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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300376

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300376

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300376
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGARCIA AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 janvier 2023, M. A B, représenté par la SELURL Garcia Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2023 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté du 25 janvier 2023 pris dans son ensemble :

- il n'est pas établi qu'il a été informé de l'intention de l'administration de prendre à son encontre une mesure d'éloignement, la préfète doit produire les pièces justifiant de sa décision et le procès-verbal d'audition ;

- il n'a pas pu utilement préparer sa défense, faute de disposer de l'intégralité de son dossier ;

- il n'a pas été mis à même de présenter des observations avant la prise de l'arrêté contesté ;

- son droit à bénéficier de l'assistance d'un avocat a été méconnu.

S'agissant du refus de titre de séjour :

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été consultée préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué alors qu'il réside en France depuis plus de 14 ans ;

- il n'a pas été procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- la préfète a commis une erreur d'appréciation en considérant qu'il constituait une menace actuelle à l'ordre public ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il bénéficie de l'ensemble de ses attaches en France ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il justifie de l'ensemble de ses attaches en France ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision de refus de délai de départ volontaire :

- l'urgence de son éloignement n'est pas suffisamment établie, la préfète a commis une erreur d'appréciation

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2023, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu :

- l'arrêté du 25 janvier 2023 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir a assigné M. B à résidence dans le département ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bailleul, première conseillère, pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de M. B, qui reprend les moyens et conclusions exposés dans la requête en précisant qu'il a tissé de nombreux liens en France depuis les quatorze années qu'il y réside, et où son frère, d'ailleurs présent à l'audience, réside également en situation régulière. Il ajoute qu'il n'est pas retourné en Turquie depuis douze ans et n'a plus aucun lien avec son fils, désormais majeur, et la mère de ce dernier, tandis qu'il a de nombreux amis en France où il entretient par ailleurs de très bonnes relations amicales et professionnelles. Il soutient enfin que la décision portant assignation à résidence est illégale dès lors que les obligations de pointage qui lui sont faites sont disproportionnées et l'empêchent de travailler.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant turc, né le 19 octobre 1980 est entré en France le 22 novembre 2008, muni d'un visa " C " pour l'Allemagne valable jusqu'au 18 décembre 2008. Il a sollicité à plusieurs reprises l'octroi d'un titre de séjour. Par une décision du 25 janvier 2023, la préfète d'Eure-et-Loir a en dernier lieu refusé de faire droit à sa demande et a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire sans délai et d'une assignation à résidence.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code.

3. Par ailleurs, en application des dispositions de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, lorsque l'étranger, placé en rétention ou assigné à résidence, a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire français.

4. En l'espèce, en raison de la mesure d'assignation à résidence prononcée à l'encontre du requérant par arrêté du 25 janvier 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif d'Orléans est saisie de l'ensemble des conclusions de la requête de l'intéressé dirigées contre l'arrêté du même jour portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, à l'exception de celles tendant à l'annulation de la décision portant rejet de sa demande de titre de séjour, dont l'examen relève de la compétence d'une formation collégiale de ce tribunal. Par suite, il y a lieu, dans cette mesure, de renvoyer en formation collégiale les conclusions du requérant en tant qu'elles sont dirigées contre la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte afférentes à cette décision et celles liées aux frais de l'instance.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. M. B se prévaut de son insertion par le travail, et du fait qu'il dispose d'un contrat à durée indéterminée en qualité de bûcheron, ainsi que de sa résidence habituelle sur le territoire français depuis quatorze ans, ce qui est au demeurant établi par les pièces du dossier. Si M. B est célibataire, il ressort de ses déclarations à l'audience, non contredites par les pièces du dossier, qu'il a tissé de nombreux liens amicaux et professionnels en France, où réside également son frère qui dispose d'un titre de séjour, tandis qu'il n'entretient plus aucun lien avec les membres de sa famille restés en Turquie, où il n'est pas retourné depuis douze ans. Par ailleurs si la préfète soutient qu'il est défavorablement connu des services de police, elle ne se fonde que sur des faits anciens et n'apporte aucun élément permettant de justifier que l'intéressé a effectivement été condamné pour les faits qu'elle rapporte. Eu égard à ces éléments, le refus de séjour attaqué porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant. La préfète d'Eure-et-Loir, en prenant la décision attaquée a dès lors méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français doit être annulée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre cette décision. Par voie de conséquence, les décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et l'assignant à résidence doivent être annulées.

Sur l'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L.731-3, L.741-1 et L.743-13 et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

9. Le présent jugement qui annule l'obligation faite à l'intéressé de quitter le territoire et les décisions accessoires qui s'y attachent implique nécessairement, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la préfète d'Eure-et-Loir réexamine la situation administrative de M. B et lui délivre sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler pendant la durée de ce réexamen. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de M. B dirigées contre le refus de titre de séjour qui lui a été opposé le 25 janvier 2023 et les conclusions accessoires qui s'y attachent, ainsi que celles relatives aux frais de l'instance sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.

Article 2 : Les décisions du 25 janvier 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel M. B pourrait être reconduit et l'assignant à résidence sont annulées.

Article 4 : Il est enjoint à la préfète d'Eure-et-Loir de délivrer sans délai à M. B une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète d'Eure-et-Loir.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.

La magistrate désignée,

Clotilde C

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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