jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2300138 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | ESSOUMA AWONA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 janvier 2023, Mme C A, représentée par Me Essouma Awona demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2022 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'éloignement forcé ;
2°) d'enjoindre à la préfète, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de lui enjoindre de procéder au réexamen de sa situation, dans le même délai, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
- elles ont été signées par une autorité incompétente ;
- elles ont été prises en méconnaissance du droit d'être entendu ;
- la préfète a instruit sa demande de titre de séjour sur un fondement juridique erroné ;
- les décisions en litige sont entachées d'une erreur de fait, dès lors qu'elle n'a plus d'attache dans son pays d'origine ; cela révèle que la préfète n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation et qu'elle a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- elles méconnaissent l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles méconnaissent également l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu et est insuffisamment motivée ;
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire enregistré le 23 avril 2024, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lesieux a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, ressortissante ivoirienne née en 1963, est entrée en France le 1er août 2021 sous couvert de son passeport muni d'un visa de court séjour.
Le 20 juin 2022, elle a sollicité son admission au séjour en faisant valoir la présence en France de son fils, de nationalité française. Par un arrêté du 28 décembre 2022, dont Mme A demande l'annulation, la préfète du Loiret a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait renvoyée en cas d'exécution d'office.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Christophe Carol, secrétaire général adjoint de la préfecture, qui bénéficiait d'une délégation de la préfète du Loiret du 27 juillet 2021, publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, lui permettant de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Benoît Lemaire, secrétaire général de la préfecture, " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figure pas celui contesté.
Il n'est pas établi, ni même allégué, que M. B n'aurait pas été absent ou empêché. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, Mme A, qui ne saurait utilement invoquer le droit d'être entendu garanti par le droit de l'Union européenne à l'encontre de la décision refusant de lui accorder un titre de séjour, qui n'entre pas dans le champ du droit de l'Union européenne, a pu présenter toute observation utile sur sa situation dans le cadre de l'examen de sa demande de titre de séjour. Lorsque, comme en l'espèce, la mesure d'éloignement est fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative n'est pas tenue de mettre à même l'intéressée de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique sur l'obligation de quitter le territoire français, qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.
4. En troisième lieu, il ne résulte ni des termes des décisions attaquées, ni d'aucune pièce du dossier que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme A, telle qu'elle lui a été présentée.
5. En quatrième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que pour refuser à Mme A la délivrance d'un titre de séjour pour motif familial, la préfète du Loiret s'est fondée sur la circonstance qu'elle ne remplissait pas les conditions prévues à l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son fils, de nationalité française, né en 1978, était majeur. Si l'intéressée soutient qu'elle a présenté sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-11 de ce code, en qualité de parent à charge d'un français, elle ne l'établit pas. La requérante n'est, dès lors, pas fondée à soutenir que la préfète se serait méprise sur le fondement de sa demande.
7. D'autre part, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que Mme A aurait sollicité son admission au séjour, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison de son état de santé. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est, par suite, inopérant.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Mme A fait valoir qu'elle est à la charge de son unique enfant de nationalité française, lequel assure la prise en charge de ses besoins, que contrairement aux mentions de l'arrêté contesté, ses seules attaches familiales sont en France dès lors que son unique sœur est de nationalité française et vit en France et qu'il en est de même de ses petits-enfants et neveu. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme A, entrée récemment en France, a vécu jusqu'à l'âge de 58 ans en Côte d'Ivoire, où elle n'est nécessairement pas dépourvue d'attaches, et ce même si plusieurs membres de sa famille sont français et vivent en France. Par ailleurs, rien ne fait obstacle à ce qu'elle continue à percevoir, dans son pays d'origine, une aide financière de son fils et il ne ressort pas des pièces du dossier que son état de santé imposerait sa présence en France. Ainsi, en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français, la préfète du Loiret n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces décisions ont été prises. Il n'a pas davantage entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
10. En dernier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que l'erreur de fait qui entacherait les décisions en litige, en ce qu'elles mentionnent la présence en Côte-d'Ivoire de la sœur de Mme A, à la supposer établie, n'a eu aucune incidence sur l'appréciation portée sur la situation de l'intéressée et sur le sens des décisions prises.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
11. En premier lieu, la décision par laquelle la préfète du Loiret a désigné le pays à destination duquel Mme A pourra être éloignée d'office, vise les articles L. 612-12 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne la nationalité de l'intéressée et constate que cette dernière n'établit pas être exposée à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
12. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 3, et alors que Mme A ne fait valoir aucun élément pertinent tenant à sa situation personnelle qu'elle aurait été privée de faire valoir devant l'autorité préfectorale et qui aurait été de nature à faire obstacle à la désignation de la Côte-d'Ivoire comme pays de renvoi, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu garanti par le droit de l'Union européenne ne peut qu'être écarté.
13. En dernier lieu, il résulte de l'examen de la légalité de l'obligation de quitter le territoire français, que Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette mesure d'éloignement à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision désignant le pays de renvoi. Cette dernière décision n'ayant été prise ni en application ni sur le fondement de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour, la requérante ne saurait utilement exciper de l'illégalité de ce refus de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées.
Sur les autres conclusions :
15. Eu égard à ce qui vient d'être énoncé, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lesieux, présidente,
Mme Bernard, première conseillère,
Mme Dicko-Dogan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La présidente-rapporteure,
L'assesseure la plus ancienne,
Sophie LESIEUX
Pauline BERNARD
La greffière,
Nadine REUBRECHT
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026