre 2022, la préfète d'Indre-et-Loire lui a refusé la délivrance de ce titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme B demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Létranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

3. Mme B soutient qu'à la date de la décision attaquée, sa famille et elle résident en France depuis plus de cinq ans, que ses enfants, âgés de 5 et 10 ans, y sont scolarisés depuis leur arrivée sur le territoire français, que son mari y travaille, qu'elle fait du bénévolat au sein d'une association humanitaire et qu'elle parle et écrit parfaitement bien le français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français depuis son entrée en France, que l'activité salariée de son mari n'est justifiée qu'à raison de trois bulletins de salaire et qu'à supposer établie la réalité de son engagement associatif, ces éléments sont insuffisamment à démontrer l'existence de liens anciens, intenses et stables en France ainsi que d'une intégration réelle. Il n'est pas établi que la requérante serait dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans et où rien ne s'oppose à la reconstitution de la cellule familiale, avec son mari et ses enfants mineurs, lesquels peuvent y poursuivre leur scolarité. Dès lors, la décision de refus de séjour n'a pas porté une atteinte disproportionnée au respect de la vie privée et familiale de la requérante. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont infondés et doivent être écartés.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

5. Les éléments exposés au point 3 ne constituent pas davantage à eux seuls des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne permettent d'établir que la préfète d'Indre-et-Loire aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de Mme B. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas fondé et doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français contestée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit également être écarté.

8. En second lieu, en l'absence d'illégalité établie de la décision litigieuse portant refus de titre de séjour, la décision distincte du même jour portant obligation de quitter le territoire français n'est pas privée de base légale. Par suite, l'exception d'illégalité doit être écartée.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français doivent également être rejetées.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 15 décembre 2022 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a rejeté la demande de titre de séjour de Mme B et l'a obligée à quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction de la requérante doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais du litige :

12. La requérante étant, dans la présente instance, la partie perdante, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président,

M. Lombard, premier conseiller, rapporteur,

M. Lardennois, premier conseiller.

Lu en audience publique le 18 septembre 2024.

Le rapporteur,

A. LOMBARDLe président,

B. GUÉVEL

Le greffier,

B. VESIN

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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