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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300226

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300226

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300226
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantFORTAT AARPI VALWILL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 20 janvier 2023 et le 29 février 2024, M. F, représenté par Me Fortat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er août 2022 par lequel le maire de la commune de Luynes a refusé de lui délivrer un permis de construire portant sur l'extension d'un bâtiment situé sur des parcelles cadastrées section AS n°23 et 24 sur le territoire de cette commune et la décision du 21 novembre 2022 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Luynes de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Luynes une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- le bâtiment dont l'extension est projetée n'a fait l'objet d'aucun changement de destination ;

- l'extension projetée s'insère harmonieusement dans son environnement ;

- le maire a commis une erreur d'appréciation et méconnu les dispositions de l'article UX B.2.2 en ce que le bâtiment dont l'extension est projetée ne constitue pas un bâtiment à usage d'habitation et que l'extension projetée est à usage d'artisanat.

Par des mémoires enregistrés le 9 mai 2023 et le 2 avril 2024, la commune de Luynes, représentée par la SCP KPL Avocats, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le requérant n'a pas intérêt à agir en ce que la requête est introduite en son nom propre alors que la demande de permis de construire a été présentée au nom de son entreprise individuelle ;

- la décision de refus de permis de construire est confirmative de la décision de refus du 14 avril 2021 de sorte que la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de commerce ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gasnier,

- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique,

- et les observations de Me Liaud, représentant M. F, et les observations de Me Arvis, substituant la SCP KPL Avocats, représentant la commune de Luynes.

Considérant ce qui suit :

1. M. F a déposé, en qualité d'entrepreneur individuelle, une demande de permis de construire portant sur l'extension d'un bâtiment situé sur des parcelles cadastrées section AS n°23 et 24 sur le territoire de la commune de Luynes. Par arrêté du 1er août 2022, le maire de Luynes a refusé de délivrer le permis de construire sollicité. M. F demande au tribunal d'annuler cette décision de refus.

Sur les fins de non-recevoir :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 526-22 du code de commerce : " L'entrepreneur individuel est une personne physique qui exerce en son nom propre une ou plusieurs activités professionnelles indépendantes () ". Il résulte de ces dispositions qu'un entrepreneur individuel n'est pas doté d'une personnalité juridique distincte de celle la personne physique qui exerce cette activité. Par suite, en introduisant sa requête en son nom propre, M. F, par ailleurs entrepreneur individuel, avait bien intérêt à agir pour demander l'annulation du refus de permis de construire opposé à son entreprise individuelle. Par suite, la fin de non-recevoir doit être écartée.

3. En deuxième lieu, l'arrêté du 17 juillet 2020 refusant un premier permis de construire pour la même construction a été pris sur le fondement du plan local d'urbanisme de Luynes approuvé le 10 mai 2004 et modifié le 11 mars 2014, alors que l'arrêté en litige trouve son fondement dans le PLU approuvé le 25 mars 2021 par Tours Métropole Val de Loire. Dès lors, eu égard à ces changements de circonstances de droit, l'arrêté en litige ne peut être regardé comme confirmatif du premier refus de permis de construire édicté le 17 juillet 2020. Au surplus, le projet en litige de M. F se distingue de la précédente demande présentée le 23 février 2020 qui a fait l'objet d'un refus daté du 17 juillet 2020 laquelle prévoyait, contrairement au projet en litige, un bâtiment à usage d'habitation, changement ayant une incidence directe sur l'application des règles d'urbanisme. La fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête doit donc être écartée.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

4. En premier lieu, par arrêté du 10 juin 2020, régulièrement publié et transmis au représentant de l'Etat dans le département le 15 juin 2020, M. C D, maire de la commune de Luynes a donné délégation à M. A E, adjoint au maire et signataire de l'arrêté attaqué à l'effet de signer " tous les documents liés au droit du sol " et notamment les refus de permis de construire. Par suite le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

5. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire précise : () e) La destination des constructions, par référence aux différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ".

6. L'autorité administrative saisie d'une demande de permis de construire peut relever les inexactitudes entachant les éléments du dossier de demande relatifs au terrain d'assiette du projet, notamment sa surface ou l'emplacement de ses limites séparatives, et, de façon plus générale, relatifs à l'environnement du projet de construction, pour apprécier si ce dernier respecte les règles d'urbanisme qui s'imposent à lui. En revanche, le permis de construire n'ayant d'autre objet que d'autoriser la construction conforme aux plans et indications fournis par le pétitionnaire, elle n'a à vérifier ni l'exactitude des déclarations du demandeur relatives à la consistance du projet à moins qu'elles ne soient contredites par les autres éléments du dossier joint à la demande tels que limitativement définis par les dispositions des articles R. 431-4 et suivants du code de l'urbanisme, ni l'intention du demandeur de les respecter, sauf en présence d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date à laquelle l'administration se prononce sur la demande d'autorisation.

