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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300245

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300245

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300245
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET DUPLANTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 janvier 2023 et le 28 juin 2023, M. A C B, représenté par Me Gaëlle Duplantier, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2022 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays dont il possède la nationalité ou tout autre pays dans lequel il est légalement admissible, comme pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de l'admettre au séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros à verser au titre de l'articleL.761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, moyennant la renonciation de son avocate à percevoir la contribution versée par l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que son recours est recevable ;

Sur la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de délivrance de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Johan Hervois, avocat, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A C B ne sont pas fondés.

M. C B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 16 décembre 2022.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Guével, président-rapporteur,

- et les observations de Me Duplantier pour le requérant, présent à l'audience.

Une note en délibéré présentée pour M. C B a été présentée le 26 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant congolais né le 25 janvier 1988, est entré en France en décembre 2013 selon ses déclarations, de manière irrégulière. Le 6 mars 2014, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande le 27 mai 2014. La Cour nationale du droit d'asile a confirmé la décision de rejet le 16 février 2015. Le requérant a fait l'objet de quatre arrêtés préfectoraux l'obligeant à quitter le territoire français en mars 2015, février 2017, octobre 2017 et décembre 2018, dont le dernier a été accompagné d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le 12 novembre 2020. Par une décision du 18 novembre 2022, la préfète du Loiret a rejeté la demande d'admission au séjour du requérant et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination. M. C B demande au tribunal l'annulation de ces décisions distinctes.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".

3. Si M. C B soutient qu'il réside en France de manière habituelle sur le territoire français depuis 2014, soit depuis 9 ans au jour de la décision attaquée, qu'il vit en concubinage avec une compatriote en situation irrégulière depuis août 2020, qu'ils ont à leur charge leur enfant né le 24 juin 2019 ainsi qu'un enfant français né le 22 février 2018, issu de la précédente union de sa concubine, qu'il a notamment assisté à une formation, est bénévole et a suivi des cours de français antérieurement à 2015 et qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche pour un contrat à durée indéterminée pour un poste d'ouvrier d'exécution datant de 2017. Toutefois, ces seules circonstances ne suffisent pas à établir que la situation du requérant répond à des considérations humanitaires ou que son admission au séjour se justifie au regard de motifs exceptionnels. Dans ces conditions, en refusant d'admettre au séjour l'intéressé, la préfète du Loiret n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreur de fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ". Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Pour les motifs exposés au point 3 et dès lors que M. C B ne justifie pas d'une insertion sociale et professionnelle particulière dans la société française, qu'il ne s'est pas conformé aux quatre mesures d'éloignement qui lui ont été assignées, qu'il ne démontre pas pourvoir à l'éducation et à l'entretien des deux enfants ci-dessus, qu'il ne justifie pas plus être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans, et que rien ne semble donc faire obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine, où les enfants en bas âge du couple pourront poursuivre leur scolarité, la préfète du Loiret, en refusant de lui attribuer un titre de séjour, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'erreur de fait, des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ;() ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité préfectorale n'est tenue de saisir la commission que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles ci-dessus mentionnés.

7. Pour les motifs exposés aux points 3 et 5, M. C B ne justifie pas satisfaire aux conditions prévues par les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier s'agissant de la résidence habituelle en France qui est inférieure à dix années. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté.

8. En dernier lieu, pour les motifs exposés aux points 3 et 5, la préfète n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle et familiale de M. C B. Par suite le moyen ne peut être accueilli.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Il ressort de ce qui a été dit ci-dessus que la décision de refus de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation du refus de titre et de l'obligation de quitter le territoire français n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Par voie de conséquence du rejet de ses conclusions principales, les conclusions de M. C B présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 susvisée doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.C

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président-rapporteur,

M. Lombard, premier conseiller,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

B. GUÉVEL

L'assesseur le plus ancien,

A. LOMBARD

Le greffier,

B. VESIN

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300245

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