mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2300248 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET DUPLANTIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 23 janvier 2023, le 13 février 2023 et le 5 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Gaëlle Duplantier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 décembre 2022 par lequel le préfet du Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays dont il possède la nationalité ou tout autre pays dans lequel il est légalement admissible, comme pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Cher de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de l'admettre au séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros à lui verser au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un défaut d'examen personnel et attentif de la situation personnelle, sociale et familiale ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle méconnaît l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2023, le préfet du Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-congolais du 13 novembre 1996 à la circulation et au séjour des personnes ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Guével,
- et les observations de observations de Me Duplantier pour le requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, de nationalité congolaise (RDC), déclare être entré en France le 27 mai 2013. Le 6 septembre 2013, il a sollicité l'asile, demande rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 25 avril 2014 et confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 12 novembre 2014. Le 1er décembre 2015, il a fait l'objet d'une première décision d'obligation de quitter le territoire français. Après avoir essuyé un premier refus, il sollicité une nouvelle fois son admission exceptionnelle au séjour. Le 19 décembre 2022, le préfet du Cher a pris à son encontre un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger accueilli par les organismes mentionnés au premier alinéa de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles et justifiant de trois années d'activité ininterrompue au sein de ce dernier, du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration, peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 / (). ". Aux termes de l'article R. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui sollicite l'admission exceptionnelle au séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code. ". L'annexe prévoit, pour la première délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-2 précité, outre les justificatifs prévus au point 1 de son paragraphe 66, la fourniture des : " - documents justifiant de trois années d'activité ininterrompue au sein d'un ou plusieurs organismes agréés pour l'accueil, l'hébergement ou le logement de personnes en difficultés (certificats de présence, relevés de cotisations) ; / - pièces justifiant du caractère réel et sérieux de l'activité et des perspectives d'intégration (diplômes, attestations de formation, certificats de présence, attestations de bénévoles, etc.) ; / - rapport établi par le responsable de l'organisme d'accueil (à la date de la demande) mentionnant l'agrément et précisant : la nature des missions effectuées, leur volume horaire, la durée d'activité, le caractère réel et sérieux de l'activité, vos perspectives d'intégration au regard notamment du niveau de langue, les compétences acquises, votre projet professionnel, des éléments relatifs à votre vie privée et familiale ". Aux termes de l'article R. 435-2 du même code : " Pour l'application de l'article L. 435-2, lorsqu'il envisage d'accorder un titre de séjour, le préfet apprécie, au vu des circonstances de l'espèce, s'il délivre une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " ".
3. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger justifie de trois années d'activité ininterrompue dans un organisme de travail solidaire, qu'un rapport soit établi par le responsable de l'organisme d'accueil, qu'il ne vive pas en état de polygamie et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.
4. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. B sur le fondement des dispositions précitées, le préfet a estimé que l'intéressé, entré en France en 2013 à l'âge de 36 ans, déclarait être en concubinage mais n'était ni pacsé ni marié, ne déclarait pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses quatre enfants, et que la poursuite de ses activités au sein de la communauté d'Emmaüs ne démontrait aucune réelle perspective d'intégration.
5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport établi le 21 juillet 2022 par le responsable de la communauté Emmaüs du Cher et de plusieurs témoignages, que M. B est accueilli au sein de cette communauté, qui est au nombre des organismes mentionnés au premier alinéa de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles, en qualité de compagnon, depuis le 25 décembre 2014, et ce de manière ininterrompue, soit depuis près de huit ans à la date de la décision attaquée, cette présence en France, depuis mai 2013, ne constituant aucune menace pour l'ordre public. Son activité au sein de la communauté, à laquelle il donne entièrement satisfaction, est réelle et sérieuse pour un volume horaire par semaine de 40 heures. Il a suivi des cours de français à compter du mois de janvier 2015 au sein de l'association Accueil et Promotion, a suivi plusieurs formations et a notamment obtenu son permis CACES 3 en 2018, il s'est également investi dans divers clubs sportifs de la ville. De plus, le responsable de la communauté atteste de son insertion sociale et de son comportement sérieux et efficace et s'engage à ce que M. B reste membre de la communauté sans limitation dans le temps ainsi qu'à lui assurer des garanties de protection et de logement. S'agissant de sa vie privée et familiale, son cœur se situe en France du fait des contacts personnels et amicaux qu'il a établis au fil du temps. Ainsi, il justifie de réelles perspectives d'intégration, eu égard à son professionnalisme dans les missions qui lui ont été confiées, à son investissement et à ses diverses formations, quand bien même il ne verserait pas aux débats une promesse d'embauche ou un contrat de travail en lien avec l'activité exercée au sein d'Emmaüs. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 19 décembre 2022 par laquelle le préfet du Cher lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet du Cher délivre au requérant une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu en conséquence d'enjoindre au préfet du Cher de délivrer à M. B le titre de séjour sollicité dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu de prononcer une astreinte.
Sur les frais du litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme demandée de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 19 décembre 2022 du préfet du Cher est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Cher de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 300 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Cher.
Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Guével, président-rapporteur,
M. Lombard, premier conseiller,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
Le président-rapporteur,
B. GUÉVEL
L'assesseur le plus ancien,
A. LOMBARD
Le greffier,
B. VESIN
La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2300248
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026