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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300323

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300323

mercredi 5 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300323
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantANGLADE & PAFUNDI A.A.R.P.I

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 janvier et 22 mars 2023, M. G A, représenté par Me Graziano Pafundi, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 16 janvier 2023 du préfet de Loir-et-Cher l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant le Tchad comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

2) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer une attestation provisoire de séjour ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire a été prise par une autorité incompétente, n'est pas suffisamment motivée, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français a été prise par une autorité incompétente, est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire et méconnaît les articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 17 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 décembre 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tchadien né le 16 juillet 1979, est entré en France le 7 janvier 2022 sous couvert de son passeport valide du 12 septembre 2020 au 11 septembre 2025 revêtu d'un visa de type court séjour valable du 25 décembre 2021 au 25 janvier 2022. Le

2 février 2022, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 20 mai 2022 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 3 novembre 2022 par la cour nationale du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 16 janvier 2023, le préfet de Loir-et-Cher l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de son pays d'origine et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 16 janvier 2023 a été signé par M. B F. Par un arrêté du 25 janvier 2021, publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Loir-et-Cher, M. E C, préfet de Loir-et-Cher, a donné à M. Nicolas Hauptmann, secrétaire général de la préfecture, une délégation de signature à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département () / A ce titre cette délégation comprend donc, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers () ". Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".

4. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée du 16 janvier 2023 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, la convention internationale relative aux droits de l'enfant, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation du requérant, notamment relatifs à sa situation familiale et personnelle, à raison desquels le préfet de Loir-et-Cher l'a obligé à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Cette motivation n'est pas stéréotypée. Ainsi, même si elle ne fait pas mention de la relation qu'il entretient avec son épouse, compatriote en situation régulière, et de la naissance de son enfant, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces dernières stipulations que l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

6. En se prévalant de ces stipulations, le requérant soutient que depuis son arrivée en France, il a démontré sa volonté de s'intégrer dans ce pays dans lequel il a développé des attaches incontestables, que son épouse réside régulièrement en France depuis 2020 sous couvert d'une carte de séjour temporaire au titre de la vie privée et familiale en raison de son état de santé, qu'elle dispose d'un récépissé de renouvellement de demande de carte de séjour valable jusqu'au 4 février 2023, qu'il a rejoint son épouse dès son arrivée en France le 7 janvier 2022, qu'une enfant est née de leur union le 21 octobre 2022, qu'ils résident ensemble à Noisy-le-Grand et que l'obligation de quitter le territoire porte une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de son enfant. Toutefois, il est entré très récemment en France, le 7 janvier 2022, et s'est maintenu sur le territoire français malgré les décisions administratives et juridictionnelles dont il est fait état au point 1. Il a déclaré être marié et père de cinq enfants qui ne sont pas présents sur le territoire français et n'établit pas ne plus avoir d'attaches familiales dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de quarante-trois ans et séparé de son épouse depuis 2018. S'il produit l'acte de naissance de sa fille née le 21 octobre 2022 de leur mariage et des attestations selon lesquelles elle l'héberge dans son studio depuis le 7 janvier 2022, il a déclaré, le 2 février 2022, aux services de l'office français de l'immigration et de l'intégration résider à Blois et n'allègue pas avoir signalé un changement d'adresse depuis cette date et l'arrêté attaqué lui a été notifié au SPADA COELLIA à Blois. Ainsi, il ne justifie pas d'une communauté de vie réelle, stable et continue avec son épouse depuis son entrée en France et avec sa fille depuis sa naissance. Enfin, la demande d'asile présentée pour sa fille née le 21 octobre 2022, qui mentionne d'ailleurs sa mère comme représentant légal de l'enfant, est postérieure à l'arrêté attaqué et, dès lors, est sans incidence sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire laquelle s'apprécie à la date à laquelle elle a été prise. Par suite, eu égard notamment aux conditions d'entrée et de séjour du requérant et à l'ensemble des éléments précités, l'obligation de quitter le territoire attaquée ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 621-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

8. Il ressort des termes mêmes des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

9. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

10. Le préfet de Loir-et-Cher a pris la décision d'interdiction de retour sur le territoire français attaquée aux motifs que compte tenu de l'entré récente en début d'année 2022 du requérant, de son absence de liens anciens et avérés avec la France et nonobstant l'absence d'une précédente mesure d'éloignement ou de comportement troublant l'ordre public, une interdiction de retour d'un an ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au regard de sa vie privée et familiale.

11. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 2 et 6, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision d'interdiction du territoire français et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent être accueillis ;

12. En deuxième lieu, il ressort de ce qui a été dit ci-dessus que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir, par la voie de l'exception, que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire.

13. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est basée sur les dispositions précitées de l'article L. 612-8 du même code.

14. Enfin, si le requérant soutient que la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est disproportionnée en faisant valoir qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public français et qu'il dispose de fortes attaches en France tirées de la résidence régulière de son épouse et de son enfant née le 21 octobre 2022, le préfet de Loir-et-Cher n'a pas pris, pour les motifs rappelés au point 10 et compte tenu de ce qui a été dit au point 6, une mesure disproportionnée en interdisant le retour du requérant sur le territoire français pour une durée d'un an

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G A et au préfet de

Loir-et-Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel D

La greffière,

Florence PINGUET-COMMEREUCLa République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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