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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300556

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300556

mercredi 15 février 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300556
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantROULET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 février 2023, M. D B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2022 de la préfète d'Eure-et-Loir portant refus d'admission exceptionnelle au séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 décembre 2022 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir l'a assigné à résidence dans le département d'Eure-et-Loir pour une durée de quarante-cinq jours.

Il soutient que :

- il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour par dérogation à la procédure de regroupement familial : il vit depuis 2019 avec une ressortissante congolaise qu'il a épousée le 12 décembre 2020 et qui est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 21 août 2026 ; il a quitté le Nigéria en 2010 et n'y est jamais retourné ; ses attaches familiales se situent en France ;

- il peut se prévaloir de la circulaire Valls du 28 novembre 2012.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2023, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est tardive et, par suite, irrecevable en tant qu'elle est dirigée contre l'obligation de quitter le territoire français ;

- les autres moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Rouault-Chalier, vice-présidente, pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- les observations de Me Roulet, représentant M. B, présent et assisté par Mme A, interprète, qui a fait valoir qu'elle ne contestait pas l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français et entendait soulever à l'encontre de la décision portant assignation à résidence, d'une part, le moyen tiré du caractère disproportionné de la mesure du fait, notamment, de l'obligation faite au requérant de se présenter trois fois par semaine au commissariat de Chartres et, d'autre part, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé, laquelle a évolué depuis la présentation de sa demande d'admission au séjour et l'édiction à son encontre de la mesure d'éloignement ;

- la préfète d'Eure-et-Loir n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant nigérian né le 1er janvier 1989, a déclaré être entré en France irrégulièrement le 22 février 2018. Le 21 mars 2022, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en qualité de conjoint d'un étranger en situation régulière sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 octobre 2022, la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays pour lequel il est légalement admissible. Par la suite, la préfète a pris, le 29 décembre 2022, un arrêté portant assignation à résidence dans le département d'Eure-et-Loir pour une durée de quarante-cinq jours, avec obligation de se présenter tous les lundis, mercredis et vendredis à 9 heures 30 au commissariat de police de Chartres. M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. () ". En vertu de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " I. - Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application de l'article L. 251-1 ou des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. (). ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 21 octobre 2022 portant refus d'admission au séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination a été notifié à M. B le 7 novembre 2022 avec mention des voies et délais de recours. Le requérant ne justifie pas de l'impossibilité dans laquelle il se serait trouvé de contester cet arrêté dans le délai de recours prescrit. Dès lors, les conclusions de la requête dirigées contre cet arrêté, qui n'ont été enregistrées au greffe du tribunal que le 10 février 2023, soit après l'expiration du délai de recours contentieux de trente jours, sont tardives et, par suite, irrecevables ainsi que le soutient la préfète d'Eure-et-Loir en défense.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'assignation à résidence :

4. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants :1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

5. Aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / () ". Selon l'article R. 733-1 : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".

6. L'assignation à résidence, qui est une mesure alternative au placement en rétention dans des locaux administratifs ne relevant pas de l'administration pénitentiaire, a pour but de permettre à l'administration de s'assurer de la personne obligée de quitter le territoire français, de vérifier qu'elle prend des dispositions en vue de son départ, de prévenir le risque de soustraction à l'exécution de cette obligation, comme de permettre, le cas échéant, l'exécution forcée de cette mesure d'éloignement. Mesure par nature restrictive de la liberté d'aller et de venir, cette restriction formant son objet même, les modalités contraignantes dont elle est assortie doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées aux objectifs ainsi poursuivis.

7. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté du 29 décembre 2022, notifié le 10 février 2023, que M. B est assigné à résidence dans le département de l'Eure-et-Loir où se situe son domicile pour une durée de quarante-cinq jours, qu'il ne peut quitter les limites de ce département sans autorisation des services préfectoraux et qu'il devra se présenter trois fois par semaine, tous les lundis, mercredis et vendredis à 9 heures 30 au commissariat de Chartres. Si M. B fait valoir que l'obligation d'avoir a` signer trois fois par semaine est disproportionnée, il n'apporte aucune précision sur les impératifs de la vie quotidienne, privée et familiale auxquels une telle restriction de ses mouvements porterait une atteinte excessive et ne fait état d'aucune contrainte connue à la date de la décision attaquée, susceptible de révéler le caractère disproportionné des obligations ainsi mises à sa charge. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté portant assignation à résidence est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ni qu'il ordonne des restrictions disproportionnées au regard des buts en vue desquels il a été pris.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 décembre 2022 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir l'a assigné à résidence. Sa requête doit, par suite, être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète d'Eure-et-Loir.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2023.

La magistrate désignée,

Patricia C

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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