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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300901

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300901

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300901
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 8 mars 2023 et le 9 février 2024, M. A B, représenté par Me Madrid, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2022 par lequel la préfète du Loiret lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2022 par lequel la préfète du Loiret lui a fait obligation de quitter le territoire français, dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Loiret, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Loiret, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer durant cette examen une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocate de la somme de 1500 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'État allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de délivrance de certificat de résidence algérien :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure ;

- elle est affectée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus résidence ;

- elle est affectée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision relative au délai de départ volontaire :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un vice de procédure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2024, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 15 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 7 mars 2024.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Guével,

- et les observations de Me Madrid, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande l'annulation de l'arrêté du 28 décembre 2022 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant le pays de destination. M. B est entré en France pour la première fois le 7 août 2021, en étant muni d'un visa de court séjour expirant le 20 novembre 2021. Il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 30 novembre 2021 au titre de la vie privée et familiale, qui a donné lieu à une décision de rejet en juillet 2022. M. B a ensuite sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien en qualité d'étranger malade. La préfète du Loiret a pris à son encontre un arrêté daté du 28 décembre 2022 portant refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, dont M. B demande l'annulation par la requête susvisée.

En ce qui concerne la décision portant refus de certificat de résidence algérien :

2. Aux termes du 7) de l'article 6 de l'Accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. Le certificat de résidence délivré au titre du présent article donne droit à l'exercice d'une activité professionnelle ".

3. M. B soutient que son état de santé est particulièrement grave, qu'il l'oblige à effectuer des examens périodiques et à suivre un traitement médicamenteux régulier comportant des anticoagulants et des hypothyroïdiens et qu'il souffre d'une apnée du sommeil et d'une hernie inguinale. Cette situation médicale, grave, est suffisamment documentée et n'est remise en question par aucune des parties. L'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration atteste que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Les soins adaptés à la situation médicale de M. B consistent en un traitement médicamenteux composé d'anticoagulants (PREVISCAN) et hypothyroïdiens (LEVOTHYROX) ainsi qu'en une ventilation non-invasive type PPC. Si le LEVOTHYROX et cette ventilation sont accessibles en Algérie, en revanche, le PREVISCAN ne l'est manifestement pas. Si la préfète du Loiret soutient, en défense, qu'un équivalent, le SINTROM, peut être vendu en Algérie, M. B affirme sérieusement que le SINTROM et le PREVISCAN ne sont pas des médicaments équivalents dès lors que leur principe actif respectif, constitué de molécules, est différent. Dès lors, M. B doit être regardé comme présentant un état de santé qui nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle pourrait bénéficier d'un traitement approprié anticoagulant dans son pays d'origine, l'Algérie. Par suite, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté en litige a été pris en méconnaissance des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié.

4. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision du 28 décembre 2022 par laquelle la préfète du Loiret a rejeté la demande de certificat de résidence algérien présentée par M. B doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les autres décisions distinctes du même jour.

Sur les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte :

5. Compte tenu du motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Loiret de délivrer à M. B un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

6. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate Me Madrid peut se prévaloir des dispositions de l'article de 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Madrid la somme de 1 300 euros, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 28 décembre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de délivrer à M. B un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il est mis à la charge de l'État le versement à Me Madrid, avocate du requérant, de la somme de 1 300 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Susana Madrid et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président-rapporteur,

M. Lombard, premier conseiller,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

B. GUÉVEL

L'assesseur le plus ancien,

A. LOMBARD

Le greffier,

B. VESIN

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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