jeudi 5 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2300611 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | VIEILLEMARINGE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 février 2023, et un mémoire, enregistré le 6 septembre 2023, M. A D, représenté par Me Viellemaringe, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2022 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par heure de retard, ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans les mêmes délais et conditions d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Vieillemaringe, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision de refus de séjour :
- elle a été adoptée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- sa situation n'a pas été examinée en fait et en droit ;
- la préfète a entaché sa décision portant refus de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale et méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant refus de séjour méconnait les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la préfète a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en considérant qu'il constituait une menace pour l'ordre public ;
- elle est entachée d'une erreur de droit.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour ;
- elle méconnait les stipulations des articles 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré 13 avril 2023, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapporteur public, autorisé par Mme Rouault-Chalier, présidente de la formation de jugement, a été dispensé, sur sa proposition, d'avoir à prononcer des conclusions.
Le rapport de Mme Palis De Koninck a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant égyptien né le 3 janvier 1999, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 15 octobre 2015. Le 3 janvier 2017, il a obtenu un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " sur présentation d'un contrat d'apprentissage en CAP de cuisine valable du 19 juillet 2016 au 18 juillet 2018. Il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour, ce qui lui a été refusé par un arrêté du 20 mars 2018 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Le 8 juin 2022, M. D a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 421-1 et
L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 1er décembre 2022, la préfète d'Indre-et-Loire lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de destination de la mesure d'éloignement.
Sur les conclusions dirigées contre la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme C B, préfète d'Indre-et-Loire nommée par décret du 29 juillet 2020 publié au Journal officiel de la République française du 30 juillet 2020. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée rappelle que la situation de M. D a été examinée au regard de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et en application des articles L. 435-1 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique les raisons pour lesquelles la préfète d'Indre-et-Loire a décidé de refuser la délivrance d'un titre de séjour. Ces indications, qui ont permis à M. D de comprendre et de contester la décision prise à son encontre, étaient dès lors suffisantes. Par suite, le moyen tiré de la motivation insuffisante de la décision contestée doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que la préfète d'Indre-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. D. Elle a notamment examiné la demande de titre de séjour mention " salarié " présentée par le requérant sur le fondement à la fois des dispositions de l'article
L. 435-1 et de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que ce dernier fait valoir. Dans ces conditions, il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.
6. M. D soutient qu'il est entré mineur en France, qu'il a deux jeunes enfants qui résident sur le territoire national et qu'il vit en concubinage avec une ressortissante française avec laquelle il souhaite ouvrir un restaurant. Il ressort effectivement des pièces du dossier que le requérant a été pris en charge lorsqu'il était mineur par l'aide sociale à l'enfance et qu'il a suivi des études professionnelles pour devenir cuisinier. Depuis lors, il a fait l'objet d'un refus de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire ". Les pièces qu'il produit à l'appui de sa requête n'établissent pas la réalité du projet professionnel dont il se prévaut aujourd'hui. En outre, s'il a deux enfants qui résident sur le territoire français, nées en 2019 et 2021, il ne justifie pas, par les pièces qu'il produit, entretenir de relations avec les deux petites filles. Pour ce qui est de sa fille ainée, il ne produit que le jugement du tribunal judiciaire de Tours du 14 janvier 2019 confiant sa garde exclusive à sa mère, contre laquelle le requérant a été déclaré coupable de violence. Pour ce qui est de sa fille cadette, il ne produit que quelques échanges de SMS avec la mère de cette dernière et des factures d'achat de produits pour enfants dans des supermarchés, ce qui ne permet pas d'établir qu'il participe réellement à l'éducation et à l'entretien de la petite fille. Enfin, si M. D soutient qu'il vit en concubinage avec une ressortissante française, les pièces produites au dossier ne permettent pas d'établir la stabilité, l'intensité et l'ancienneté de cette relation. Dans ces conditions, les circonstances invoquées ne constituent pas des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la préfète d'Indre-et-Loire n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en rejetant la demande de titre de séjour présentée par le requérant sur le fondement de ces dispositions.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
8. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que si M. D est le père de deux petites filles de nationalité française, il n'établit pas contribuer effectivement à leur éducation. Pour ce qui est de sa fille ainée, elle a été confiée à la garde exclusive de sa mère, contre laquelle le requérant a été déclaré coupable de violence. Pour ce qui est de sa fille cadette, les quelques échanges de SMS avec la mère de cette dernière et les factures d'achat de produits pour enfants dans des supermarchés ne sont pas suffisants pour justifier qu'il participe réellement à son éducation et à son entretien. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
10. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que si M. D soutient qu'il vit en concubinage avec une ressortissante française depuis un an et demi, les pièces produites au dossier ne permettent pas d'établir la stabilité, l'intensité et l'ancienneté de cette relation. Il n'est pas plus établi qu'il entretiendrait une relation avec ses filles qui résident en France avec leurs mères. Le requérant ne conteste pas, par ailleurs, disposer d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et ses deux frères et sœurs. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 ne peut dès lors qu'être écarté.
11. En septième lieu, si M. D soutient que la préfète a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en considérant qu'il constituait une menace pour l'ordre public, il n'est pas contesté qu'il a fait l'objet de poursuites judiciaires pour tentative de vol en réunion et vol en réunion, faits pour lesquels il a été condamné à huit mois d'emprisonnement avec sursis en 2020 et pour conduite d'un véhicule sans permis et délit de fuite après un accident, faits pour lesquels il a été condamné à une peine d'emprisonnement de cinq mois avec sursis en 2021. Le moyen sera donc écarté.
12. En dernier lieu, si M. D soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit au regard des articles L. 423-22, L. 435-1 et suivants et L. 421-1 à
L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce moyen n'est assorti d'aucune précision suffisante permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
Sur les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
13. En premier lieu, la décision de refus de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions à fin d'annulation de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
14. Compte tenu de ce qui a été exposé aux points 6, 8 et 10, les moyens tirés de que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaitrait les dispositions des articles 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peuvent qu'être écartés.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la l'arrêté du 1er décembre 2022 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de délivrer à M. D un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et de celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet d'Indre-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Rouault-Chalier, présidente,
Mme Palis De Koninck, première conseillère,
M. Nehring, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.
La rapporteure,
Mélanie PALIS DE KONINCK
La présidente,
Patricia ROUAULT-CHALIER
La greffière,
Agnès BRAUD
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026