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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2301093

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301093

vendredi 23 février 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2301093
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 mars 2023, M. A B, représenté par Me Enam, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler, à titre principal, la décision implicite par laquelle la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer une carte de résident et, à titre subsidiaire, la décision du 30 janvier 2023 par laquelle la préfète du Loiret lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer une carte de résident, ou à tout le moins, de procéder au réexamen de sa demande de carte de résident, et, à titre subsidiaire, dans les mêmes conditions de délai et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, un récépissé l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait comme en droit ;

- en omettant d'examiner sa demande sur le fondement des dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète du Loiret s'est trompée de base légale pour instruire sa demande et a porté une appréciation erronée sur sa situation ;

- il remplit les conditions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer une carte de résident ;

- la décision du 30 janvier 2023 en tant qu'elle lui refuse la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut de base légale.

Par un mémoire enregistré le 15 juillet 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, avocat, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les conclusions tendant à l'annulation d'une prétendue mesure d'éloignement sont irrecevables ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention franco-camerounaise du 24 janvier 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Lardennois a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant camerounais né le 23 mai 1963, est, selon ses déclarations, entré sur le territoire français de manière régulière en avril 2014 et y séjourne de manière continue depuis lors sous couvert de titres de séjour en qualité d'étranger malade régulièrement renouvelés, dont le dernier a expiré le 8 octobre 2021. Le 15 octobre 2021, il a sollicité des services de la préfecture du Loiret, dans le cadre d'un changement de statut, la délivrance d'un nouveau titre de séjour. Par la décision attaquée du 30 janvier 2023, la préfète du Loiret a rejeté sa demande et l'a invité à quitter le territoire français dans un délai d'un mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'invitation à quitter le territoire français :

2. Par sa décision du 30 janvier 2023, la préfète du Loiret a rejeté la demande de titre de séjour de M. B et l'a invité à prendre toutes dispositions utiles pour quitter le territoire français dans le délai d'un mois. Cette invitation, qui est la conséquence nécessaire de la décision de refus de titre de séjour, ne constitue pas une décision susceptible de faire l'objet d'une demande d'annulation devant le juge de l'excès de pouvoir. Par suite, les conclusions de la requête tendant à son annulation sont irrecevables.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. Il ressort des pièces du dossier et plus particulièrement de la fiche de renseignements complétée par M. B lors du dépôt de sa demande de titre de séjour, que celui-ci a, dans la partie consacrée au titre sollicité, d'une part, coché à la fois la case " changement de statut " et celle " autres " de la colonne " vie privée et familiale " et d'autre part, apposé la mention manuscrite " + 5 ans de présence " en face de cette case " autres ". S'il n'est pas fait mention explicitement d'une demande de carte de résident, la durée de présence explicitement mentionnée par l'intéressé correspond à la durée minimale de présence régulière requise pour qu'un étranger sollicite la délivrance d'une carte de résident en application des dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, sa demande de changement de statut devait être regardée comme une demande de carte de résident. La circonstance que les stipulations de l'article 12 de la convention franco-camerounaise réduise à trois ans la durée de présence régulière requise est indifférente. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète, qui lui a refusé l'admission au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 425-9 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ait examiné sa demande sur le fondement de ces stipulations. Par suite, en ne procédant pas à un examen de la demande de titre de séjour du requérant sur le fondement des stipulations de l'article 12 de la convention franco-camerounaise relatives à la délivrance d'un titre de séjour de dix ans, la préfète a commis une erreur de droit.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 30 janvier 2023 de la préfète du Loiret doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. L'exécution du présent jugement implique seulement que la demande de titre de séjour de M. B soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète du Loiret de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans cette attente, d'un récépissé dans les conditions prévues par les articles R. 431-12 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 30 janvier 2023 de la préfète du Loiret est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de procéder au réexamen de la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans cette attente un récépissé dans les conditions prévues par les articles R. 431-12 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Article 3 : La somme de 1 500 euros est mise à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 9 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2024.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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