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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300703

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300703

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300703
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 février 2023, M. D A, représenté par Me Duplantier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2022 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays d'origine, la Guinée, ou tout autre pays dans lequel il est légalement admissible, comme pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de reprendre l'instruction de son dossier et de l'admettre au séjour, au besoin sous astreinte de 100 euros par jour de retard, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 300 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Concernant la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision litigieuse méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il ne représente pas une menace à l'ordre public dès lors qu'il n'a jamais fait l'objet d'une condamnation pénale ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- la préfète aurait dû saisir la commission du titre de séjour, conformément à l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, avant de prendre la décision contestée.

Concernant la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 septembre 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rouault-Chalier,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, né le 12 mai 1999, de nationalité guinéenne, déclare être entré en France le 10 janvier 2020 pour y déposer une demande d'asile. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 10 novembre 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 22 février 2022. Le 8 juin 2022, l'intéressé a déposé une demande de titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français. Par un arrêté du 2 décembre 2022, dont M. A demande l'annulation par sa requête ci-dessus analysée, la préfète du Loiret a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Guinée, pays dont il a la nationalité, ou tout autre pays où il serait légalement admissible, comme pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. A avant de prendre la décision contestée. En particulier, elle rappelle les conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français du requérant et, notamment, le dépôt de sa demande d'asile puis sa demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. La préfète du Loiret précise ensuite la situation personnelle et familiale de l'intéressé, à savoir qu'il se déclare en concubinage depuis août 2020 avec Mme C, de nationalité française, avec laquelle il a un fils mais qu'il ne justifie ni d'une vie commune ni d'une contribution à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. Le moyen tiré d'un défaut d'examen personnel et attentif doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Selon l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. ".

4. Il n'est pas contesté que M. A est père de deux enfants français, B A, né le 8 août 2021 et Marie A, née le 29 janvier 2023, postérieurement à l'arrêté attaqué. Pour refuser la délivrance du titre sollicité, la préfète du Loiret a considéré que le requérant ne rapportait ni la preuve d'une vie commune avec Mme C, de nationalité française et mère de ses deux enfants français, ni celle d'une contribution effective à leur entretien et à leur éducation. Il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement de l'attestation produite par la compagne de M. A, que leur relation a débuté en août 2020 et que leur vie commune n'a commencé qu'à compter du 3 novembre 2022, le requérant étant auparavant hébergé dans un centre d'accueil pour demandeurs d'asile et sa concubine étant alors accueillie dans un foyer pour jeunes mamans, avant d'être hébergée par un cousin de M. A durant le contrat d'engagement jeune de ce dernier. En outre, la production d'un contrat de location d'un logement meublé conclu le 3 novembre 2022 et établi au seul nom de M. A ne suffit pas à justifier de l'effectivité d'une vie commune entre ce dernier et la mère de ses enfants à la date de l'arrêté attaqué. De même, aucune des pièces produites à l'instance ne permet d'établir que M. A participerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants depuis leur naissance. Dans ces circonstances, en refusant de faire droit à la demande du requérant de délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français, la préfète du Loiret n'a ni commis une erreur de fait ni méconnu les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, (). ". Il y a lieu de prendre en compte la nature, la gravité ainsi que le caractère récent ou non des infractions pour apprécier l'atteinte à l'ordre public, qui s'apprécie au moment de la décision attaquée.

6. En l'espèce, pour refuser à M. A la délivrance d'un titre de séjour, la préfète du Loiret a également considéré que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier, et n'est pas contesté par l'intéressé, qu'il a été mis en cause pour des faits de violence sans incapacité sur un mineur de quinze ans par un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime et violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité commis le 5 décembre 2021. Dès lors, eu égard à la nature des faits reprochés au requérant et à leur caractère récent, la préfète du Loiret ne s'est pas livrée à une appréciation inexacte des faits en estimant que le comportement de ce dernier constitue une menace pour l'ordre public au sens de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que la préfète aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif, dont il a été dit au point 4 qu'il n'était pas entaché d'illégalité, tiré de ce que M. A ne remplissait pas, à la date de la décision contestée, les conditions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions relatives à la délivrance de plein droit des cartes de séjour citées dans cet article, et non celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Or, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que M. A ne remplit pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puisqu'il n'est pas établi qu'il contribuerait effectivement depuis leur naissance à l'entretien et à l'éducation de ses enfants français. Par suite, la préfète du Loiret n'était pas tenue de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande de titre de séjour.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

9. Si M. A, entré sur le territoire national en 2020, soutient vivre avec sa compagne avec laquelle il a eu deux enfants, il ne justifie pas, toutefois, d'une communauté de vie suffisamment ancienne et stable avec cette dernière. Il ne démontre pas plus l'intensité et l'ancienneté de ses liens personnels et familiaux en France. De même, la production de fiches de salaire pour des emplois saisonniers ou intérimaires exercés de juin à octobre 2022 ne permet pas, à elle seule, de témoigner d'une insertion particulièrement forte du requérant dans la société française. Dans ces conditions, la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que cette décision a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni que la préfète du Loiret a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle, professionnelle et familiale.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions à fin d'annulation de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; ".

12. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté de la préfète du Loiret du 2 décembre 2022 doivent être rejetées. Il y a lieu également de rejeter, ensemble et par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Palis De Koninck, première conseillère,

Mme Bernard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

La présidente-rapporteure,

Patricia ROUAULT-CHALIER

L'assesseure la plus ancienne,

Mélanie PALIS DE KONINCKLa greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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