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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300970

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300970

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300970
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantAUBRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mars 2023 et des mémoires, enregistrés le 23 juin 2023 et le 2 novembre 2023, M. D C, représenté par Me Aubry, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Guinée comme pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer une carte de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

- la compétence du signataire n'est pas établie.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il justifie de la réalité et de la stabilité de ses liens familiaux en France et qu'il produit une promesse d'embauche.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport I Bernard,

- et les observations de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant guinéen né le 25 décembre 1990 à Conakry, a déclaré être entré irrégulièrement en France, le 17 mars 2019. Il déclare avoir rencontré à son arrivée sur le territoire, Mme F A, ressortissante guinéenne née le 27 décembre 1999. M. C et Mme A ont eu ensemble deux enfants, B et E, tous les deux nés à Orléans, respectivement le 9 décembre 2019 et le 30 décembre 2020 et indiquent attendre leur troisième enfant. M. C a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 15 avril 2019, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 7 décembre 2020. Le 20 mai 2021, il a présenté une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à titre subsidiaire, d'une autorisation provisoire de séjour de six mois portant autorisation de travailler. Par l'arrêté attaqué du 9 janvier 2023, le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné la Guinée ou tout autre pays dans lequel il serait admissible, comme pays de destination de la mesure d'éloignement. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Nicolas Hauptmann. Par un arrêté du 25 janvier 2021, publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Loir-et-Cher, M. H G, préfet de Loir-et-Cher, a donné à M. Nicolas Hauptmann, secrétaire général de la préfecture, une délégation de signature à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département () / A ce titre cette délégation comprend donc, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers () ". Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

4. M. C soutient qu'il réside en France depuis mars 2019 et qu'il y a établi sa vie familiale avec une compatriote, Mme A, rencontrée sur le territoire français, avec laquelle il a eu deux enfants, le premier, né le 9 décembre 2019 et le second, né le 30 décembre 2020. Si M. C soutient contribuer à l'entretien de sa famille et rendre visite régulièrement à ses deux fils et à sa compagne, il est constant qu'il ne réside pas avec eux, Mme A et leurs enfants étant logés dans un hébergement hôtelier dans le cadre du dispositif de protection de l'enfance prévu par l'article L. 225-1 du code de l'action sociale et des familles. Par ailleurs, M. C ne fournit, pour attester des liens qu'il prétend entretenir avec eux, que deux attestations de tiers, dont il ne précise pas la nature de leurs relations, indiquant qu'il entretient des liens avec sa compagne et ses enfants, avec lesquels il est souvent, assistant notamment à l'anniversaire de l'aîné, ainsi qu'un certificat d'assurance vie privée-vie scolaire daté du 17 janvier 2023 au nom de son fils aîné, deux factures de pharmacie datées du 11 avril 2021 et du 29 septembre 2021 attestant de l'achat de produits de puériculture pour des montants de 18,56 euros et 10,30 euros et une facture de supermarché datée du 30 juin 2022 pour des produits alimentaires infantiles à raison de 10,22 euros. Concernant son insertion dans la société française, si M. C produit une copie de son brevet de technicien supérieur délivré le 15 août 2016 par l'institut Iforpak de Conakry, ni l'attestation qu'il fournit indiquant qu'il a suivi une formation citoyenne du 16 septembre 2019 au 13 décembre 2019 à raison de quarante heures de formation auprès du Secours catholique, ni la promesse d'embauche comme agent de quai en contrat à durée déterminée dans une société de transport logistique à Mer, datée du 19 novembre 2021 ne suffisent, à elles seules, à le regarder comme justifiant d'une intégration particulière et pérenne en France. Dans ces circonstances, le préfet de Loir-et-Cher n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité en refusant de délivrer à M. C le titre de séjour sollicité. Le moyen doit, par suite, être écarté.

5. En troisième lieu, M. C n'établissant pas l'illégalité de la décision refusant son admission au séjour, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle l'obligeant à quitter le territoire français.

6. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement, et alors même que sa compagne, Mme A, ne dispose pas d'un titre de séjour et qu'aucun élément n'est de nature à démontrer que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Guinée, où réside toujours le fils aîné I Mme A, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 janvier 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de délivrer à M. C un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Guinée comme pays de destination, doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction ainsi que de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 23 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Palis De Koninck, première conseillère,

Mme Bernard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

La rapporteure,

Pauline BERNARD

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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