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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300698

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300698

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300698
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantMARIETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 18 février 2023, le 8 septembre 2023 et le 8 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Mariette, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2023 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et fixé le pays de destination de son éloignement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2023 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir l'a assigné à résidence dans le département d'Eure-et-Loir pour une durée de six mois ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire de statuer à nouveau sur sa demande dans le délai d'un mois et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les arrêtés sont signés par une autorité incompétente et sont insuffisamment motivés ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de fait relative à la date de son entrée en France et des démarches de régularisation effectuées, ainsi que d'un défaut d'examen de sa situation ; la décision méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée en ce qu'elle ne permet pas de contester utilement la décision fixant ce pays ; cette décision doit être annulée par voie de conséquence ;

- il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, n'a pas tenté d'obtenir un titre par fraude ni de prendre la fuite, et le refus de lui octroyer un délai de départ volontaire est entaché d'erreur de droit ;

- l'assignation à résidence est illégale par voie de conséquence et entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; l'assignation à résidence lui a été notifiée antérieurement à la décision d'éloignement.

Par des mémoires enregistrés le 7 septembre 2023 et le 28 septembre 2023, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Mariette, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. A, ressortissant sénégalais né le 13 février 1988 à Yeumbeul (Sénégal), a été placé en garde à vue le 16 février 2023 à la suite d'un contrôle routier. Par un arrêté du 16 février 2023, le préfet d'Eure-et-Loir l'a obligé à quitter le territoire sans délai. Par un arrêté du même jour, le préfet d'Eure-et-Loir a assigné le requérant à résidence dans le département d'Eure-et-Loir pour une durée de six mois sur le fondement de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les arrêtés dans leur ensemble :

2. En premier lieu, par arrêté du 13 avril 2023, régulièrement affiché et publié au recueil des actes administratifs, M. Yann Gérard, secrétaire général de préfecture d'Eure-et-Loir, a reçu délégation du préfet d'Eure-et-Loir pour signer les actes relatifs à la police et au séjour des étrangers. Par suite le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes attaqués qui manque en fait doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait, notamment les textes applicables et les conditions d'entrée et de séjour de M. A en France, qui en constituent le fondement, ainsi que les motifs pour lesquels aucun délai de départ volontaire ne lui est accordé. Il est, par suite, motivé conformément aux exigences des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en va de même de l'arrêté assignant le requérant à résidence pour une durée de six mois, pris sur le fondement de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui précise que le requérant justifie d'une résidence effective et permanente et qu'aucun délai de départ volontaire ne lui a été accordé.

4. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet d'Eure-et-Loir n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle M. A.

5. En quatrième lieu, s'il ressort des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire français a été notifiée au requérant le 16 février 2023 à 14h05 et l'assignation à résidence le même jour à 13h50, cette circonstance est sans en tout état de cause incidence sur la légalité de ces arrêtés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français sans délai :

6. En premier lieu, il est constant que le requérant séjourne irrégulièrement sur le territoire français depuis au moins l'année 2017. L'attestation Pôle Emploi établie le 14 septembre 2019 précise que M. A a démissionné pour motif personnel le 14 septembre 2019 de l'emploi qu'il occupait à compter du 1er juillet 2019 au sein de l'entreprise la ferme d'Olivet, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. S'il soutient qu'il est entré en France en 2016 et non en novembre 2017, qu'il a sollicité, avec son employeur, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention salarié en octobre 2020 et qu'il ne saurait lui être reproché de ne pas avoir tenté de régulariser sa situation, il ressort des pièces du dossier que le préfet d'Eure-et-Loir aurait pris la même décision s'il avait eu connaissance des motifs invoqués par le requérant. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait entachant l'arrêté litigieux doit être écarté.

7. En deuxième lieu, si M. A se prévaut d'une promesse d'embauche établie en juin 2020 par la SCEA la ferme d'Olivet, il ne ressort pas de cette seule circonstance ainsi que de l'ensemble des pièces produites au dossier qu'il pourrait prétendre bénéficier d'une régularisation exceptionnelle de sa situation sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Il ressort des pièces du dossier que le requérant est célibataire et sans enfant et ne se prévaut d'aucune attache familiale ou amicale en France et il n'est pas établi qu'il serait dépourvu de toute attache dans son pays d'origine. Compte tenu de ses conditions de séjour, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit dès lors être écarté. Il en va de même du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qui entacherait l'arrêté cobsteste.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : ()3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. A avait fait l'objet d'une mesure d'éloignement précédente - les pièces produites au dossier par le préfet concernant un ressortissant marocain -, ni qu'existerait un risque qu'il tente de se soustraire à l'exécution de l'arrêté du 16 février 2023. Par suite, l'arrêté du préfet d'Eure-et-Loir doit être annulé en tant qu'il n'octroie aucun délai de départ volontaire au requérant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. D'une part, l'arrêté du préfet d'Eure-et-Loir du 16 février 2023, qui mentionne que le requérant sera reconduit à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays dans lequel il est légalement admissible lui permet, contrairement à ses allégations, de contester utilement la décision distincte fixant le pays d'éloignement. D'autre part, M. A n'établissant pas l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à demander l'annulation, par voie de conséquence, de cette décision distincte.

En ce qui concerne la décision assignant le requérant à résidence :

11. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : /1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ".

12. Pour les motifs exposés au point 9, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ne pouvait bénéficier d'un délai de départ volontaire. Le requérant est par suite fondé à soutenir qu'il n'entre pas dans le champ d'application du 1° de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à demander l'annulation de l'arrêté du préfet d'Eure-et-Loir du 16 février 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui annule le refus d'accorder un délai de départ volontaire au requérant et la décision l'assignant à résidence, n'implique pas nécessairement qu'il soit enjoint au préfet d'Eure-et-Loir de lui délivrer un titre de séjour ou de statuer sur une demande de titre de séjour. Les conclusions à fin d'injonction doivent par suite être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie principalement perdante dans la présente instance, la somme demandée par le requérant.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet d'Eure-et-Loir du 16 février 2023 obligeant M. A à quitter le territoire français est annulé en tant qu'il n'octroie aucun délai de départ volontaire.

Article 2 : L'arrêté du préfet d'Eure-et-Loir du 16 février 2023 assignant M. A à résidence dans le département d'Eure-et-Loir est annulé.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Eure-et-Loir.

Délibéré après l'audience du 22 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Samuel Deliancourt, président,

M. Jean-Luc Jaosidy, premier conseiller,

Mme Aurore Bardet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.

Le rapporteur,

Jean-Luc C

Le président,

Samuel DELIANCOURT

La greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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