jeudi 26 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2300152 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MARIETTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 janvier et le 19 janvier 2023, M. A D, représenté par Me Mariette, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2023 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination ;
3°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2023 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir l'a assigné à résidence dans le département d'Eure-Loir pour une durée de quarante-cinq jours;
4°) d'annuler la décision du 14 janvier 2023 portant rétention de son passeport ;
5°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 € par jour de retard, ou à titre subsidiaire une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, ou à titre infiniment subsidiaire de prendre une nouvelle décision dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve que son conseil renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- toutes les décisions attaquées sont entachées d'un vice d'incompétence de leur auteur ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrer un titre de séjour :
- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de la situation médicale et de la scolarité de son fils C ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de délivrer un titre de séjour ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait et en droit ;
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de délivrer un titre de séjour ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2023, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 20 janvier 2023 :
- le rapport de Mme B,
- les observations de M. D, traduites par M. E, un proche du requérant à qui il a demandé assistance. Le requérant a précisé qu'il bénéficie de l'aide de plusieurs associations, telles que les Restos du cœur dont il produit l'attestation de la responsable du centre de Châteaudun, le Secours populaire et la Croix rouge. Il produit également des documents médicaux datant de 2022 et 2023 selon lesquels son médecin généraliste demande un avis cardiologique à un confrère en raison des facteurs de risques cardio-vasculaires, notamment depuis son intervention chirurgicale de 2019. Il décrit également l'état de santé de son fils, fondement de la demande de titre de séjour de sa conjointe, et raison pour laquelle il est revenu en France en 2021 après être retourné dans son pays à la suite d'une obligation de quitter le territoire français, et souhaite y rester. Il confirme qu'il n'a pas encore demandé de titre de séjour depuis son retour en France. Il décrit ses conditions de vie en France et présente son projet de travail dans le milieu agricole et d'apprentissage de la langue française.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, de nationalité géorgienne, né le 7 novembre 1964, déclare être entré en France le 25 décembre 2021, muni d'un passeport en cours de validité. Le 14 janvier 2023, il est auditionné par les services de la gendarmerie nationale pour vérification de son droit au séjour. Par un premier arrêté du même jour, la préfète d'Eure-et-Loir l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination. Par un second arrêté, la préfète d'Eure-et-Loir l'a assigné à résidence dans le département d'Eure-Loir pour une durée de quarante-cinq jours. Par une décision du même jour, la préfète d'Eure-et-Loir a décidé de retenir son passeport.
Sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. D.
Sur l'étendue du litige :
4. Il ressort des termes de l'arrêté du 14 janvier 2023, par lequel la préfète
d'Eure-et-Loir l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination, que la préfète a spontanément examiné si le requérant pouvait bénéficier d'une admission exceptionnelle, en considérant que M. D " ne présente aucun motif exceptionnel ou circonstance humanitaire permettant une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ", après avoir estimé qu' " il ne dispose pas d'une durée de séjour suffisante et n'apporte pas la preuve ni de diplôme ni de qualification dans un métier caractérisé par des difficultés de recrutement permettant de considérer que cette demande puisse relever de motifs exceptionnels selon les termes de l'article L. 435-1 " précité.
5. M. D a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1 alinéa 2 et d'une mesure d'assignation à résidence sur le fondement de l'article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En application des dispositions des articles L. 614-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 776-17 du code de justice administrative, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination, prononçant une interdiction de retour et portant assignation à résidence. La formation collégiale du tribunal reste saisie des conclusions de la requête de M. D tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ainsi que de celles relatives au frais de l'instance.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. Les arrêtés et la décision attaqués ont été signés par M. Yann Gérard, secrétaire général de la préfecture d'Eure-et-Loir qui bénéficie d'une délégation de signature " à l'effet de signer tous les arrêtés, décision () relevant des attributions de l'Etat dans le département d'Eure-et-Loir ", accordée par un arrêté du 23 septembre 2022, régulièrement publié au registre des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur des arrêtés et de la décision attaqués doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
8. Le requérant se prévaut d'une part de l'état de santé de son fils, C, atteint d'une malformation papillaire gauche, pour laquelle il bénéficie d'un suivi médical à l'hôpital Necker. Il conteste l'avis du 1er mars 2022 du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, émis dans le cadre de l'instruction de la demande de titre de séjour de la conjointe du requérant, en qualité de parent d'enfant malade, selon lequel l'état de santé de l'enfant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers le pays d'origine. Toutefois, alors que les documents médicaux qu'il produit sont relatifs à l'état de santé de l'enfant entre 2018 et 2020 et n'en mentionnent pas l'évolution, ils n'infirment pas l'appréciation du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. D'autre part, si le requérant fait état de la scolarité de C depuis 2018, désormais élève en classe de 5ème à la date de la décision attaquée, aucun élément ne permet d'établir que sa scolarité ne pourrait pas se poursuivre en Géorgie. Par suite, ces deux circonstances sont insuffisantes pour constituer des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que le moyen doit être écarté.
9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, eu égard à ses conditions d'entrée et de séjour en France et alors que les seules demandes d'avis médicaux produits à l'audience ne permettent pas d'établir l'état de santé du requérant, la préfète n'a pas entaché son appréciation d'une erreur manifeste.
10. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés par voie d'exception de l'illégalité du refus de titre de séjour doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
11. En premier lieu, d'une part, il ressort des termes de l'arrêté du 14 janvier 2023 portant notamment la décision fixant le pays de renvoi, que la préfète a relevé que le requérant, de nationalité géorgienne, est entré en France muni d'un passeport valable de 2021 à 2031, délivré par les autorités géorgiennes. De plus, la préfète a considéré, sans être contestée, que le requérant n'est pas exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. D'autre part, la préfète a examiné la situation du requérant au regard des articles L. 612-12 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment visés par l'arrêté du 14 janvier 2023 précité. Par suite, la décision attaquée énonce de façon précise les circonstances de droit et de fait pour lesquelles la Géorgie est le pays de renvoi, et le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
12. En second lieu, eu égard à ce qui a été dit aux points 7 à 9, le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par le requérant à fin d'annulation à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi, l'assignant à résidence et portant rétention du passeport du requérant doivent être rejetées. Les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont, par voie de conséquence rejetées.
D E C I D E :
Article 1er: M. D est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la préfète d'Eure-et-Loir.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.
La magistrate désignée
Séverine B
La greffière,
Nathalie ARCHENAULT
La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026