Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300377

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300377
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantHAROUNA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a rejeté la requête de Mme B, ressortissante algérienne, qui contestait l'obligation de quitter le territoire français prise par le préfet d'Indre-et-Loire. La requérante invoquait son état de santé et l'impossibilité de retourner en Algérie en raison de la situation familiale et de l'absence de soutien financier. Le tribunal a estimé que, sur le fondement du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, Mme B ne démontrait pas ne pas pouvoir bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. En outre, elle n'a pas établi que la mesure porterait une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 janvier 2023, Mme A B, représentée par Me Harouna, demande au tribunal d'annuler la décision contenue dans l'arrêté du 17 janvier 2023 par laquelle le préfet d'Indre-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Elle soutient d'une part, qu'elle est toujours malade, d'autre part, que son retour en Algérie n'est pas possible compte tenu de la polygamie de son mari et du fait qu'il destine l'ensemble de ses ressources à son autre épouse et à ses enfants, et enfin, que ses enfants, petits-enfants et ses frères et sœurs se trouvent en France et subviennent à ses besoins notamment ses frais d'hospitalisations.

La requête a été communiquée au préfet d'Indre-et-Loire qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public, autorisé par Mme Lesieux, présidente de la formation de jugement, a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bernard ;

- et les observations de Me Harouna, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 3 novembre 1957, déclare être entrée en France, en dernier lieu, le 18 décembre 2021 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa de court séjour. Par un arrêté du 17 janvier 2023, le préfet d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande d'admission au séjour sur le fondement du 7°) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme B demande au tribunal l'annulation de la seule décision portant obligation de quitter le territoire français.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit () 7°) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".

3. Pour refuser d'admettre au séjour Mme B en raison de son état de santé, le préfet d'Indre-et-Loire s'est fondé sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 22 août 2022, dont il s'est approprié les termes, selon lequel si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, cette dernière peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine vers lequel elle peut voyager sans risque.

4. Mme B fait valoir qu'elle est malade et qu'elle prise en charge au centre hospitalier universitaire de Tours. Les pièces qu'elle produit atteste de la prise en charge d'une pathologie dont la gravité n'est pas remise en cause par le préfet d'Indre-et-Loire. En revanche, elle ne produit aucune pièce de nature à établir que cette pathologie ne pourrait pas être prise en charge, de manière appropriée, dans son pays d'origine. En outre, si elle est fait valoir que son époux ne lui apportera aucun soutien financier en cas de retour en Algérie, elle ne démontre pas ni même n'allègue qu'elle ne pourrait pas y bénéficier d'une assurance sociale ni qu'elle ne disposerait pas d'autres ressources lui permettant d'accéder effectivement à une prise en charge appropriée dans ce pays. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'elle remplissait les conditions pour se voir attribuer de plein droit un titre de séjour sur le fondement du 7°) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, et que cette circonstance faisait obstacle à son éloignement.

5. En second lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5°) Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. La requérante soutient que ses enfants, petits-enfants et ses frères et sœurs vivent en France et qu'elle n'a plus d'attaches en Algérie, son mari vivant en situation de polygamie et accordant toutes ses ressources à sa seconde épouse et aux enfants de celle-ci. Toutefois, elle n'apporte pas d'éléments pour en attester ni pour établir l'absence d'autres liens personnels et familiaux en Algérie, alors qu'elle y a vécu jusqu'à l'âge de soixante-quatre ans. Par ailleurs, il résulte des attestations de ses trois fils, de ses trois sœurs et de son frère, au demeurant postérieures à la décision attaquée et toutes rédigées en des termes identiques et non circonstanciés, que celles-ci ne font que témoigner que Mme B a besoin de la présence de ses proches en France, dont certains sont en situation régulière sous couvert d'une carte de résident, sans toutefois justifier qu'ils puissent subvenir au besoin de la requérante ni qu'ils entretiennent avec elle des relations régulières. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'elle remplissait les conditions pour se voir attribuer de plein droit un titre de séjour sur le fondement du 5°) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et que cette circonstance faisait obstacle à son éloignement. Elle n'est pas davantage fondée à soutenir que le préfet d'Indre-et-Loire aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en l'obligeant à quitter le territoire français.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er r : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lesieux, présidente,

Mme Bernard, première conseillère,

Mme Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

Pauline BERNARD

La présidente,

Sophie LESIEUX

La greffière,

Emilie DEPARDIEU

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.