vendredi 3 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2300397 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | HERVOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er février 2023, M. C B, représenté par Me B, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 novembre 2022 de la préfète du Loiret portant obligation de quitter le territoire français ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2023 par lequel la préfète du Loiret l'a assigné à résidence ;
3°) de réexaminer sa situation administrative.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée en droit et en fait ;
- cette décision ne lui a pas été notifiée à sa nouvelle adresse, de sorte qu'elle ne lui est pas opposable ;
- cette décision porte une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle dès lors qu'il a un projet de mariage avec Mme A avec laquelle il vit et dont il a adopté le fils et qu'il est inséré professionnellement ; la préfète a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;
- il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- il craint d'être exposé à des peines ou traitements inhumains et dégradants contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine qu'il a fui en raison de son engagement dans l'opposition et où il est connu en tant que militant actif de l'UFDG ;
- la décision l'assignant à résidence n'est pas fondée dès lors qu'il justifie d'une garantie de représentativité et dispose d'une adresse fixe où il peut être retrouvé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 22 novembre 2022 faisant obligation à M. B de quitter le territoire français sont tardives et, par suite, irrecevables ;
- les conclusions à fin de réexamen sont également irrecevables, le juge administratif ne pouvant se substituer à l'administration en procédant lui-même au réexamen de la situation administrative du requérant ;
- les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Rouault-Chalier, vice-présidente, pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D ;
- les observations de M. B qui développe les mêmes arguments que ceux présentés dans sa requête en précisant qu'il vit avec une compatriote qui réside à Tours, avec laquelle il s'est marié en Guinée et qu'il s'occupe de la fille de cette dernière ;
- la préfète du Loiret n'étant ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant guinéen né le 20 février 1990, a déclaré être entré en France pour la première fois au début du mois de décembre 2018. Après avoir fait l'objet de deux arrêtés de transferts aux autorités espagnoles, exécutés les 11 septembre 2019 et 16 mars 2020, il est revenu sur le territoire français où il a sollicité, le 10 juillet 2020, son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande ayant été rejetée par une décision du 19 novembre 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée le 14 février 2022 par la Cour nationale du droit d'asile, la préfète du Loiret a pris à son encontre, le 22 novembre 2022, un arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine ou de tout pays dans lequel il serait légalement admissible. Interpellé le 30 janvier 2023 par les agents des services de la circonscription de sécurité publique de Vendôme, M. B s'est vu notifier, le jour même, un arrêté préfectoral portant assignation à résidence dans le département du Loiret pour une durée de quarante-cinq jours, avec obligation de pointage chaque mardi et jeudi à 9 h 00 auprès de la brigade mobile de recherche d'Orléans. M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". En outre, aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".
3. M. B a formulé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas été encore statué. Par conséquent, en raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre l'intéressé, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes du I de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° (). ".
5. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et notamment le 4° de l'article L. 611-1. Elle rappelle que l'intéressé, après avoir fait l'objet de deux arrêtés de transfert aux autorités espagnoles, s'est vu refuser sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et la Cour nationale du droit d'asile et qu'il ne dispose plus du droit de se maintenir sur le territoire. Cette décision, qui mentionne par ailleurs les éléments relatifs à la situation personnelle et familiale du requérant et indique qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, comprend ainsi les considérations en droit et en fait qui la fondent. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que cette décision est insuffisamment motivée.
6. En deuxième lieu, si les conditions de notification de la décision attaquée peuvent avoir une incidence sur l'opposabilité des voies et délais de recours, elles sont sans incidence sur la légalité de la décision. Il s'ensuit que M. B ne peut utilement se prévaloir de ce que l'arrêté attaqué ne lui aurait pas été notifié à sa nouvelle adresse pour contester la légalité de l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen, qui est inopérant, doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Si dans le cadre de son audition par les services de police de Vendôme à la suite de son interpellation le 30 janvier 2023, le requérant a fait valoir qu'il est domicilié chez son frère à Saint-Jean-de-la-Ruelle mais qu'il se rend tous les week-end à Tours où résident sa femme, de nationalité guinéenne avec laquelle il s'est marié dans leur pays d'origine, ainsi que la fille de cette dernière âgée de six ans dont il s'occupe, il n'apporte aucune pièce probante à l'appui de ses allégations. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé qui, au demeurant, a été reconduit à deux reprises en Espagne en septembre 2019 puis en mars 2020, entretiendrait des liens intenses, anciens ou stables sur le territoire français et qu'il serait dépourvu d'attache familiale dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision attaquée ne peut être regardée comme ayant porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, ni, par suite, comme ayant méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. En quatrième lieu, pour les motifs exposés au point précédent, la préfète du Loiret n'a pas commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle du requérant.
10. En cinquième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué que la décision en litige serait fondée sur la menace que M. B représenterait pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de ce que le requérant ne représente aucune menace à l'ordre public est inopérant.
11. En dernier lieu, M. B soutient qu'il craint d'être exposé à des peines ou traitements inhumains et dégradants contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme inopérant, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'ayant pas pour objet, par elle-même, d'entraîner un retour de M. B en Guinée.
12. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 novembre 2022 par laquelle la préfète du Loiret a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'assignation à résidence :
13. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants :1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
14. M. B soutient que la décision l'assignant à résidence n'est pas fondée dès lors qu'il justifie de garanties de représentation et d'une adresse où il peut être retrouvé. La préfète du Loiret ne conteste ni les garanties de représentation de M. B ni le fait qu'il dispose d'une adresse fixe. Elle a, au contraire, pris en compte ces éléments de fait, pour éviter au requérant une mesure plus restrictive de libertés que l'assignation à résidence. Le requérant ne conteste pas ne pas être en mesure de quitter immédiatement le territoire français et il ne ressort pas des pièces du dossier que l'exécution de la mesure d'éloignement ne constituerait pas une perspective raisonnable. Ainsi, la préfète du Loiret pouvait légalement assigner l'intéressé à résidence sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.
15. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 janvier 2023 par lequel la préfète du Loiret l'a assigné à résidence.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation des arrêtés attaqués, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la préfète du Loiret, de rejeter les conclusions à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète du Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.
La magistrate désignée,
Patricia D
Le greffier,
Roger MBELANI
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026