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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300538

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300538

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300538
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantBERBAGUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 février 2023, M. A E, représenté par Me Berbagui, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 décembre 2022 par lequel le préfet du Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Cher, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et dans cette attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation en droit comme en fait ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen préalable de sa demande de titre de séjour ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'illégalité dès lors que le préfet aurait dû, avant d'édicter son arrêté, saisir la commission du titre de séjour pour avis ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est privée de base légale dès lors qu'elle se base uniquement sur les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire enregistré le 15 mars 2023, le préfet du Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Lardennois a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant tunisien né le 6 avril 1986, est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement sur le territoire français en 2010. Le 15 juillet 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en sa qualité de parent d'enfant français. Cette demande a été classée sans suite à défaut de production des pièces justificatives. Le 5 avril 2022, M. E a de nouveau demandé auprès des services de la préfecture du Cher la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par l'arrêté attaqué du 19 décembre 2022, le préfet du Cher a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. Carl Accettone, secrétaire général de la préfecture du Cher. Par un arrêté n° 2022-01031 du 23 août 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 18-2022-08-013 de la préfecture mis en ligne sur le site internet de la préfecture dans la rubrique " Recueil des actes administratifs ", M. C B, préfet du Cher, a donné délégation à M. F à l'effet de signer notamment " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Cher ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Cette délégation de signature n'est pas générale et mentionne le nom du délégataire. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment ses articles L. 423-7 et L. 432-1, ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code des relations entre le public et l'administration. Elle rappelle les conditions d'entrée et de séjour du requérant sur le territoire français et mentionne les circonstances de fait propres à sa situation personnelle et familiale et notamment qu'il déclare être le père de deux enfants de nationalité française. Le préfet, qui n'était pas tenu d'indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la situation personnelle et familiale du requérant, a indiqué de manière précise les motifs pour lesquels M. E ne pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour. Il a en outre indiqué les motifs pour lesquels l'arrêté attaqué ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, la décision attaquée, qui énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle repose, est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et plus particulièrement des mentions de l'arrêté attaqué, que le préfet aurait omis d'examiner la demande de titre de séjour présentée par M. E.

5. En troisième lieu, si M. E se prévaut d'une méconnaissance de la part du préfet des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des mentions de l'arrêté attaqué qu'il ait entendu présenter sa demande de titre de séjour sur le fondement de ces dispositions ni que le préfet ait procédé à un examen de la situation de l'intéressé au regard desdites dispositions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant et doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle () ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". L'article L. 432-1 du même code dispose : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

7. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à M. E, le préfet du Cher a retenu que celui-ci représente une menace pour l'ordre public dès lors d'une part, qu'il est connu pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis commis le 22 juillet 2017 et le 14 octobre 2017, de violence sans incapacité par personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un acte civil de solidarité commis le 14 octobre 2017, de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un acte civil de solidarité commis le 8 septembre 2018, de menace de mort matérialisée par écrit ou par image ou autre objet commis le 8 septembre 2018 et de violence sans incapacité par personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un acte civil de solidarité commis le 4 décembre 2019 et d'autre part, qu'il a été condamné à 500 euros d'amende le 14 septembre 2018 pour conduite d'un véhicule sans permis le 22 juillet 2017. Dans ces conditions, alors que les faits ne sont pas contestés par le requérant, eu égard à leur réitération et à la gravité de certains d'entre eux, M. E n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Cher, en considérant qu'il représentait une menace à l'ordre public et en refusant, pour ce motif, de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fondant sa demande de titre de séjour, a commis une erreur d'appréciation.

8. En cinquième lieu, M. D entend faire valoir que la décision attaquée méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale alors qu'il réside sur le territoire français depuis plus de dix ans et qu'il est marié depuis 2017 avec une ressortissante française avec laquelle il a eu deux enfants nés en 2017 et 2019. Néanmoins, si le préfet ne conteste pas que M. E réside habituellement sur le territoire français depuis plus de dix ans, le requérant n'établit, par la seule production d'une attestation de son épouse, au demeurant peu circonstanciée, datée du 27 décembre 2021, ni participer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, ni la réalité de la vie commune alléguée. En outre, et ainsi qu'il a été dit au point qui précède, M. E constitue une menace réelle et actuelle pour l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet du Cher n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts poursuivis par la décision attaquée.

9. En dernier lieu, M. E se prévaut de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour prévue par l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, d'une part, il résulte de ce qui précède qu'il ne remplissait pas les conditions pour se voir effectivement délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le préfet n'était donc pas tenu de saisir cette commission préalablement avant de lui refuser le séjour à ce titre. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait entendu présenter sa demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions relatives à l'admission exceptionnelle au séjour qui imposent avant tout refus de titre la saisine de cette commission pour les étrangers résidant habituellement en France depuis plus de dix ans. Dès lors, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour est inopérant.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour.

12. En second lieu, la décision attaquée vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment ses articles L. 611-1 (1° et 3°) et L. 612-2 (1° et 3°), ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code des relations entre le public et l'administration. Dans ces conditions, alors que la motivation de l'obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que, comme cela a été dit au point 3, ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de titre de séjour d'une obligation de quitter le territoire français - en l'occurrence les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile - ont été visées, de mentions spécifiques pour respecter les exigences de motivation des actes administratifs, la décision, qui énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle repose, est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français manque en fait et doit être écarté. Il en est de même de celui tiré du défaut de base légale.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français présentées par M. E doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

14. Il ressort de l'examen de l'arrêté attaqué que la décision par laquelle le préfet du Cher a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement prise à l'encontre de M. E n'est pas motivée en droit à défaut de mention des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile la fondant.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. E est seulement fondé à solliciter l'annulation de la décision du 19 décembre 2022 fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement n'implique pas qu'il soit enjoint au préfet qu'il délivre à M. E un titre de séjour ou qu'il se prononce de nouveau sur sa demande. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. E doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 19 décembre 2022 par laquelle le préfet du Cher a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement dont M. E fait l'objet est annulée.

Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet du Cher.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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