mardi 28 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2300221 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
| Avocat requérant | ROULET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 19 janvier et 10 février 2023, M. A H, représenté par Me Héloïse Roulet, demande au tribunal :
1) d'annuler l'arrêté du 3 janvier 2023 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant la République Démocratique du Congo comme pays de destination de sa reconduite ;
2) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et une carte de résident dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai et, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire a été prise par une autorité incompétente, n'est pas suffisamment motivée, porte atteinte à sa vie privée et familiale garantie par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire, a été prise par une autorité incompétente et n'a pas été précédée d'un examen approfondi de sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire, a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée et méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2023, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. D en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Roulet, avocate de M. H.
Considérant ce qui suit :
1. M. H, ressortissant de la République Démocratique du Congo né le 1er janvier 1995, a été interpellé le 3 janvier 2023 par les services de la police aux frontières d'Orléans pour infraction à la législation sur les étrangers. Il a déclaré être entré en France en 2011 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Par un arrêté du 16 mai 2013, le préfet de la Côte d'Or l'a obligé à quitter le territoire français. Il n'a pas déféré à cette obligation et a été mis en possession d'un titre de séjour en qualité d'étudiant valable du 16 octobre 2018 au 16 octobre 2019 renouvelé jusqu'au 15 octobre 2020 par le préfet de la Côte d'Or. Par l'arrêté attaqué du 3 janvier 2023, la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de son pays d'origine.
Sur l'obligation de quitter le territoire :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. F B. Selon l'article 1er de l'arrêté n° 45-2021-07-27-00002 du 27 juillet 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 45-2021-197 et mis en ligne sur le site de la préfecture, la préfète du Loiret, a donné délégation de signature à M. Benoit Lemaire, secrétaire général, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret () " à l'exception des arrêtés portant élévation de conflit et les réquisitions de comptable public. Aux termes de l'article 2 de l'arrêté, la délégation de signature conférée à M. C est exercée, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, par M. Christophe Carol, secrétaire général adjoint de la préfecture. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'obligation de quitter le territoire attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".
4. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée du 3 janvier 2023 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation du requérant, notamment relatifs à sa situation familiale, à raison desquels la préfète l'a obligé à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Le requérant se prévaut de ces stipulations en faisant valoir qu'il vit sur le territoire français depuis douze ans, que trois de ses frères résident en France dont deux qui ont le statut de réfugié et le troisième une carte de résident, qu'il a maintenu ses liens avec ses trois frères, qu'il a fait preuve d'une volonté d'intégration en France en apprenant la langue, en suivant sa scolarité et en travaillant, qu'il vit en concubinage avec une ressortissante angolaise qui réside en France depuis 2006 avec toute sa famille, qu'il sera père dans les jours à venir, qu'il sera contraire à l'intérêt supérieur de l'enfant à naître que d'être privé de son père et que la cellule familiale ne pourra être établie dans son pays d'origine puisque sa compagne est de nationalité angolaise et réside en France depuis plus de quinze ans avec l'ensemble des membres de sa famille avec lesquels elle entretient des liens étroits. Toutefois, s'il est entré en juillet 2011 sur le territoire français alors qu'il était mineur, s'il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance du département de la Côte d'Or à compter du mois d'octobre 2011 puis a souscrit un contrat de jeune majeur avec ce département, s'il a suivi une scolarité à l'issue de laquelle il a obtenu le brevet d'études professionnelles en électrotechnique, énergie et équipements communicants en septembre 2014 puis une autre scolarité dans un lycée professionnel à l'issue de laquelle il a obtenu le baccalauréat professionnel en électronique, énergie et équipements communicants en 2017, s'il a travaillé du 20 août 2018 au 7 décembre 2021 dans l'entreprise DRQ Quétigny, il n'a pas cherché à régulariser sa situation à l'expiration le 15 octobre 2020 de sa carte de séjour temporaire. Par ailleurs, si ses trois frères résident régulièrement à Dijon sous couvert de cartes de résident en qualité de réfugié pour deux d'entre eux, il ne justifie pas de liens stables et intenses avec ses frères alors qu'il réside à Orléans. De même, il ne justifie pas résider depuis cinq ans avec Mme E G, ressortissante angolaise titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 22 août 2024, et, ainsi, avoir des liens anciens, stables et continus avec elle. En outre, s'il produit l'acte de reconnaissance de l'enfant à naître de sa liaison avec Mme G en date du 26 janvier 2023 et l'acte de naissance de l'enfant du 13 février 2023 délivré par la mairie d'Orléans selon lequel l'enfant est né le 11 février 2023, cette reconnaissance et cette naissance sont postérieures à l'arrêté attaqué et à sa notification et, par suite, sont sans incidence sur sa légalité. Enfin, il ne démontre pas, ni même n'allègue, qu'il est dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine dans lequel résident ses parents. Par suite, compte tenu de l'ensemble de ces éléments, l'obligation de quitter le territoire attaquée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et, dès lors, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
Sur la décision d'octroi d'un délai de départ volontaire :
7. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".
8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision d'octroi d'un délai de départ volontaire.
9. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 2 ci-dessus, le moyen tiré de l'incompétente de l'auteur de la décision d'octroi d'un délai de départ volontaire ne peut être accueilli.
10. Enfin, le requérant fait valoir qu'il a reconnu par anticipation un enfant à naître issu de sa relation avec sa compagne, que la naissance est prévue pour le courant du mois de février et que le délai de trente jours qui lui est laissé pour quitter le territoire français implique qu'il ne peut être présent pour assister sa compagne dans les deux derniers mois avant la naissance de l'enfant et assister à la naissance. Toutefois, il ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations de nature à démontrer que sa présence en France aux côtés de sa compagne est indispensable. Par suite, en l'absence de circonstances exceptionnelles, la préfète du Loiret n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en fixant le délai de départ volontaire à trente jours.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.
12. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 2 ci-dessus, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision fixant le pays de renvoi ne peut être accueilli.
13. En troisième lieu, l'arrêté attaqué précise la nationalité du requérant et mentionne qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine et que, dès lors, la décision qui lui est opposée ne contrevient pas aux articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi est suffisamment motivée.
14. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 6
ci-dessus, la décision fixant le pays de renvoi ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
15. Enfin, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :
1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Contrairement à ce que soutient le requérant l'article 4 de l'arrêté attaqué ne précise pas qu'il pourra être reconduit " à destination du pays dont elle a la nationalité ou qui lui a délivré un titre de voyage ou dans lequel elle prouve être légalement admissible et dans lequel elle n'établit pas que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou y être exposées à des traitements inhumains contraires à l'article 3 CESDH " mais qu'il pourra être reconduit d'office dans son pays d'origine ou tout pays susceptible de l'accueillir. Ainsi, par ces termes, l'arrêté attaqué ne méconnaît pas les dispositions précitées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. H doit être rejetée y compris ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. H est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A H et à la préfète du Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.
Le magistrat désigné,
Jean-Michel D
La greffière,
Nathalie ARCHENAULT
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026