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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300312

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300312

vendredi 3 février 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300312
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantREDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 27 janvier 2023 et le 1er février 2023, M. B A, représenté par Me Redon, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2023 par lequel le préfet du Cher a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, a pris à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an et l'a assigné à résidence dans le département pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Cher de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle est entachée d'un vice de procédure pour défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;

- il n'a pas bénéficié des droits attachés aux personnes sollicitant le renouvellement d'un titre de séjour ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 9 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et l'article préliminaire du code de procédure pénale ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français attaquée méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il remplit les conditions pour pouvoir bénéficier de plein droit d'une carte de résident longue durée-UE en vertu de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que d'une carte de résident de parent d'enfant français en vertu de l'article L. 423-10 du même code ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du motif tiré de l'ordre public ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour :

- la décision fixant le pays de destination étant l'accessoire de l'obligation de quitter le territoire français entachée d'illégalité, elle sera annulée par voie de conséquence ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français étant l'accessoire de l'obligation de quitter le territoire français entachée d'illégalité, elle sera annulée par voie de conséquence ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen étant l'accessoire de l'obligation de quitter le territoire français entachée d'illégalité, elle sera annulée par voie de conséquence ;

- la décision d'assignation à résidence étant l'accessoire de l'obligation de quitter le territoire français entachée d'illégalité, elle sera annulée par voie de conséquence ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet du Cher, qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Le Toullec, premier conseiller, pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R 776-1 du code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Toullec, magistrate désignée ;

- les observations de Me Redon, représentant M. A, qui était présent. Me Redon s'en rapporte à ses écritures et insiste sur le fait que M. A ne constitue nullement une menace à l'ordre public, qu'il vit en France depuis vingt-quatre ans, y travaille et s'occupe de ses enfants dont deux sont français et qu'il ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français eu égard de sa situation.

Le préfet du Cher n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité égyptienne, né le 20 novembre 1971, est entré en France le 21 décembre 1998 selon ses déclarations. Il a obtenu un titre de séjour en qualité de salarié valable du 31 octobre 2008 au 30 octobre 2009, titre renouvelé jusqu'au 12 décembre 2018. Il a ensuite obtenu un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, valable du 28 mai 2019 au 27 mai 2020, titre renouvelé jusqu'au 28 juin 2022. Il a, à cette date, sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 24 janvier 2023, le préfet du Cher a refusé de lui renouveler son titre de séjour au motif que sa présence en France représente une menace pour l'ordre public, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, a pris à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an et l'a assigné à résidence dans le département pour une durée de quarante-cinq jours. M. A demande l'annulation de cet arrêté qui lui a été notifié le 25 janvier 2023.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte des dispositions des articles L. 614-1, L. 614-3 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, qu'en cas d'assignation à résidence du requérant, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination, prononçant une interdiction de retour et assignant à résidence, dont il pourrait être saisi. Toutefois, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision relative au séjour.

3. Il s'ensuit que les conclusions de la requête aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet du Cher du 24 janvier 2023, en tant qu'il porte refus de délivrance d'un titre de séjour à M. A, doivent être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction afférentes à cette décision et les conclusions relatives aux frais d'instance.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. M. A soulève à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français le moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour.

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

6. L'arrêté attaqué est fondé sur le motif tiré de ce que la présence du requérant constitue une menace à l'ordre public. Lorsque l'administration oppose un tel motif, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. Il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que le préfet, pour caractériser la menace à l'ordre public, s'est fondé, d'une part, sur les données du fichier du traitement des antécédents judiciaires relevant neuf signalements entre le 1er août 2000 et le 22 juin 2021 concernant M. A, et d'autre part, sur deux condamnations, l'une en date du 22 juillet 2017, à 600 euros d'amende pour conduite d'un véhicule à moteur malgré l'injonction de restituer le permis de conduire résultant du retrait de la totalité des points le 26 janvier 2027, l'autre en date du 25 mai 2018, à 80 jours-amende à 10 euros à titre principal pour port sans motif légitime d'une arme blanche ou incapacitante de catégorie D et conduite d'un véhicule à moteur malgré l'injonction de restituer le permis de conduire résultant du retrait de la totalité des points (récidive) le 26 janvier 2027. Toutefois, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué, et en l'absence de tout mémoire en défense, que l'ensemble des signalements figurant dans le fichier du traitement des antécédents judiciaires, que le préfet a relevé, a fait l'objet de poursuites judiciaires ou de condamnations, hormis les deux condamnations expressément mentionnées. A l'audience, le requérant fait valoir que les faits concernant la période allant du 1er juillet 2000 au 10 novembre 2016 n'ont donné lieu ni à une garde à vue, ni à des poursuites judiciaires, ni à des condamnations. Dans ces conditions, eu égard à la nature et la faible gravité des infractions commises ayant donné lieu à condamnation, le préfet a commis une erreur d'appréciation, en estimant que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public faisant obstacle à la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que le préfet a fait une inexacte application de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il n'est pas contesté que M. A réside en France depuis vingt-quatre ans à la date de l'arrêté attaqué. Il est constant qu'il y réside en situation régulière depuis le 31 octobre 2008, soit depuis plus de quatorze ans. Par ailleurs, le requérant a eu trois enfants, nés respectivement le 24 août 2001, le 23 décembre 2005 et le 10 août 2010, avec Mme C de laquelle il a divorcé le 30 juin 2021 après dix ans de mariage. Ses deux plus jeunes enfants ont la nationalité française. Par ailleurs, il résulte de la convention de divorce, signée le 5 mars 2020 et homologuée par le tribunal judiciaire de Nanterre le 15 juillet 2021, que l'autorité parentale est exercée conjointement, que la résidence des enfants est maintenue au domicile maternel - qui se trouve à Colombes (92) -, que le requérant exerce librement son droit de visite et d'hébergement - des modalités étant précisées en cas de défaut d'accord -, et que les parents ont fixé la contribution due par M. A à 120 euros par enfant et par mois. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, depuis le mois de février 2020 verse régulièrement à Mme C une somme de 400 euros au titre de la pension alimentaire. Il ressort des pièces du dossier ainsi que des débats à l'audience que M. A contribue à l'entretien et l'éducation de ses enfants avec lesquels il entretient de véritables relations. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le requérant justifie d'une intégration professionnelle en tant que peintre, dans le cadre de contrats intérimaires, et dispose de ressources stables. Dans ces conditions, eu égard notamment à sa durée de présence en France, à son intégration professionnelle et la présence de ses enfants dont deux sont de nationalité française, la décision de refus de titre de séjour attaquée a porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, M. A est fondé à soutenir qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à exciper de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l'appui de sa demande d'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 24 janvier 2023 par laquelle le préfet du Cher a fait obligation à M. A de quitter le territoire français sans délai doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions fixant le pays de destination, prononçant à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an et l'assignant à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L.731-3, L.741-1 et L.743-13 et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

12. Le présent jugement annulant l'obligation faite à l'intéressé de quitter le territoire et les décisions accessoires implique nécessairement, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet du Cher réexamine la situation administrative de M. A et lui délivre sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler pendant la durée de ce réexamen. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de M. A dirigées contre le refus de titre de séjour du 24 janvier 2023, ainsi que les conclusions accessoires à fin d'injonction qui s'y rattachent, et les conclusions relatives aux frais de l'instance sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.

Article 2 : Les décisions du 24 janvier 2023, prises à l'encontre de M. A, portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi, prononçant une interdiction de retour et l'assignant à résidence sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Cher de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois suivant la notification de la présente décision et de le munir, dans l'attente de ce réexamen et sans délai, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.

La magistrate désignée,

Hélène LE TOULLEC

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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