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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300653

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300653

mercredi 5 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300653
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantSELARL AD JUSTITIAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 février 2023, M. A G C, représenté par la Selarl Ad Justitiam, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2023 du préfet du Cher l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant le Sierra-Léone comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- l'arrêté méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2023, le préfet du Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant du Sierra-Léone né le 21 septembre 1989, a déclaré être entré en France le 9 août 2019 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 11 octobre 2019, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 19 mai 2022 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 26 octobre 2022 par la cour nationale du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 30 janvier 2023, le préfet du Cher l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de son pays d'origine et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 janvier 2023 le préfet du Cher :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Carl Accettone, secrétaire général de la préfecture du Cher. Par un arrêté n° 2022-01031 du 23 août 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 18-2022-08-013 de la préfecture mis en ligne sur le site électronique de la préfecture dans la rubrique " Recueil des actes administratifs " dans des conditions permettant un accès facile et garantissant la fiabilité et la date de la mise en ligne de tout nouvel acte ce qui est suffisant pour le rendre opposable aux tiers, M. D B, préfet du Cher, a donné délégation à M. F à l'effet de signer notamment " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Cher ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Cette délégation de signature n'est pas générale et mentionne le nom du délégataire. Dès lors que l'arrêté du 23 août 2022, qui constitue un acte réglementaire, a été régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Cher, l'administration n'a pas à produire cet arrêté que le tribunal n'a pas davantage l'obligation de communiquer au requérant. Par ailleurs, l'arrêté attaqué vise la décision de délégation de signature précitée. Enfin, la délégation de signature n'est pas donnée à M. F qu'en cas d'absence ou d'empêchement du préfet. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir qu'il n'est pas démontré que le préfet était absent ou empêché. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la même convention : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. En se prévalant de ces stipulations, le requérant soutient que sa vie est sur le territoire national. Toutefois, il est entré assez récemment en France, le 9 août 2019, et il ne conteste pas être célibataire et sans enfant. Il n'établit pas, ni même n'allègue, avoir des attaches familiales en France et ne pas avoir de telles attaches dans son pays d'origine. Par suite, eu égard notamment aux conditions d'entrée et de séjour du requérant, l'arrêté attaqué ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. Le requérant soutient qu'il encourt des risques en cas de retour au Sierra-Léone en faisant valoir qu'il a fait des études supérieures dans son pays, qu'il est ingénieur en bâtiment et qu'il a beaucoup perdu en quittant son pays. Toutefois, il ne produit aucun document ou élément de nature à établir qu'il serait personnellement l'objet de persécutions de la part des autorités en cas de retour au Sierra-Léone. Par suite, l'arrêté attaqué ne méconnait pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête présentée par M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A G C et au préfet du Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel E

La greffière,

Florence PINGUET-COMMEREUC

La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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