7. D'autre part, aux termes de l'article UX. B. 2.2. du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Luynes : " Pour les bâtiments d'habitation existants, leurs possibles extensions et les locaux accessoires () La toiture est à deux pans, la pente de toit des bâtiments devra être au moins égale à 40°. () Les matériaux de toiture autorisés sont les ardoises naturelles ou d'aspect similaire, tuiles plates, tuiles mécaniques de tons vieillis non uniforme petit moule ou d'aspect petit moule. () Les locaux accessoires de plus de 20 m² doivent être traités avec soin dans le même aspect que le bâtiment principal et avec des matériaux identiques (couverture, enduit), sauf exception justifiée par l'environnement immédiat () ".

8. Pour refuser le permis de construire en litige, le maire de la commune de Luynes a relevé que, compte tenu des deux demandes de permis de construire déposées le 28 avril 2020 et le 19 février 2021, par lesquelles M. F avait indiqué une destination d'habitation à sa construction principale, il avait réalisé un changement de destination. Il en a déduit une méconnaissance, par ce projet, de l'article UX. B 2.2. du règlement du PLU.

9. Toutefois, d'une part, les éléments figurant dans les dossiers de demande de permis de construire déposés le 28 avril 2020 et le 19 février 2021 sont antérieurs à la demande objet du permis en litige et ne pouvaient être légalement pris en compte pour fonder un refus de permis de construire. Par ailleurs, la construction principale dont l'extension est projetée est présentée dans le dossier de demande comme étant à destination artisanale pour les besoins de l'activité de maçonnerie de M. F. Ces éléments ne sont contredits par aucune autre pièce exigée par le code de l'urbanisme. Par suite, alors que la commune n'allègue aucune fraude, M. F ne peut être regardé, dans les circonstances de l'espèce, comme ayant réalisé un changement de destination.

10. D'autre part, les dispositions citées au point 7 s'appliquent aux constructions ou extensions à destination d'habitation. Or, ainsi qu'il a dit précédemment, il ressort du dossier de demande de permis de construire que le projet porte sur une extension d'un bâtiment d'activité. Par suite, en refusant de délivrer le permis de construire sur le fondement de l'article UX B. 2.2 du règlement du PLU, le maire de Luynes a commis une erreur de droit.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article UX B 2.1. du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Luynes : " D'une manière générale, les constructions doivent être intégrées en harmonie avec le paysage naturel ou urbain dans lequel elles sont situées, tant par leur volume que par leur architecture, les matériaux employés, les couleurs. () Les volumes sont simples, adaptés à la parcelle et respectent l'échelle des constructions environnantes () Les toitures seront traitées avec le même soin que les façades des bâtiments. () Les locaux accessoires doivent être composés en harmonie avec le bâtiment principal ".

12. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier que le secteur d'implantation du projet est caractérisé par des bâtiments d'activité lesquels présentent, à l'image du projet litigieux, des toitures terrasses, le cas échéant couplées à des toitures à pans. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'extension projetée est de faible volume, réalisée en continuité du bâti existant et que la réalisation d'une toiture terrasse n'est pas interdite par le règlement du plan local d'urbanisme. Elle ne peut être regardée comme n'étant pas en harmonie avec le bâtiment principal au seul motif qu'elle se présente comme une toiture-terrasse, contrairement à la construction initiale qui est dotée d'une toiture à pans. Par suite M. F est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur d'appréciation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. F est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er août 2022 rejetant sa demande de permis de construire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle. L'autorisation d'occuper ou utiliser le sol délivrée dans ces conditions peut être contestée par les tiers sans qu'ils puissent se voir opposer les termes du jugement ou de l'arrêt.

15. Il ne résulte pas de l'instruction et il n'est pas soutenu par la commune que les dispositions en vigueur à la date de la décision attaquée faisaient obstacle à la délivrance du permis de construire en litige.

16. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au maire de Luynes de délivrer à M. F le permis de construire sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. F, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans le présent litige, la somme demandée par la commune de Luynes au titre des frais non compris dans les dépens qu'il a exposé.

18. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du requérant présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 1er août 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Luynes de délivrer à M. F le permis de construire sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et à la commune de Luynes.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

M. Gasnier, conseiller

Mme Ploteau, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le rapporteur,

Paul GASNIER

Le président,

Denis LACASSAGNE

La greffière,

Frédérique GAUTHIER

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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