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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300510

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300510

jeudi 14 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300510
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantDEZALLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 février 2023 et un mémoire enregistré le 13 juillet 2023, M. A, représenté par Me Dézallé, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2023 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à défaut, de réexaminer sa situation au regard de son pouvoir de régularisation exceptionnelle, dans un délai de deux jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- l'arrêté litigieux est entaché d'un défaut d'examen ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur d'appréciation quant aux motifs tirés de l'absence de caractère réel et sérieux du suivi de la formation et de l'insuffisance d'insertion dans la société française ;

- le motif tiré de l'absence de preuve de son isolement dans son pays d'origine est entaché d'une erreur de droit dès lors que les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'imposent pas que le demandeur soit dépourvu de lien dans son pays d'origine ;

- l'obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de titre de séjour ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il dispose d'un passeport ;

- cette décision est également entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2023, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 31 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 15 septembre 2023 à 12 heures.

Un mémoire présenté par M. A le 11 septembre 2023 n'a pas été communiqué.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près du tribunal judiciaire d'Orléans du 14 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ploteau,

- et les observations de Me Dézallé, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant pakistanais né le 7 juin 2004, déclare être entré irrégulièrement en France en juillet 2018 et a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance le 27 juillet 2018, avant l'âge de seize ans. Le 8 août 2022, il a déposé une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L. 423-22 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 13 janvier 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer le titre sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. M. A a été admis, par décision du 14 avril 2023, postérieure à la date d'introduction de la présente requête, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Yann Gérard, secrétaire général de la préfecture d'Eure-et-Loir, qui bénéficiait d'une délégation de signature du 23 septembre 2022 de la préfète d'Eure-et-Loir, régulièrement publiée le même jour sur le site internet de la préfecture, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département d'Eure-et-Loir à l'exception : / - des déclinatoires de compétence et des arrêtés de conflit, / - des matières qui font l'objet d'une délégation de signature à un directeur départemental interministériel ou à un responsable d'unité ou de délégation territoriale ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait, notamment les textes applicables et les conditions d'entrée et de séjour de M. A en France, qui en constituent le fondement. Dans ces conditions et alors que le respect de l'exigence de motivation s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs de fait retenus par l'autorité administrative, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet d'Eure-et-Loir se serait abstenu de se livrer à un examen particulier de la situation personnelle du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen, qui doit être regardé comme soulevé, doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ".

7. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 421-35 de ce code, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le juge de l'excès de pouvoir exerce sur cette appréciation un entier contrôle.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A est arrivé en France à l'âge de quatorze ans, qu'il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance avant l'âge de seize ans et a été scolarisé au collège puis , en apprentissage, en CAP Maintenance. Le requérant justifie avoir accompli des démarches pour s'inscrire à une formation de mécanicien automobile à la suite de son échec à l'examen final du CAP et établit que son inscription n'a pas pu être validée dès lors qu'il n'était pas titulaire du permis de conduire, condition qui n'avait pas été portée à sa connaissance. Toutefois, pour regrettable que soit cette circonstance, il est constant qu'à la date de l'arrêté attaqué, M. A ne suivait plus de formation qualifiante et ne pouvait, dès lors, prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions et alors même que le requérant justifie, par les pièces qu'il produit, de son insertion dans la société française et soutient sans être contesté ne plus avoir de contact avec sa famille dans son pays d'origine, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

9. En cinquième lieu, si l'arrêté attaqué relève que M. A n'établit pas être isolé en cas de retour dans son pays d'origine, il souligne également qu'il ne ressort pas du dossier soumis au préfet que l'intéressé n'aurait plus de lien avec sa famille restée dans son pays d'origine. Dans ces conditions, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet d'Eure-et-Loir n'aurait pas procédé à l'examen de la nature des liens de M. A avec sa famille restée dans son pays d'origine et aurait soumis la délivrance du titre sollicité à la démonstration de l'isolement du requérant dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit, en tout état de cause, être écarté.

10. En sixième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur version applicable au litige : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer () la carte de séjour temporaire prévue aux articles (à L. 423-22 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues à l'article L. 423-22 auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions.

11. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 à 9 du présent jugement que M. A ne remplit pas effectivement les conditions prévues à l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. Il résulte de ce qui précède que l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est pas démontrée. Par suite, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de cette décision ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). " et aux termes de l'article L. 612-2 de ce code " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (). ".

14. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, le préfet d'Eure-et-Loir s'est fondé sur le risque que celui-ci se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet en l'absence de document de voyage ou d'identité en cours de validité. Si M. A soutient qu'il dispose d'un passeport, il n'en justifie pas. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut qu'être écarté.

15. En second lieu, si M. A se prévaut de ce qu'il est entré mineur sur le territoire français et a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance à l'âge de quatorze ans, sa situation ne caractérise pas une circonstance particulière de nature à considérer que le risque de soustraction à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet ne peut être regardé comme établi. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de celles aux fins d'injonction et d'astreinte et de celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Eure-et-Loir.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

M. Gasnier, conseiller,

Mme Ploteau, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2024.

La rapporteure,

Coralie PLOTEAU

Le président,

Denis LACASSAGNE La greffière,

Frédérique GAUTHIER

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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