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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300773

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300773

vendredi 14 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300773
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 février 2023, Mme A B, représentée par Me Bénédicte Greffard-Poisson, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 14 février 2023 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le Sénégal comme pays de destination de sa reconduite ;

2) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué n'est pas motivé ;

- l'arrêté n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire préalable ;

- la préfète n'a pas procédé à une étude personnalisée de sa situation ;

- l'arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mars 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Johan Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.

Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par décision du 14 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante sénégalaise née le 23 juillet 1978, a déclaré être entrée en France le 25 décembre 2019 munie de son passeport revêtu d'un visa de court séjour valable jusqu'au 2 janvier 2020. Le 17 juin 2020, elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée le 25 janvier 2022 par l'office français de protection des réfugiés et apatrides. Elle n'a pas contesté cette décision. Le 14 février 2023, elle a été interpellée par les services de la police aux frontières d'Orléans pour infraction à la législation sur les étrangers. Par l'arrêté attaqué du 14 février 2023, la préfète du Loiret l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination du Sénégal.

2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".

3. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée du 14 février 2023 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention internationale relative aux droits de l'enfant, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation de la requérante, notamment relatifs à sa situation familiale, à raison desquels la préfète l'a obligée à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, l'arrêté mentionne la nationalité de la requérante et précise qu'elle n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine et que la décision ne contrevient pas aux dispositions des articles 3 et 8 de la convention précitée. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi est également suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, la requérante soutient que la préfète n'a pas fait précéder sa décision d'une procédure préalable contradictoire en violation des articles L. 122-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Toutefois, il résulte de l'ensemble des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment des articles L. 614-1 et suivants, qui ouvrent un recours suspensif devant le juge administratif, organisent les garanties dont bénéficie l'étranger pour pouvoir exercer utilement ledit recours et fixe les délais dans lesquels ces recours doivent être présentés et jugés, que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des obligations de quitter le territoire et les décisions fixant le pays de renvoi et, par suite, exclure l'application des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration. Dans ces conditions, le moyen de la requérant tiré de ce que la préfète du Loiret a méconnu les dispositions précitées ne peut être accueilli. Au demeurant, la requérante a pu faire valoir ses observations lors de son audition par les services de la police aux frontières le 14 février 2023.

5. En troisième lieu, la requérante soutient qu'il ressort de la pauvreté de la motivation de l'arrêté attaqué que la préfète n'a pas procédé à une étude personnalisée de sa situation. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des motifs de l'arrêté attaqué, que la préfète n'aurait pas procédé à un examen sérieux et approfondi de la situation de l'intéressée.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. La requérante se prévaut de ces stipulations en faisant valoir qu'elle réside de manière habituelle en France depuis le 25 décembre 2019 soit depuis plus de trois ans, qu'elle a quitté son pays d'origine pour protéger son fils du projet de sa scolarisation en école coranique que voulait imposer sa famille paternelle, que son fils a repris ses études en France et a obtenu son baccalauréat professionnel gestion administration en juin 2022, qu'il est maintenant scolarisé au lycée Saint Paul du Bourdon Blanc en BTS Comptabilité Gestion, qu'il est un élève sérieux et volontaire, que depuis son arrivée en France, elle a su tisser des liens amicaux et trouver des emplois pour subvenir à ses besoins, qu'elle dispose d'un logement dont elle paie régulièrement le loyer et les charges et qu'elle démontre qu'elle ne constitue pas une charge pour la société française. Toutefois, elle est entrée assez récemment en France, le 25 décembre 2019, et s'est maintenue sur le territoire français malgré la décision administrative dont il est fait état au point 1 sans chercher à régulariser sa situation administrative. Elle n'établit pas, ni même n'allègue, avoir des liens familiaux intenses et stables en France et être dépourvue de tels liens dans son pays d'origine. Par ailleurs, elle occupe un emploi sans titre de séjour l'autorisant à travailler. Par suite, compte tenu notamment du caractère assez récent de son séjour en France et des conditions de son séjour, l'obligation de quitter le territoire attaquée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et, dès lors, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel C

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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