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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300147

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300147

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300147
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP LE METAYER & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 janvier 2023 et le 11 mai 2023, M. A C, représenté par Me Petit, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de l'université de Tours en date du 7 décembre 2022 prononçant à son encontre une sanction d'un an d'exclusion de l'établissement avec sursis ;

2°) mettre à la charge de l'université de Tours la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'erreurs de droit, de fait et d'appréciation car s'il a pu faire preuve d'immaturité, il n'a jamais été l'auteur d'un comportement " inapproprié, agressif et non professionnel ", ou de " harcèlement ou d'agressions sexuelles " envers des étudiantes, des agents, ou encore des patients et rien ne permet de retenir que son comportement a été à l'origine d'une " atteinte à l'ordre, au bon fonctionnement ou à la réputation " de l'université de Tours ;

- la sanction prononcée est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 mars 2023 et un mémoire déposé le 30 juin 2023, l'université de Tours conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que le moyen soulevé n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lefebvre-Soppelsa,

- les conclusions de M. Joos, rapporteur public,

- et les observations de Me Lucas, représentant M. C, et de Mme B, représentant l'université de Tours.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, en troisième cycle de médecine à l'université de Tours, a effectué son stage de premier semestre au sein du service d'endocrinologie, diabète et nutrition au sein du centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours de novembre 2020 à avril 2021. A la suite d'un signalement adressé le 22 avril 2022 par le chef de service de médecine interne du CHRU de Tours à la directrice de l'hôpital, au doyen de la faculté de médecine, ainsi qu'au président de la commission médicale de l'établissement, faisant état d'un comportement inapproprié adopté par M. C " vis-à-vis des femmes " durant sa période de stage de novembre 2020 à avril 2021, une enquête conjointe a été diligentée par la directrice générale du centre hospitalier et le président de l'université. M. C a été informé par le CHRU, puis par l'université, de l'engagement de deux procédures disciplinaires distinctes à son encontre. A l'issue de la première, la directrice générale du CHRU de Tours, par une décision du 12 août 2022, lui a infligé un blâme pour le motif d'un " comportement pouvant relever de la catégorie des violences sexistes et sexuelles ". Le recours formé contre cette sanction ensemble le rejet de son recours gracieux, a été rejeté par un jugement n° 2300067 rendu par la 4ème chambre du tribunal administratif d'Orléans le 9 juillet 2024. Par courrier daté du 22 septembre 2022, M. C a été informé par l'université de Tours de la saisine de la section disciplinaire du conseil académique puis, par courrier daté du 26 septembre 2022, il a été convoqué à une séance d'instruction de la commission de discipline, le 19 octobre 2022. Le 26 octobre 2022, un rapport d'instruction a été établi. La commission de discipline de l'université de Tours s'est réunie le 21 novembre 2022. Le 7 décembre 2022, M. C il s'est vu notifier une sanction d'un an d'exclusion de l'établissement avec sursis pour des faits relatifs à un comportement inapproprié, agressif et non-professionnel envers des étudiantes, agents et patientes, conduisant à porter atteinte à l'ordre, au bon fonctionnement ou à la réputation de l'université, comportements de nature à créer un trouble au sens de l'article R. 811-11 du code de l'éducation, dont il demande par la présente requête l'annulation.

2. Aux termes de l'article R. 811-11 du code de l'éducation : " Relève du régime disciplinaire prévu aux articles R. 811-10 à R. 811-42 tout usager de l'université lorsqu'il est auteur ou complice, notamment : / 1° D'une fraude ou d'une tentative de fraude commise notamment à l'occasion d'une inscription, d'une épreuve de contrôle continu, d'un examen ou d'un concours ; / 2° De tout fait de nature à porter atteinte à l'ordre, au bon fonctionnement ou à la réputation de l'université. / Peuvent être également sanctionnées les fraudes ou les tentatives de fraude commises à l'occasion d'une inscription dans un établissement d'enseignement supérieur privé lorsque cette inscription ouvre l'accès à un examen de l'enseignement supérieur public ou les fraudes ou tentatives de fraude commises dans cette catégorie d'établissement à l'occasion d'un examen conduisant à l'obtention d'un diplôme national. " et aux termes de l'article R. 811-36 du même code : " I.- Les sanctions disciplinaires applicables aux usagers des établissements publics d'enseignement supérieur sont, sous réserve des dispositions de l'article R. 811-37 : / 1° L'avertissement ; / 2° Le blâme ; / 3° La mesure de responsabilisation définie au II ; / 2° Le blâme ; / 3° La mesure de responsabilisation définie au II ; 4° L'exclusion de l'établissement pour une durée maximum de cinq ans. Cette sanction peut être prononcée avec sursis si l'exclusion n'excède pas deux ans ; 5° L'exclusion définitive de l'établissement ; 6° L'exclusion de tout établissement public d'enseignement supérieur pour une durée maximum de cinq ans ; 7° L'exclusion définitive de tout établissement public d'enseignement supérieur. () ".

3. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un étudiant ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

4. En l'espèce, l'université de Tours, suite à l'audition de M. C devant la commission de discipline, a pris la sanction en litige en retenant qu'il a prononcé des paroles à connotation sexuelle ou à caractère raciste envers des étudiantes sur son lieu d'exercice professionnel et qu'il a eu des comportements ayant conduit à un dépôt de plainte et une main courante contre lui pour des faits relevant de la catégorie des agressions sexuelles, faits de nature à porter atteinte à l'ordre, au bon fonctionnement et à la réputation de l'université.

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment des témoignages de la chef de clinique, d'une interne, et d'une docteure du service de nutrition, recueillis lors des auditions conduites par la commission ad hoc mixte paritaire de l'hôpital, que M. C, ainsi qu'il l'a reconnu lors de son audition par la commission de discipline, a tenu des paroles déplacées envers des externes, notamment des propos à caractère sexuel. Il ressort également d'une main courante déposée par une autre interne au CHRU, et d'une plainte d'une aide-soignante au CHR d'Orléans, qu'il a été mis en cause pour des faits commis en dehors de l'hôpital pouvant relever de la catégorie des agressions sexuelles. La matérialité de ces faits n'est pas sérieusement remise en cause par le requérant qui se borne à indiquer, s'agissant des propos qu'il a tenus, avoir fait preuve d'un humour mal compris qu'il regrette et d'immaturité, et s'agissant des gestes qui lui sont reprochés, à contester toute contrainte et à souligner qu'aucune poursuite pénale n'a été engagée à son encontre, et à produire les attestations en sa faveur de deux internes et un externe en endocrinologie au CHRU de Tours. Ces faits, établis, qui constituent des fautes et sont, contrairement à ce que le requérant soutient, de nature à porter atteinte à l'ordre, au bon fonctionnement et à la réputation de l'université de Tours, justifient une sanction disciplinaire. Eu égard à la nature et à la gravité de ces fautes, la décision prise par la commission de discipline d'infliger à M. C une exclusion de l'établissement pour une durée d'un an avec sursis n'est pas disproportionnée.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Copie en sera transmise à l'université de Tours.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Keiflin, première conseillère,

M. Garros, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

L'assesseure la plus ancienne,

Laura KEIFLIN

Le greffier,

Vincent DUNET

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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