jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2301022 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | GREFFARD-POISSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 mars 2023 et le 15 décembre 2023, Mme A, représentée par Me Greffard-Poisson, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 novembre 2022 par laquelle la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ", dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- la préfète a commis une erreur de fait et une erreur d'appréciation quant au niveau de ses ressources au regard des dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision de refus de délivrance d'une carte de résident est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2023, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 18 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 16 janvier 2024.
Des pièces complémentaires ont été produites par Mme A le 22 août 2024 et ont été communiquées à la préfète du Loiret sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près du tribunal judiciaire d'Orléans du 20 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 4 mai 2022 fixant la liste des pièces justificatives exigées pour la délivrance des titres de séjour prévus par le livre IV du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu lors de l'audience publique le rapport de Mme Ploteau, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante éthiopienne née le 30 août 1985, déclare être entrée sur le territoire français en 2007. Elle a bénéficié d'autorisations provisoires de séjour à compter du 6 avril 2009, puis de plusieurs titres de séjour à compter du 17 juin 2016. Le 27 janvier 2022, Mme A a sollicité la délivrance d'une carte de résident valable dix ans. Par un arrêté du 22 novembre 2022, la préfète du Loiret a rejeté sa demande et a décidé de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée de deux ans. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté en tant qu'il refuse de lui délivrer une carte de résident.
2. En premier lieu, par un arrêté du 27 juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Loiret du même jour, la préfète du Loiret a donné délégation à M. Benoît Lemaire, secrétaire général de la préfecture du Loiret, signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer " tous arrêtés, décisions, () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les arrêtés portant refus de titre. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. / () / Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. / () Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ". Selon l'arrêté du 4 mai 2022, fixant la liste des pièces justificatives exigées pour la délivrance des titres de séjour, figurant à l'annexe 10 au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les pièces à joindre à une demande de carte de résident présentée au titre de l'article L. 426-17 précité comportent les " justificatifs de vos ressources ou de celles de votre couple si vous êtes mariés (à l'exclusion des prestations sociales ou allocations), qui doivent être suffisantes, stables et régulières sur les cinq dernières années (bulletins de paie, avis d'imposition, attestation de versement de pension, contrat de travail, attestation bancaire, revenus fonciers, etc.) () ".
4. Dans son arrêt rendu le 3 octobre 2019 dans l'affaire C-302/18, sur renvoi préjudiciel d'une juridiction belge, la Cour de justice de l'Union européenne a jugé que " L'article 5, paragraphe 1, sous a), de la directive 2003/109/CE du Conseil, du 25 novembre 2003, relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée, doit être interprété en ce sens que la notion de " ressources " visée à cette disposition ne concerne pas uniquement les " ressources propres " du demandeur du statut de résident de longue durée, mais peut également couvrir les ressources mises à la disposition de ce demandeur par un tiers pour autant que, compte tenu de la situation individuelle du demandeur concerné, elles sont considérées comme étant stables, régulières et suffisantes ". Les dispositions de l'article L. 426-17, citées ci-dessus, qui assurent la transposition de l'article 5, paragraphe 1, sous a), de la directive du 25 novembre 2003, doivent être interprétées dans le sens indiqué par cet arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne.
5. D'une part, en exigeant de Mme A qu'elle justifie disposer de ressources supérieures au SMIC sur une période de cinq ans, la préfète du Loiret n'a pas commis d'erreur d'appréciation dès lors que les dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile exigent notamment que les ressources du demandeur présentent un caractère stable. D'autre part, il résulte de l'arrêt cité au point 4 que les ressources d'un tiers mises à la disposition du demandeur ne doivent être prises en compte que pour autant qu'elles sont par elles-mêmes stables, régulières et suffisantes. En l'espèce, la requérante établit qu'elle disposait de ressources supérieures au SMIC de 2019 à 2022. En revanche, elle ne justifie pas de ressources propres ou mises à sa disposition supérieures au SMIC en 2017 et, si elle produit l'avis d'imposition de son concubin pour l'année 2018, les ressources de ce dernier ne peuvent être prises en compte dès lors qu'elles sont elles-mêmes inférieures au SMIC et ne présentent donc pas le caractère de ressources suffisantes au sens des dispositions susmentionnées. Dans ces conditions, Mme A ne justifiait pas, à la date de sa demande, remplir les conditions pour se voir délivrer une carte de résident sur le fondement des dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la préfète aurait commis une erreur de fait ou une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Mme A soutient que la décision de refus de délivrance d'une carte de résident porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard à son intégration républicaine, professionnelle et familiale en France. Toutefois, la décision contestée n'a pas d'effet sur le droit au séjour de la requérante dès lors que celle-ci a été dotée d'une carte de séjour pluriannuelle d'une durée de deux ans. Si Mme A soutient que seule la délivrance d'une carte de résident lui permettrait d'obtenir un contrat à durée indéterminée et ainsi de stabiliser sa situation professionnelle, en tout état de cause elle ne justifie pas que son employeur aurait formulé une telle promesse. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la préfète aurait commis une erreur manifeste d'appréciation ou qu'elle aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête de Mme A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et de celles relatives à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lacassagne, président,
M. Gasnier, conseiller,
Mme Ploteau, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
Coralie PLOTEAU
Le président,
Denis LACASSAGNE La greffière,
Marie-Josée PRECOPE
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026