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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300570

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300570

mercredi 5 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300570
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantCARROGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 février 2023, Mme A C, représentée par Me Anne Carroger, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2023 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant la République du Congo comme pays de destination de sa reconduite.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit ;

- l'arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2023, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Carroger, avocate de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante de la République du Congo née le 23 août 1970, a déclaré être entrée en France le 4 août 2018 sous couvert de son passeport valable du 13 octobre 2017 au 12 octobre 2022 revêtu d'un visa pour la France valable du 27 juillet 2018 au 28 août 2018. Le 3 novembre 2018, elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 10 janvier 2020 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 15 avril 2021 par la cour nationale du droit d'asile. Le 25 février 2021, elle a sollicité son admission au séjour pour raisons médicales. Le 5 juillet 2021, la préfète du Loiret l'a obligée à quitter le territoire français. Elle n'a pas déféré à cette obligation. Le 4 août 2022, elle a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Sa demande a été rejetée, pour irrecevabilité, le 9 août 2022 par l'office français de protection des réfugiés et apatrides. Par l'arrêté attaqué du 19 janvier 2023, la préfète du Loiret l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de son pays d'origine.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la requête :

4. En premier lieu, la requérante soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit dans la mesure où elle a contesté l'obligation de quitter le territoire prise le 5 juillet 2021 devant le présent tribunal administratif, que l'instance est toujours pendante et qu'en l'absence de décision du tribunal, l'exécution de l'arrêté précédemment pris par la préfète est suspendue. Toutefois, par un jugement n° 2103632 du 22 septembre 2021, notifié le 23 septembre 2021, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté la requête de Mme C tendant à l'annulation de l'arrêté du 5 juillet 2021 de la préfète du Loiret rejetant sa demande de titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut être accueilli.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. La requérante soutient que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations précitées en faisant valoir qu'elle souffre notamment d'un diabète de type 2 et d'une hypertension artérielle de grade 3 et qu'au regard de ces pathologies, il est important qu'elle puisse continuer à suivre des soins sur le territoire français. Toutefois, elle est entrée assez récemment en France, le 4 août 2018, et s'est maintenue sur le territoire français malgré les décisions dont il est fait état au point 1 et le jugement précité du 22 septembre 2021 de ce tribunal administratif. Par ailleurs, elle ne conteste pas être mariée et mère de trois enfants dont un mineur qui ne résident pas en France. Enfin, le certificat du 12 septembre 2022 établi par un médecin psychiatre de la maison de santé pluridisciplinaire de la présentation de Fleury-les-Aubrais ne précise aucunement que le syndrome anxio-dépressif chronique dont souffre la requérante ne pourrait être soigné dans son pays d'origine. Par suite, eu égard aux conditions d'entrée et de séjour de l'intéressée sur le territoire français, l'arrêté attaqué ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et, dès lors, ne méconnaît pas les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête présentée par Mme C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel B

La greffière,

Florence PINGUET-COMMEREUCLa République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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