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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300898

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300898

vendredi 14 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300898
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 mars 2023, M. F E, représenté par Me Emmanuelle Larmanjat, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 22 février 2023 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant la Centrafrique comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2) d'enjoindre à la préfète du Loiret de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois et, dans l'attente d'une nouvelle décision préfectorale, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente, n'est pas motivé, n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux de sa situation, est entachée d'une erreur de fait, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Johan Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 14 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Larmanjat, avocate de M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant centrafricain né le 12 octobre 1996, a été interpellé le 22 février 2023 par les services de la sécurité publique d'Orléans et placé en garde à vue pour des faits de vol en réunion, violence et rébellion. Il est entré en France le 30 juin 2018 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de type C valable du 30 juin 2018 au 9 août 2018. Le 28 août 2018, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 22 août 2019 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 20 décembre 2019 par la cour nationale du droit d'asile. Le 22 juin 2020, il a fait l'objet d'un arrêté l'obligeant à quitter le territoire, mesure à laquelle il n'a pas déféré. Le 3 novembre 2020, il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Sa demande a été rejetée par une décision d'irrecevabilité du 1er décembre 2020 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides. Le 23 avril 2021, il a fait l'objet d'une autre obligation de quitter le territoire, mesure à laquelle il n'a pas déféré. Le 30 janvier 2023, il a sollicité une nouvelle fois le réexamen de sa demande d'asile. Sa demande a été rejetée par une décision d'irrecevabilité du 6 février 2023 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides. Par l'arrêté attaqué du 22 février 2023, la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de son pays d'origine et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D A. Selon l'article 1er de l'arrêté n° 45-2021-07-27-00002 du 27 juillet 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 45-2021-197 et mis en ligne sur le site de la préfecture, la préfète du Loiret, a donné délégation de signature à M. Benoit Lemaire, secrétaire général, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret () " à l'exception des arrêtés portant élévation de conflit et les réquisitions de comptable public. Aux termes de l'article 2 de l'arrêté, la délégation de signature conférée à M. B est exercée, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, par M. Christophe Carol, secrétaire général adjoint de la préfecture. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'obligation de quitter le territoire attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".

4. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée du 22 février 2023 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation du requérant, notamment relatifs à sa situation familiale, à raison desquels la préfète l'a obligé à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, le requérant soutient que la préfète du Loiret a commis une erreur de fait en mentionnant dans l'arrêté attaqué qu'il ne pouvait justifier d'une entrée régulière en 2018 alors qu'il est entré en France le 30 juin 2018 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de type C valable du 30 juin 2018 au 9 août 2018. Toutefois, l'obligation de quitter le territoire a été prise sur le fondement des dispositions des 1° et 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif notamment que ses demandes d'asile et de réexamen avaient été rejetées. Par suite, l'erreur de fait alléguée a été, en l'espèce, sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que la préfète du Loiret aurait pris la même décision sur le seul fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des motifs de l'arrêté attaqué, que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen attentif et personnalisé de la situation du requérant.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Le requérant se prévaut de ces stipulations en faisant valoir qu'il est entré en France le 30 juin 2018 muni d'un visa, soit depuis plus de quatre ans, qu'il justifie ainsi d'une présence stable et continue depuis son arrivée sur le territoire, qu'il est certes célibataire et sans enfant mais il est étudiant depuis trois ans à l'université d'Orléans en double licence de Lettres et Informatique, que sa sœur réside sur le territoire français sous le statut de réfugiée ainsi que sa tante maternelle qui est mariée avec un ressortissant français et vit sur Paris, que sa sœur et sa tante subviennent à ses besoins, qu'il est licencié de la fédération française de karaté et participe activement à l'association USO KARATE d'Orléans en ayant créé et en entretenant son système informatique et qu'il n'a plus de famille en Centrafrique dans la mesure où ses parents ont fui au Cameroun. Toutefois, s'il est entré régulièrement en France, il s'est maintenu sur le territoire français après l'expiration de son visa malgré les décisions administrative et juridictionnelle dont il est fait état au point 1 sans chercher à régulariser sa situation administrative. Par ailleurs, il est célibataire et sans enfant. Il ne justifie pas du statut de sa sœur et de sa tante et entretenir avec elles des relations anciennes, stables et continues et, notamment, qu'elles subviennent à ses besoins. Enfin, il ne démontre pas qu'il est dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine et que ses parents résideraient au Cameroun. Ainsi, compte tenu des conditions de son séjour en France et de la durée assez courte de ce séjour et même s'il poursuit des études à l'Université d'Orléans, est affilié à la fédération française de karaté et à l'USO KARATE, l'obligation de quitter le territoire attaquée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et, dès lors, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

9. Enfin, l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen du requérant tiré de ce que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ne peut être accueilli.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F E et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel C

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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