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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300696

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300696

jeudi 16 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300696
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP CARIOU LEVEQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 février 2023, Mme A épouse C, représentée par Me Cariou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2022 du préfet de Loir-et-Cher en tant qu'il lui a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, l'a obligée à remettre son passeport et tout autre document d'identité ou de voyage en sa possession aux services de police et, à défaut de détention de tels documents, à se présenter dans les plus brefs délais aux autorités consulaires compétentes, lui a fait obligation de se présenter aux services de police deux fois par semaine pour indiquer les démarches engagées dans le cadre de la préparation de son départ, l'a informée de ce qu'une interdiction de retour sur le territoire français serait prise à son encontre en cas de maintien sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de 8 jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les décisions portant obligation de remise de son passeport ou de tout autre document d'identité ou, à défaut, de se présenter dans les plus brefs délais aux autorités consulaires compétentes, de se présenter deux jours par semaine aux services de police et l'informant de ce qu'une interdiction de retour sur le territoire français sera prise en cas de maintien sur le territoire à l'issue du délai de départ volontaire sont entachées d'incompétence ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen complet ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions en annulation dirigées contre l'arrêté du 8 décembre 2022 du préfet de Loir-et-Cher en tant que celui-ci comporte l'information selon laquelle, si Mme A se maintient irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édictera une interdiction de retour, dès lors que cette mesure d'information ne fait pas grief.

Par ordonnance du 8 novembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 28 novembre 2024.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près du tribunal judiciaire d'Orléans du 20 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre la République française et la République algérienne démocratique et populaire signée à Alger le 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Ploteau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse C, ressortissante algérienne née le 22 avril 1977, est entrée régulièrement sur le territoire français le 10 janvier 2018 et s'y est maintenue irrégulièrement au-delà du terme de son visa. Le 15 juin 2022, elle a déposé une demande de titre de séjour. Par un arrêté du 8 décembre 2022, dont elle demande l'annulation, le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, l'a obligée à remettre son passeport et tout autre document d'identité ou de voyage aux services de police ou, à défaut, à se présenter dans les plus brefs délais aux autorités consulaires compétentes, l'a obligée à se présenter deux jours par semaine aux services de police pour justifier des démarches engagées dans le cadre de la préparation de son départ, l'a informée de ce qu'une interdiction de retour sur le territoire français serait prise à son encontre en cas de maintien sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur la recevabilité des conclusions en annulation :

2. Par l'arrêté attaqué du 8 décembre 2022, le préfet de Loir-et-Cher a notamment informé Mme A de ce qu'une interdiction de retour sur le territoire français serait prononcée à son encontre en cas de maintien sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire qui lui a été accordé. Cette information, qui n'a pas un caractère décisoire, ne peut pas faire l'objet d'un recours en excès de pouvoir. Par suite, les conclusions explicitement dirigées contre cette mesure d'information doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur le bien-fondé du surplus des conclusions en annulation :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté a été signé par M. Nicolas Hauptmann, secrétaire général de la préfecture du Loir-et-Cher, qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté n° 41-2021-01-25-001 du 25 janvier 2021, notamment à effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département () / A ce titre cette délégation comprend donc, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers () ". La circonstance que les mesures de remise du passeport ou de tout autre document d'identité ou de voyage de l'étranger à qui un délai de départ volontaire a été accordé et de présentation de ce même étranger aux services de police pour indiquer ses diligences dans la préparation de son départ ont été prévues par de nouvelles dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile intervenues postérieurement à cet arrêté de délégation est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait, notamment les textes applicables et les conditions d'entrée et de séjour de Mme A en France ainsi que des éléments circonstanciés sur sa situation personnelle, qui en constituent le fondement. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à rappeler l'ensemble des éléments relatifs à la situation de Mme A, est suffisamment motivé. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté contesté, ni des pièces du dossier, que le préfet de Loir-et-Cher n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de Mme A. Si la requérante soutient qu'elle n'a pas sollicité un titre de séjour au titre du regroupement familial ou sur le fondement du point 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que sa demande n'a pas été examinée sur ces fondements mais sur celui des stipulations du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen complet doit être écarté.

6. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les membres de la famille qui s'établissent en France sont mis en possession d'un certificat de résidence de même durée de validité que celui de la personne qu'ils rejoignent. Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. () ". Pour l'application de cet article, le titre II du protocole annexé à l'accord précise que : " Les membres de la famille s'entendent du conjoint d'un ressortissant algérien () ". D'autre part, aux termes de l'article 6 du même accord : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est mariée depuis le 16 avril 2022 à un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence valable du 27 mars 2017 au 26 mars 2027. Ainsi, il résulte des stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien précitées que Mme A entre dans le champ du regroupement familial. Dans ces conditions, elle ne peut utilement se prévaloir des stipulations du 5) de l'article 6 du même accord, quand bien même son époux ne remplirait pas les conditions de ressources pour qu'elle puisse bénéficier effectivement de cette procédure. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

8. En cinquième lieu, le droit au séjour des ressortissants algériens étant entièrement régi par l'accord franco-algérien visé ci-dessus, Mme A ne peut utilement soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne lui sont pas applicables.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. En l'espèce, il est constant que la requérante réside en France depuis mars 2018 et est mariée à un compatriote titulaire d'un certificat de résidence algérien de dix ans depuis le 16 avril 2022. Si elle justifie d'une communauté de vie avec ce dernier depuis décembre 2021, cette communauté de vie était récente à la date de la décision attaquée. Mme A soutient que sa présence aux côtés de son époux, victime d'un accident vasculaire-cérébral en 2019, est nécessaire et produit un certificat médical en ce sens, établi postérieurement à l'arrêté attaqué. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et en particulier d'un autre certificat médical datant de mars 2020 que si l'époux de la requérante a des séquelles de cette affection, il est autonome et vivait alors chez un ami, sans aucune aide. Dans ces conditions et dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de M. C se serait dégradé depuis, la requérante n'établit pas, en dépit du soutien non négligeable qu'elle apporte à son mari, que sa présence à ses côtés serait indispensable. Par ailleurs, la requérante ne justifie pas ni même n'allègue entretenir des liens d'une particulière intensité avec son frère résidant en France. Enfin, en dépit des efforts d'insertion sociale de Mme A en France, elle ne justifie d'aucune intégration professionnelle et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de quarante ans. Ainsi, eu égard aux buts en vue desquels l'arrêté litigieux a été adopté, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il porterait une atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point 9 doit, dès lors, être écarté.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ".

12. En se bornant à soutenir qu'elle aurait dû se voir accorder un délai supplémentaire compte-tenu de son ancienneté de séjour en France, de ses démarches d'insertion et de la présence de son mari en France, la requérante ne justifie pas de circonstances telles que le préfet de Loir-et-Cher aurait dû, à titre exceptionnel, lui accorder un délai de départ supérieur à trente jours. Par suite, le moyen tiré de la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de celles aux fins d'injonction et d'astreinte et de celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse C et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 2 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

M. Gasnier, conseiller,

Mme Ploteau, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2025.

La rapporteure,

Coralie PLOTEAU

Le président,

Denis LACASSAGNE La greffière,

Frédérique GAUTHIER

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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