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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300108

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300108

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300108
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP CARIOU LEVEQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I.- Par une requête, enregistrée le 11 janvier 2023, M. B C, représenté par Me Sandrine Cariou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2022 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays dont il possède la nationalité ou tout autre pays dans lequel il est légalement admissible, comme pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation sans délai et, dans l'attente de l'examen de sa demande, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur la prise en compte de ses problèmes de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2022.

II. Par une requête, enregistrée le 11 janvier 2023, Mme D A, représentée par Me Sandrine Cariou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2022 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays dont elle possède la nationalité ou tout autre pays dans lequel elle est légalement admissible, comme pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation sans délai et, dans l'attente de l'examen de sa demande, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur la prise en compte de ses problèmes de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Mme D A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Guével a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C et Mme D A, de nationalité guinéenne, déclarent être entrés en France respectivement le 13 juillet 2017 et le 28 décembre 2018. M. C et Mme A ont sollicité l'asile respectivement le 25 septembre 2017 et le 25 janvier 2019, demandes rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 28 mai 2019, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 21 février 2020. Le 3 juin 2020, ils ont fait l'objet de décisions portant obligation de quitter le territoire français par le préfet d'Indre-et-Loire, confirmées par le tribunal administratif d'Orléans le 14 octobre 2020. Le 18 novembre 2021, ils ont sollicité leur admission exceptionnelle au séjour. Le 14 octobre 2022, le préfet de Loir-et-Cher a pris à leur encontre des arrêtés portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. M. C et Mme A demandent l'annulation de ces arrêtés.

2. Les deux requêtes susvisées présentent à juger des situations connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par M. Nicolas Hauptmann. Par un arrêté du 25 janvier 2021, publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Loir-et-Cher, le préfet de Loir-et-Cher a donné à M. Nicolas Hauptmann, secrétaire général de la préfecture, une délégation de signature à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département () / A ce titre cette délégation comprend donc, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers () ". Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les arrêtés en litige comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement au sens des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Ils sont suffisamment motivés. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /(). ".

6. Si les requérants se prévalent de leur insertion en France où ils ont des liens personnels et familiaux avec la présence de leurs deux jeunes enfants nés sur le territoire français, leurs activités professionnelles et bénévoles, il ressort des pièces du dossier qu'ils ne disposent pas d'attaches anciennes, intenses et stables en France et qu'ils n'établissent pas être dépourvus de toutes attaches dans leur pays d'origine où rien ne fait obstacle à la reconstitution de la cellule familiale. Ainsi, ils ne justifient pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celui de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / (). ".

8. Pour les motifs exposés au point 6, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés contestés méconnaitraient les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen afférent doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1.- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / (). ".

10. Si les requérants soutiennent que les décisions en litige portent une atteinte disproportionnée au droit au respect de leur vie privée ou familiale, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les motifs exposés aux points 6 et 8 du présent jugement.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

12. Les requérants soutiennent qu'ils sont parents de deux jeunes enfants de 3 ans et 1 an à la date des décisions contestées, que la Guinée est un pays où la mortalité infantile est très importante et où ils n'auraient pas accès aux soins et à l'éducation comme en France. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants justifient de craintes réelles et personnelles pour l'accès aux soins et à l'éducation pour leurs enfants en Guinée. De plus, les obligations de quitter le territoire français attaquées n'ont pas pour objet ni pour effet de séparer les requérants de leurs enfants mineurs. Aussi, rien ne fait obstacle à la reconstitution de la cellule familiale dans leur pays d'origine commun. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. Si Mme A et M. C allèguent qu'ils courent un risque important de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans leur pays d'origine, ils n'apportent pas d'élément de nature à établir la réalité et l'actualité de ces menaces. Au demeurant, les demandes d'asile déposées par Mme A et M. C ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. En dernier lieu, si Mme A et M. C soutiennent qu'ils ont tous les deux des problèmes de santé et qu'ils en ont fait part à l'autorité préfectorale à l'appui de leur demande de titre de séjour respective, il ressort des pièces du dossier qu'ils n'ont pas sollicité de titre de séjour pour raison médicale et qu'ils n'établissent pas être dans l'impossibilité de pouvoir voyager et retourner en Guinée ni y être exposés de risques pour leur santé. Par suite, les décisions attaquées ne sont pas entachées d'erreur manifeste d'appréciation des problèmes de santé des requérants. Pour les motifs exposés aux points 14 et 15, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'ils seraient protégés de l'éloignement.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions en injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme A et de M. C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à M. B C et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président-rapporteur,

M. Lombard, premier conseiller,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

B. GUÉVEL

L'assesseur le plus ancien,

A. LOMBARD

Le greffier,

B. VESIN

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2300108

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