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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300656

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300656

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300656
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantBLIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 février 2023, M. A B, représenté par Me Blin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 décembre 2022 par laquelle la préfète d'Eure-et-Loir lui a refusé la délivrance d'une carte de résident ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir de lui délivrer une carte de résident dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 5 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de la décision contestée n'est pas établie ;

- cette décision est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il aurait dû être fait application de l'accord franco-marocain et non du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le préfet d'Eure-et-Loir n'a pas produit d'observations malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 11 janvier 2024.

Par ordonnance du 21 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 mars 2024.

La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. B a été rejetée par décision du 15 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Defranc-Dousset a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M A B, ressortissant marocain né le 25 août 1983, a demandé à l'occasion du renouvellement de son titre de séjour la délivrance d'une carte de résident. Par décision du 19 décembre 2022, la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un tel titre tout en procédant au renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle. Par la présente requête M. B demande au tribunal d'annuler le refus opposé sur sa demande de carte de résident et d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir de lui en délivrer une.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L.413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La première délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 423-6, L. 423-10 ou L. 423-16, de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " prévue aux articles L. 421-12, L. 421-25, L. 424-5, L. 424-14 ou L. 426-19, ainsi que de la carte de résident permanent prévue à l'article L. 426-4 est subordonnée à l'intégration républicaine de l'étranger dans la société française, appréciée en particulier au regard et de sa connaissance de la langue française qui doit être au moins égale à un niveau défini par décret en Conseil d'Etat./Pour l'appréciation de la condition d'intégration, l'autorité administrative saisit pour avis le maire de la commune dans laquelle l'étranger réside. Cet avis est réputé favorable à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la saisine du maire par l'autorité administrative. / Les étrangers âgés de plus de soixante-cinq ans ne sont pas soumis à la condition relative à la connaissance de la langue française. ".

3. Aux termes de la décision contestée, la préfète d'Eure-et-Loir a rejeté la demande de délivrance d'une carte de résident d'une durée de validité de 10 ans présentée par M. B à raison de l'insuffisance de son niveau d'intégration républicaine, en retenant qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire et l'existence d'antécédents judiciaires pour acquisition non autorisée de stupéfiants. Toutefois, il ressort des pièces du dossier d'une part, que le requérant était titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle qui lui a été renouvelée, d'autre part que le bulletin n° 3 de son casier judiciaire ne comporte aucune mention de sanction pénale. Par suite, et alors que la préfète d'Eure-et-Loir, qui n'a produit aucune observation à l'instance, n'établit pas la réalité de l'atteinte à l'ordre public dont elle se prévaut pour opposer un refus sur la demande de M. B, la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des dispositions de l'article L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile rappelées au point précédent.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision de la préfète d'Eure-et-Loir refusant la délivrance d'une carte de résident à M. B doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles./Après trois ans de séjour continu en France, les ressortissants marocains visés à l'alinéa précédent pourront obtenir un titre de séjour de dix ans. Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article 1er sont applicables pour le renouvellement du titre de séjour après dix ans. ".

6. Eu égard au motif retenu pour prononcer l'annulation de la décision contestée et alors que M. B établit qu'il remplit les conditions fixées à l'article 3 de l'accord franco-marocain, rappelées au point précédent, lui permettant de prétendre à la délivrance du titre de séjour sollicité, il a lieu d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir de lui délivrer, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, une carte de résident d'une durée de validité de 10 ans. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 19 décembre 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet d'Eure-et-Loir de délivrer une carte de résident d'une durée de validité de 10 ans à M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet d'Eure-et-Loir.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère.

Mme Keiflin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

La rapporteure,

Hélène DEFRANC-DOUSSET

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,

Sarah LEROY

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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