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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300565

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300565

mercredi 5 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300565
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantNAMIGOHAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 février et 21 mars 2023, M. C, représenté par Me Adrien Namigohar, demande au tribunal :

1) d'ordonner au préfet du Cher de produire son entier dossier ;

2) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2023 du préfet du Cher rejetant sa demande de régularisation de son séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant la Tunisie comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3) d'enjoindre au préfet du Cher, d'une part, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, d'autre part, de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen dans le délai d'un mois et, à défaut, de réexaminer sa situation administrative dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de mettre en œuvre, sans délai, la procédure d'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour a été pris par une autorité incompétente, n'a pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux de sa situation, est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et méconnaît les articles R. 432-14, L. 423-23 et

L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- l'obligation de quitter le territoire est entachée d'illégalité dès lors que le refus de séjour est illégal, a été prise par une autorité incompétente, n'a pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux de sa situation, n'est pas motivée, méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'illégalité dès lors que le refus de titre et l'obligation de quitter le territoire sont illégaux, a été prise par une autorité incompétente et méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire est entachée d'illégalité dès lors que l'obligation de quitter le territoire est illégale, a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée, n'est pas fondée et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2023, le préfet du Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Gabory, avocate de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 15 mai 1975, a déclaré être entré en France le 23 décembre 1999 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa touristique valable du 16 décembre 1999 au 30 janvier 2020. Il a fait l'objet d'un arrêté d'obligation de quitter le territoire pris le 13 septembre 2017 par le préfet de police de Paris. Son recours dirigé contre cet arrêté a été rejeté par un jugement n° 1715762 du 14 décembre 2017 du tribunal administratif de Paris confirmé par un arrêt n° 18PA00095 du 29 mars 2018 de la cour administrative d'appel de Paris. Le 21 juin 2021, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour auprès des services de la préfecture du Cher. Le 10 novembre 2022, la commission du titre de séjour a émis un avis défavorable à l'admission au séjour de l'intéressé au regard des dispositions des articles

L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur mais a précisé qu'" un réexamen avec bienveillance de la situation de M. B pourrait être envisagé au titre du pouvoir discrétionnaire ". Par l'arrêté attaqué du 13 janvier 2023, le préfet du Cher a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de son pays d'origine et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions tendant à la production des pièces du dossier de M. B :

2. Aux termes des dispositions du 4° de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise () ". Le requérant demande d'ordonner au préfet du Cher de produire son entier dossier. Il appartient, toutefois, au juge administratif, qui dirige l'instruction, d'apprécier s'il est utile, pour la solution du litige dont il est saisi, de faire produire certaines pièces dont la communication est demandée par les parties. Le préfet du Cher a produit diverses pièces à l'appui de son mémoire en défense sur le fondement desquelles il a pris l'arrêté attaqué. Ces pièces ont été communiquées au requérant. Ce dernier ne soutient pas que d'autres pièces seraient utiles à la solution du litige. Par suite, il n'y a pas lieu de demander au préfet du Cher de produire d'autres pièces.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 13 janvier 2023 :

3. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré régulièrement en France le 23 décembre 1999 sous couvert de son passeport tunisien en cours de validité revêtu d'un visa délivré par les autorités françaises valable du 16 décembre 1999 au 30 janvier 2000. L'intéressé produit de nombreux documents couvrant les années 2000 à 2022 parmi lesquels des documents des services fiscaux, des documents médicaux, son jugement de divorce rendu par le tribunal judiciaire d'Amiens relevant qu'il s'est marié le 4 février 2006 et a divorcé le 5 décembre 2007, des relevés bancaires, des fiches de paie desquels il ressort qu'il réside habituellement sur le territoire depuis le 23 décembre 1999. Le préfet du Cher reconnaît d'ailleurs dans l'arrêté attaqué que l'intéressé justifie de sa présence en France depuis l'année 2010, soit depuis plus de dix ans. En outre, le requérant justifie du décès de ses père et mère qui résidaient en Tunisie survenus les 13 juillet 2010 et 18 mars 2013 ce que ne conteste pas le préfet. Il justifie également avoir travaillé du 1er janvier 2000 au 31 décembre 2000 dans une boulangerie à Paris et au cours des années 2020 et 2021 en qualité de technicien télécom dans une entreprise de Grigny. Il justifie avoir des liens familiaux sur le territoire français sur lequel résident régulièrement l'un de ses deux frères, l'autre chez lequel il a résidé étant décédé, ainsi que des oncles, un neveu, une nièce, des cousins et ses belles sœurs. S'il est mentionné dans le ficher TAJ pour n'avoir pas exécuté l'obligation de quitter le territoire du 13 septembre 2017, il ne constitue pas, pour ce seul motif, une menace pour l'ordre public. Il n'est pas contesté qu'il parle couramment le français. Par suite, compte tenu des conditions d'entrée et de séjour de l'intéressé, de la durée de son séjour en France, de la circonstance que ses parents sont décédés et de la présence de liens familiaux et même s'il ne dispose pas d'un logement personnel et ne travaille plus depuis le mois d'octobre 2021, le refus d'admission exceptionnelle au séjour et l'obligation de quitter le territoire attaquées sont, dans les circonstances particulières de l'espèce, entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle du requérant.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du préfet du Cher rejetant sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et l'obligeant à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, la décision fixant le pays de renvoi et la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions en injonction :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ". A la suite de l'annulation d'une décision d'obligation de quitter le territoire, il incombe au préfet, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, non seulement de munir l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour mais aussi, qu'il ait été ou non saisi d'une demande en ce sens, de se prononcer sur son droit à un titre de séjour.

6. Le présent jugement qui annule l'arrêté du 13 janvier 2023 du préfet du Cher n'implique pas nécessairement que le préfet du Cher délivre à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " mais seulement que sa demande d'admission exceptionnelle au séjour soit réexaminée par le préfet du Cher et que le préfet le munisse d'une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu, dès lors, en application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de prescrire au préfet du Cher de munir immédiatement M. B d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que le préfet du Cher ait à nouveau statuer sur sa situation et de fixer à deux mois, à compter de la notification du présent jugement, le délai dans lequel il devra prendre une décision sur son droit au séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte ;

7. En second lieu, aux termes de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. ". Selon l'article 7 du décret susvisé du 28 mai 2010 : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription. Les données enregistrées au titre du 5° du IV de l'article 2 sont effacées, au plus tard, trois ans après la date à laquelle l'obligation de quitter le territoire français a été signée () ".

8. Il résulte de ces dispositions que l'annulation, par le présent jugement, de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français de M. B implique nécessairement l'effacement sans délai du signalement de l'intéressé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Cher de procéder à l'effacement sans délai du signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 13 janvier 2023 du préfet du Cher rejetant la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. B, l'obligeant à quitter le territoire français vers son pays d'origine et lui interdisant le retour sur le territoire français est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Cher de munir immédiatement M. B d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas. La décision prise à l'issue de l'examen du droit au séjour de M. B devra intervenir dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il est également enjoint au préfet du Cher de mettre en œuvre sans délai la procédure d'effacement du signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel A

La greffière,

Florence PINGUET-COMMEREUC

La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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