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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300786

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300786

mercredi 5 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300786
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantSELARL FREDERIC ALQUIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) Par une requête, enregistrée le 26 février 2023 sous le n° 2300786, M. E, représenté par Me Frédéric Alquier, demande au tribunal :

1) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 10 février 2023 du préfet d'Indre-et-Loire l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant la Géorgie comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui renouveler son attestation de demandeur d'asile ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient qu'il apporte des éléments sérieux de nature à justifier la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2023, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

II) Par une requête, enregistrée le 26 février 2023 sous le n° 2300787, Mme A D, représentée par Me Frédéric Alquier, demande au tribunal :

1) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 10 février 2023 du préfet d'Indre-et-Loire l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant la Géorgie comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui renouveler son attestation de demandeur d'asile ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient qu'elle apporte des éléments sérieux de nature à justifier la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2023, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C et Mme D, ressortissants géorgiens nés les 30 décembre 1990 et 19 février 2000, ont déclaré être entrés en France le 9 avril 2022 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 27 avril 2022, ils ont sollicité leur admission au séjour au titre de l'asile. Leurs demandes ont été rejetées, selon la procédure accélérée, par des décisions du 30 novembre 2022, notifiées le 6 décembre 2022. Par les arrêtés attaqués du 10 février 2023, le préfet d'Indre-et-Loire les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de leur pays d'origine et leur a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

2. Les deux requêtes susvisées ont pour objet le droit au séjour d'un couple d'étrangers. Elles présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ".

4. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire des requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les requêtes :

5. Aux termes de l'article L. 542-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b, c ou d du 1° de l'article L. 542-2, l'étranger peut demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement. / Cette demande est présentée dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 752-5 à L. 752-12 lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2. () ". Aux termes de l'article L. 752-5 du même code : " L'étranger () peut () demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision () soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 752-6 du même code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ". Selon l'article L. 752-11 du même code : " () le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 () fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

6. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office. A l'appui de ses conclusions à fins de suspension, le requérant peut se prévaloir d'éléments apparus et de faits intervenus postérieurement à la décision de rejet ou d'irrecevabilité de sa demande de protection ou à l'obligation de quitter le territoire français, ou connus de lui postérieurement.

7. Les requérants soutiennent que leurs problèmes sont survenus peu après que monsieur, inspecteur de la sécurité extérieure, a commencé à travailler au sein du centre pénitencier dans lequel l'ex-président Sasskashvili a été incarcéré à compter du 8 novembre 2021, que lors de cette incarcération, il a refusé de dépasser le strict cadre de ses missions habituelles en constatant la violence commise à l'encontre de l'ex-président, que depuis ce jour-là, il a été placé sur un autre poste par son chef et n'a cessé de recevoir des menaces de la part de celui-ci, qu'à chaque fois qu'ils se déplaçaient, ils étaient suivis par une voiture, que le 3 décembre 2021, un véhicule les a percutés volontairement alors qu'ils étaient en voiture et leur voiture s'est alors encastrée dans un fossé et la requérante a été blessée, que le 5 décembre 2021, le requérant a été agressé en rentrant chez lui par deux individus dont il ne connaissait pas l'identité, que le 15 janvier 2022, deux personnes se sont présentées à leur domicile et ont informé la requérante, qui était seule, qu'elle devait et son mari quitter impérativement leur pays et que le requérant ne devait parler à personne des conditions de transfert de l'ex-président auquel il avait assisté et qu'en mars 2022, le requérant a décidé de démissionner. Toutefois, ils n'apportent à l'appui de leurs allégations aucun élément précis de nature à créer un doute sérieux sur le bien-fondé des décisions de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 novembre 2022. Dès lors, il n'y a pas lieu de suspendre l'exécution des obligations de quitter le territoire français prises le 10 février 2023 à l'encontre des requérants dans l'attente que la Cour nationale du droit d'asile se prononce sur le bien-fondé de leurs demandes de protection.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. C et de Mme D doivent être rejetées y compris, par voie de conséquence, leurs conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. C et Mme D sont admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les requêtes présentées par M. C et Mme D sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F C et Mme A D et au préfet d'Indre-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel B

La greffière,

Florence PINGUET-COMMEREUC

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2300786

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