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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300659

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300659

mercredi 5 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300659
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantCARROGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 février 2023, Mme C A, représentée par Me Anne Carroger, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 2 février 2023 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant la Côte d'Ivoire comme pays de destination de sa reconduite.

Elle soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2023, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Carroger, avocate de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 8 octobre 1986 a été interpellée le 2 février 2023 par les services de la police aux frontières d'Orléans pour vérification de son droit au séjour. Elle a déclaré être entrée en France le 30 décembre 2022 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Elle s'est maintenue sur le territoire français sans avoir effectué de démarches en vue de régulariser sa situation. Par l'arrêté attaqué du 2 février 2023, la préfète du Loiret l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de son pays d'origine.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la requête :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. La requérante soutient que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations précitées et qu'il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation en faisant valoir qu'elle vivait au Mali avec son mari et sa fille mineure, qu'elle a fui le Mali en 2020 pour échapper aux violences de son mari et empêcher l'excision de sa fille, âgée de six ans, qu'elle est entrée en France le 30 décembre 2022, qu'un rendez-vous a été pris pour le 22 février avec Coallia afin de lui permettre de formuler une demande d'asile, qu'elle doit pouvoir déposer cette demande en France, que, par suite, il ne saurait lui être imposé de quitter le territoire français avec sa fille, qu'elle a effectué un dépistage le 10 janvier 2023 au grand dispensaire d'Orléans qui a démontré qu'elle souffre d'une maladie chronique qui nécessite une prise en charge en urgence et dont l'absence pourrait conduire à une altération grave et durable de son état de santé et qu'elle bénéficie d'un suivi médical spécialisé au service des maladies infectieuses et tropicales du centre hospitalier régional d'Orléans et a débuté un traitement le 6 février 2023. Toutefois, elle ne justifie pas avoir déposé une demande d'asile avant l'intervention de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, elle est entrée très récemment en France. Elle n'allègue pas avoir des liens familiaux en France. Enfin, les certificats des 26 janvier 2023 et 3 février 2023 établis à sa demande par le centre hospitalier régional d'Orléans ne précisent aucunement que son état de santé nécessite une prise en charge qui ne pourrait être réalisée qu'en France. Par suite, eu égard aux conditions d'entrée et de séjour de l'intéressée sur le territoire français, l'arrêté attaqué ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête présentée par Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel B

La greffière,

Florence PINGUET-COMMEREUCLa République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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