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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300244

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300244

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300244
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantDA SILVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2023, M. B C A, représenté par Me Achille Da Silva, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 décembre 2022 par lequel la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays dont il possède la nationalité ou tout autre pays dans lequel il est légalement admissible comme pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de bénéficiaire de la protection temporaire ou une carte de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 581-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît la directive 2001/55/CE du 20 juillet 2001 ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée à la préfète du Loiret qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Les parties ont été informées le 18 juin 2024 que le tribunal est susceptible, dans cette affaire, de relever d'office le moyen tiré de la tardiveté des conclusions à fin d'annulation de la décision du 12 avril 2024 portant refus d'admission au bénéfice de la protection temporaire prévue à l'article L. 581-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. C A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001 ;

- l'accord franco-congolais du 13 novembre 1996 à la circulation et au séjour des personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Guével a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C A, de nationalité congolaise, déclare être entré en France le 1er mars 2022 en étant muni d'un passeport congolais et d'une carte de résident temporaire ukrainienne valable jusqu'au 31 août 2024. Le 15 mars 2022, il a sollicité la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection temporaire " suite à la guerre en Ukraine. Le 12 avril 2022, il a fait l'objet d'une décision de rejet. Le 26 décembre 2022, la préfète du Loiret a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français. M. C A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 581-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger appartenant à un groupe spécifique de personnes visé par la décision du Conseil mentionnée à l'article L. 581-2 bénéficie de la protection temporaire à compter de la date mentionnée par cette décision. Il est mis en possession d'un document provisoire de séjour assorti, le cas échéant, d'une autorisation provisoire de travail. Ce document provisoire de séjour est renouvelé tant qu'il n'est pas mis fin à la protection temporaire. Le bénéfice de la protection temporaire est accordé pour une période d'un an renouvelable dans la limite maximale de trois années. Il peut être mis fin à tout moment à cette protection par décision du Conseil. [] ".

3. M. C A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 581-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionnées au point 2, à l'encontre de la décision du 26 décembre 2022 de la préfète du Loiret portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de renvoi. En tout état de cause, la décision du 12 avril 2022 par laquelle la préfète du Loiret a rejeté sa demande d'autorisation provisoire de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection temporaire " étant devenue définitive à défaut d'avoir été contestée dans le délai de recours contentieux, les conclusions tendant à l'annulation de cette décision sont tardives et, par suite, irrecevables. Pour ce motif, le moyen tiré de la méconnaissance de la directive 2001/55/CE du 20 juillet 2001 est inopérant.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. C A se prévaut d'être hébergé par une personne de sa famille, qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il envisage de retourner en Ukraine pour la poursuite de ses études. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est entré en France moins d'un an avant la décision litigieuse, qu'il est célibataire et sans charge de famille et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où se trouve en particulier son enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, la préfète du Loiret, en obligeant M. C A à quitter le territoire français, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. M. C A allègue sans l'établir la réalité de risques actuels et réels de traitements inhumains ou dégradants auxquels il serait personnellement exposé en cas de retour au Congo. Il n'a, au demeurant, pas sollicité le bénéfice de l'asile en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président,

M. Lombard, premier conseiller,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

B. GUÉVEL

L'assesseur le plus ancien,

A. LOMBARD

Le greffier,

B. VESIN

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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