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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300922

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300922

vendredi 14 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300922
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantGOUDEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 9 mars et 4 avril 2023, M. A B, représenté par Me Estelle Godeau, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2023 du préfet du Cher l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, fixant le Maroc comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- l'obligation de quitter le territoire méconnaît les dispositions du 5° de l'article

L. 611-3, de l'article L. 612-2 et du 2° de l'article L. 611-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'interdiction de retour n'est pas motivée et porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 mars 2023 et le 4 avril 2023, le préfet du Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens du requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 14 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Goudeau, avocate de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 25 juillet 1990, a déclaré être entré en France en 2002 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Il a fait l'objet d'un arrêté de reconduite à la frontière le 27 octobre 2010, d'un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français le 5 janvier 2012 et d'un arrêté portant obligation de quitter sans délai le territoire français le 18 février 2020. Il a été interpellé le 9 août 2021 et a fait l'objet d'un arrêté du jour même l'obligeant à quitter le territoire français et lui interdisant le retour sur le territoire français d'une durée d'un an, mesure qui n'a pu être exécutée en raison de sa détention provisoire à la maison d'arrêt de Bourges depuis le 22 octobre 2021 ordonnée par le tribunal judiciaire de Montargis pour usage illicite, transport non autorisé, détention non autorisée, offre ou cession non autorisée et acquisition non autorisée de stupéfiants ainsi que participation à association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délai puni de dix ans d'emprisonnement. Par l'arrêté attaqué du 18 janvier 2023, le préfet du Cher l'a obligé à quitter sans délai le territoire français à destination de son pays d'origine et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

2. Aux termes du II de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " () Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément () ". Aux termes de l'article R. 776-5 du même code : " () II. Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-4 et les délais de quinze jours mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-3 ne sont susceptibles d'aucune prorogation. () ".

3. Aux termes de l'article R. 776-19 du code de justice administrative : " Si, au moment de la notification d'une décision mentionnée à l'article R. 776-1, l'étranger est retenu par l'autorité administrative, sa requête peut valablement être déposée, dans le délai de recours contentieux, auprès de ladite autorité administrative ". Il résulte des dispositions combinées des articles R. 776-29 et R. 776-31 du même code, issues du décret du 28 octobre 2016 pris pour l'application du titre II de la loi du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers en France, que les étrangers ayant reçu notification d'une décision mentionnée à l'article R. 776-1 de ce code alors qu'ils sont en détention ont la faculté de déposer leur requête, dans le délai de recours contentieux, auprès du chef de l'établissement pénitentiaire.

4. Pour rendre opposable le délai de recours contentieux, l'administration est tenue, en application de l'article R. 421-5 du code de justice administrative, de faire figurer dans la notification de ses décisions la mention des délais et voies de recours contentieux ainsi que les délais des recours administratifs préalables obligatoires. Elle n'est en principe pas tenue d'ajouter d'autres indications, notamment les délais de distance, la possibilité de former des recours gracieux et hiérarchiques facultatifs ou la possibilité de former une demande d'aide juridictionnelle. Si des indications supplémentaires sont toutefois ajoutées, ces dernières ne doivent pas faire naître d'ambiguïtés de nature à induire en erreur les destinataires des décisions dans des conditions telles qu'ils pourraient se trouver privés du droit à un recours effectif.

5. En cas de rétention ou de détention, lorsque l'étranger entend contester une décision prise sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour laquelle celui-ci a prévu un délai de recours bref, notamment lorsqu'il entend contester une décision portant obligation de quitter le territoire sans délai, la circonstance que sa requête ait été adressée, dans le délai de recours, à l'administration chargée de la rétention ou au chef d'établissement pénitentiaire, fait obstacle à ce qu'elle soit regardée comme tardive, alors même qu'elle ne parviendrait au greffe du tribunal administratif qu'après l'expiration de ce délai de recours. Depuis l'entrée en vigueur des dispositions mentionnées au point 3, notamment, pour les étrangers détenus, des dispositions du décret du 28 octobre 2016 précité, il incombe à l'administration, pour les décisions présentant les caractéristiques mentionnées ci-dessus, de faire figurer, dans leur notification à un étranger retenu ou détenu, la possibilité de déposer sa requête dans le délai de recours contentieux auprès de l'administration chargée de la rétention ou du chef de l'établissement pénitentiaire.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté litigieux du 18 janvier 2023 du préfet du Cher portant obligation de quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français a été notifié à M. B le 19 janvier 2023 à 17 heures 17, par voie administrative, alors que l'intéressé était incarcéré à la maison d'arrêt de Bourges. L'acte de notification de cet arrêté, remis à l'intéressé avec l'arrêté, comporte, outre l'indication des voies et délais de recours ouverts contre cette décision, notamment que la durée du délai pour saisir le tribunal administratif était de

quarante-huit heures, la mention selon laquelle le requérant avait la possibilité de déposer directement sa requête auprès du chef de l'établissement pénitentiaire. Contrairement à ce que soutient le requérant, les termes de la lettre de notification ne sont pas ambigus et, par suite, de nature à l'induire en erreur dans des conditions telles qu'il se trouvait privé du droit à un recours effectif. Or, il ressort des termes de la requête que celle-ci a été établie le 24 février 2023 par l'intéressé à la maison d'arrêt de Bourges et enregistrée le 9 mars 2023 au greffe de ce tribunal. Ainsi, dès lors que le délai de recours expirait le 21 janvier 2023, la requête de M. B est tardive et, par suite, irrecevable.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel C

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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