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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300192

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300192

mardi 14 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300192
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Yela Koumba, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2022 par laquelle la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'à ce qu'il soit de nouveau statué sur sa demande, au besoin sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de fait dès lors que les condamnations mentionnées pour établir l'atteinte à l'ordre public qui lui est opposée ne sont pas établies ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ont été méconnues ;

- la décision contestée méconnaît les dispositions des articles L. 423-16 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2024, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la décision contestée est suffisamment motivée ;

- l'erreur de fait n'est pas établie ;

- le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant dès lors qu'aucune demande de regroupement familial n'a été présentée au bénéfice du requérant ;

- il devra en tant que de besoin lui être substitué le motif tiré de ce que la situation de M. B relève du regroupement familial ;

- les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Defranc-Dousset,

- et les observations de Me Yela Koumba, représentant M. B.

Une note en délibéré présentée par Me Yela Koumba a été enregistrée le 26 avril 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M A B, ressortissant tunisien né le 17 août 1973, est selon ses déclarations entré en France en 2011. En 2018, il s'est vu délivrer au regard de son état de santé une carte de séjour temporaire valable du 18 mai au 17 novembre 2018. Sa demande de renouvellement de ce titre de séjour a fait l'objet d'un avis défavorable du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le 18 février 2020 il a présenté auprès des services de la préfecture du Loiret une demande de titre de séjour " vie privée et familiale " en se prévalant de son mariage le 18 janvier 2020 avec Mme C. Par une décision du 9 décembre 2022 dont il demande l'annulation, la préfète du Loiret a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ".

3. La décision attaquée a été prise sur le seul fondement de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que le casier judiciaire du requérant comporte plusieurs mentions de condamnations dont la gravité, additionnée à la nature des faits, constitue une atteinte à l'ordre public. Toutefois, si les faits relevés par la préfète, en l'espèce la condamnation de M. B le 9 juin 2016 par le tribunal correctionnel d'Arras à 5 mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis et détention frauduleuse de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation, ainsi que par le tribunal correctionnel de Créteil le 6 novembre 2017 à 90 jours-amende à 10 euros à titre principal et confiscation de l'objet de l'infraction pour recel de faux document administratif et conduite d'un véhicule sans permis, sont établis, en revanche, les multiples faits de violence sur mineur, violence avec incapacité de moins de 8 jours, violence par un personne étant ou ayant été conjoint ou concubin, menaces de mort, dégradation de biens, violation de domicile, violence sans incapacité, soustraction d'enfant par ascendant ou personne ayant autorité, commis entre 2013 et 2020, mentionnés selon la préfète au fichier des traitements d'antécédents judiciaires, ne sont aucunement établis, n'ont donné lieu à aucune condamnation ainsi que cela ressort de l'extrait de casier judiciaire communiqué et sont fermement contestés par le requérant. Par suite, la décision contestée est entachée d'une erreur de faits et d'une erreur de droit, la menace grave et actuelle à l'ordre public n'étant pas établie.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision 9 décembre 2022 refusant la délivrance d'un titre de séjour à M B doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif fondant l'annulation prononcée, et alors qu'en l'état du dossier aucun autre moyen n'est susceptible d'être accueilli, le présent jugement implique seulement pour son exécution, qu'il soit enjoint à la préfète du Loiret de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour présentée par M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et dans cette attente de le mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. M. B étant admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Yela Koumba renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Yela Koumba de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la préfète du Loiret du 9 décembre 2022 relative à la situation de M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de réexaminer la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Me Yela Koumba en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète du Loiret et à Me Yela Koumba.

Délibéré après l'audience du 16 avril 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Best-De Gand, première conseillère,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.

La rapporteure,

Hélène DEFRANC-DOUSSET

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,

Sarah LEROY

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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