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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300765

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300765

vendredi 3 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300765
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantANGLIVIEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 février 2023, M. B A, représenté par Me Angliviel, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 février 2023 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a désigné le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 février 2023 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir l'a assigné à résidence dans le périmètre du département d'Eure-et-Loir pour une durée de quarante-cinq jours avec obligation de se présenter les lundis, mardis, mercredi et jeudis à 9 heures au commissariat de Chartres ;

3°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que la préfète ne pouvait pas fonder sa décision sur les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- en fondant sa décision sur l'avis défavorable émis par le service de la main d'œuvre étrangère à la demande d'autorisation de travail présentée par la société Enneftni, la préfète s'est estimée en situation de compétence liée ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux de la part de la préfète ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une appréciation manifestement erronée des conséquences de son exécution sur sa vie personnelle.

Sur la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant assignation à résidence :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et de méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 2 mars 2023, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Angliviel, représentant M. A, qui persiste dans les conclusions de sa requête par les mêmes moyens.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain né le 16 novembre 1987, est entré sur le territoire français le 21 avril 2015 muni d'un visa de type C valable du 14 avril 2015 au 7 mai 2015. Le 9 janvier 2018, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 19 juin 2018, le préfet du Nord a refusé de lui accorder le titre de séjour demandé, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Ne déférant pas à cet arrêté, il s'est maintenu sur le territoire français et a sollicité le 22 février 2021 auprès des services de la préfecture d'Eure-et-Loir son admission exceptionnelle au séjour. Par deux arrêtés du 20 février 2023, notifiés le 23 février, la préfète d'Eure-et-Loir, d'une part, lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, et d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département d'Eure-et-Loir pour une durée de quarante-cinq jours avec obligation de se présenter tous les lundis, mardis, mercredis et jeudis à 9 heures au commissariat de police de Chartres. M. A sollicite du tribunal administratif l'annulation de ces arrêtés.

Sur l'étendue du litige :

2. Ainsi, qu'il a été dit au point 1, M. A a fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence sur le fondement de l'article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En application des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 776-17 du code de justice administrative, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination, refusant un délai de départ volontaire et portant assignation à résidence. La formation collégiale du tribunal reste saisie des conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et des conclusions accessoires à celles-ci ainsi que de celles relatives au frais de l'instance.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

En ce qui concerne les moyens tirés, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques et professionnelles () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

4. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, traitant ainsi de ce point au sens de l'article 9 de cet accord, il fait obstacle à l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lors de l'examen d'une demande d'admission au séjour présentée par un ressortissant marocain au titre d'une telle activité. Cet examen ne peut être conduit qu'au regard des dispositions de l'accord, sans préjudice de la mise en œuvre par le préfet du pouvoir discrétionnaire dont il dispose pour apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité de délivrer à titre de régularisation un titre de séjour à un étranger ne remplissant pas les conditions auxquelles cette délivrance est normalement subordonnée, pouvoir dont les stipulations de l'accord ne lui interdisent pas de faire usage à l'égard d'un ressortissant marocain.

5. Il ressort des termes de la décision portant refus de séjour que la préfète d'Eure-et-Loir a estimé que " () Monsieur A B ne présente aucun motif exceptionnel ou circonstance humanitaire permettant une admission exceptionnelle au séjour au titre du pouvoir discrétionnaire autonome du préfet ; qu'il ne peut bénéficier d'une admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () ".

6. Si les ressortissants marocains peuvent invoquer le bénéfice des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au titre de la vie privée et familiale, une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié, telle que celle présentée par M. A, relève, pour ces ressortissants, du pouvoir d'appréciation discrétionnaire autonome de l'autorité administrative, cette dernière ne pouvait alors légalement pas renvoyer, ainsi qu'elle l'a fait, aux dispositions de l'article L. 435-1 pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par l'intéressé. Par ailleurs, si l'avis du service de la main d'œuvre étrangère est un avis purement consultatif dont peut tenir compte l'autorité administrative dans le cadre de l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, la préfète ne pouvait pas opposer par principe au requérant seulement à la fois cet avis et l'irrégularité de son séjour sans également apprécier l'ancienneté de son séjour, son ancienneté sur son emploi et son intégration professionnelle, dès lors qu'elle examinait la demande de titre de séjour de l'intéressé au titre de son pouvoir discrétionnaire autonome. Enfin, en faisant valoir en défense la circonstance que l'intéressé n'apporte la preuve ni de diplômes ni de qualifications particulières, la préfète reconnaît s'être fondée sur la circonstance que l'emploi au titre duquel M. A sollicite son admission au séjour n'entre pas dans le cadre de la liste des métiers en tension définie par l'arrêté du 1er avril 2021 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l'emploi, des autorisations de travail aux étrangers non ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse, liste qui n'est pas opposable aux demandes présentées au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Il suit de là que M. A est fondé à soutenir, par la voie de l'exception, que la préfète d'Eure-et-Loir, en lui refusant le titre de séjour sollicité en qualité de salarié, a commis plusieurs erreurs de droit et, en conséquence, à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est illégale.

7. Dans ces conditions, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 février 2023 en tant qu'il lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision d'assignation à résidence :

8. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que M. A est fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du 20 février 2023 l'assignant à résidence par voie de conséquence de l'illégalité de l'arrêté du même jour lui faisant obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Aux termes de L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

10. Ainsi qu'il a été dit au point 2, il n'appartient pas au magistrat désigné de se prononcer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ainsi que sur celles accessoires à fin d'injonction. Toutefois, en application des dispositions précitées de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsqu'une obligation de quitter le territoire français est annulée, l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur sa situation et il est mis fin aux mesures de surveillance prévues notamment par l'article L. 731-1 du même code. Ainsi, le présent jugement implique que la préfète d'Eure-et-Loir délivre une autorisation provisoire de séjour à M. A jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur sa situation. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de prendre ces mesures d'exécution dans un délai de quinze jours s'agissant de la remise de l'autorisation provisoire de séjour et d'un mois en ce qui concerne le réexamen de la situation de l'intéressé, à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A à l'encontre de la décision lui refusant un titre de séjour et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.

Article 2 : L'arrêté du 20 février 2023 de la préfète d'Eure-et-Loir est annulé en tant qu'il fait obligation à M. A de quitter le territoire français sans délai et qu'il fixe le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Article 3 : L'arrêté du 20 février 2023 de la préfète d'Eure-et-Loir assignant à résidence M. A est annulé.

Article 4 : Il est enjoint à la préfète d'Eure-et-Loir de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et de procéder au réexamen de la situation de l'intéressé dans le délai d'un mois à compter de la même date.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète d'Eure-et-Loir.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2023.

Le magistrat désigné,

Stéphane C

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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