Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300115

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300115
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP HARDY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a rejeté la requête de M. C, de nationalité algérienne, qui contestait l'arrêté du préfet d'Indre-et-Loire du 11 janvier 2023 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai. Le tribunal a jugé que la décision était signée par une autorité compétente et suffisamment motivée. Il a également estimé que l'état de santé de l'intéressé ne faisait pas obstacle à son éloignement et que la mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La requête a donc été rejetée dans son ensemble.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 12, 13 et 17 janvier 2023, M. M'hamed El Amine Imad C, représenté par Me Albane Hardy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays dont il possède la nationalité ou tout autre pays dans lequel il est légalement admissible, comme pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer un récépissé puis un titre de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ou de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 950 euros à lui verser au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de son état de santé ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de l'atteinte portée à sa vie privée et familiale ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences de son renvoi en Algérie.

Des mémoires en production de pièces, enregistrés le 18 janvier 2023, le 30 mai 2023 et le 17 juin 2024, ont été versés à l'instance par le préfet d'Indre-et-Loire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Guével a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. M'hamed El Amine Imad C, de nationalité algérienne, déclare être rentré irrégulièrement en France à la fin de l'année 2021, après avoir été éloigné en novembre 2018 vers son pays d'origine en exécution d'une mesure d'éloignement prise à son encontre le 9 septembre 2018, à raison de laquelle il a formé un recours qui a été rejetée par le tribunal administratif de Lille le 23 octobre 2018. Le 11 janvier 2023, le préfet d'Indre-et-Loire a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Nadia Seghier, secrétaire générale de la préfecture d'Indre-et-Loire. Par un arrêté du 2 janvier 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, M. B A, préfet d'Indre-et-Loire, a donné délégation à Mme Nadia Seghier à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département ou de l'exercice des pouvoirs de police administrative, générale ou spéciale, du préfet, y compris : / les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté en litige comporte les considérations de droit, en particulier les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, ainsi que les considérations de fait, qui en constituent le fondement au sens des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il est donc suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, si M. C se prévaut de ce qu'il a des soucis de santé et qu'il se fait suivre en France, il ressort des pièces du dossier qu'il ne démontre pas que son état de santé ne pourrait faire l'objet d'un traitement approprié dans son pays d'origine ni qu'il ne pourrait pas voyager sans risque vers l'Algérie. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision est entachée d'une erreur d'appréciation de son état de santé ne peut être accueilli.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Si M. C soutient que ses parents, ses grands-parents et ses deux frères et sa sœur sont sur le territoire français et qu'il n'a plus aucune famille en Algérie, il ressort des pièces du dossier que, toutefois, l'intéressé est célibataire, sans enfant, ni ressources en France, et ne justifie d'aucune insertion sur le territoire français ni d'aucunes perspectives d'intégration à la société française. En outre, il s'est maintenu sur le territoire irrégulièrement sans procéder à des démarches pour régulariser sa situation et est défavorablement connu des services de police pour de nombreux faits de vol, pour outrage à personne dépositaire de l'autorité publique, pour port d'arme blanche ou incapacitante et pour violence volontaire aggravée, infractions à raison desquelles il a été condamné à des peines d'emprisonnement délictuel de deux mois par le tribunal pour enfant D en 2018 et de six mois par le tribunal correctionnel de Paris en 2019. Il a d'ailleurs fait l'objet d'une précédente décision d'obligation de quitter le territoire français, le 9 septembre 2018, et d'un éloignement effectif à destination de son pays d'origine, le 8 novembre 2018. De plus, Ainsi l'arrêté attaqué ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

7. En premier lieu, en l'absence d'illégalité établie de la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le pays de destination n'est pas privée de base légale. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de renvoi pas voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

8. En dernier lieu, M. C allègue sans l'établir qu'en cas de retour en Algérie, il court des risques d'une exceptionnelle gravité, du fait du statut d'ancien combattant de son arrière-grand-père. Par suite, le moyen tiré que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de son renvoi en Algérie ne peut être accueilli.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions en injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. M'hamed El Amine Imad C et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président-rapporteur,

M. Lombard, premier conseiller,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

B. GUÉVEL

L'assesseur le plus ancien,

A. LOMBARD

Le greffier,

B. VESIN

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300115