mercredi 12 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2301109 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | HERVOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 mars 2023, M. A C, représenté par Me Enam, avocat, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 30 janvier 2023 par laquelle la préfète du Loiret a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ; à tout le moins d'enjoindre à la préfète de réexaminer sa situation dans un délai d'une semaine à compter de la notification de la décision à intervenir, sous la même condition d'astreinte ;
3°) de mettre une somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient que :
- la condition d'urgence est remplie en l'espèce, dès lors que le refus de titre de séjour qui lui est opposé va entraîner la perte de son emploi et par suite de ses ressources, alors qu'il doit subvenir aux besoins de sa fille dont la scolarité est coûteuse ;
- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige : a) s'agissant de la décision de refus de titre de séjour : cette décision est insuffisamment motivée ; la préfète a commis une erreur de fait en considérant qu'il présentait une demande de titre de séjour en qualité de salarié ; elle s'est trompée de base légale en omettant de répondre à la demande de carte de résident qu'il avait présentée sur le fondement de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle a en tout état de cause fait une appréciation erronée de sa situation ; elle a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans apporter la preuve d'une évolution significative de son état de santé ; b) s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination : ces décisions sont entachées de défaut de base légale et de défaut de motivation.
Vu
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond n° 2301093, enregistrée le 21 mars 2023, par laquelle M. C demande l'annulation de la décision susvisée de la préfète du Loiret.
Vu :
- la convention entre la République française et la République du Cameroun relative à la circulation et au séjour des personnes signée à Yaoundé le 24 janvier 1994 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. D, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés présentés sur le fondement des dispositions des articles L. 521-1 à L. 521-4 de ce code.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 6 avril 2023 à 14 heures, le juge des référés a présenté son rapport et entendu les observations :
- de Me Enam, avocat de M. C, qui persiste dans les conclusions de la requête, par les mêmes moyens, et qui fait en outre valoir que la préfecture du Loiret était bien compétente pour connaître de la demande de titre de séjour, dès lors que le requérant réside à Montargis ;
- et de Me Hervois, avocat de la préfète du Loiret, qui fait valoir, d'une part, que la condition d'urgence n'est pas remplie en l'espèce, dès lors que M. C a sa résidence en région parisienne et que par suite la préfète du Loiret n'est pas compétente pour connaître de sa demande de titre de séjour, d'autre part, qu'aucun des moyens de la requête n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. A cet égard, Me Hervois fait valoir que : les mentions portées par le requérant sur la fiche de renseignement n'étaient pas assez explicites pour que la préfète puisse se considérer comme saisie d'une demande de carte de résident, alors en particulier qu'aux termes de l'article 12 de la convention franco-camerounaise c'est après trois années, et non cinq, que les ressortissants camerounais peuvent prétendre à la délivrance d'une carte de résident ; faute de justifier d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ainsi que de ressources stables, régulières et suffisante, le requérant ne remplissait pas les conditions prévues par l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour la délivrance d'une carte de résident ; la préfète du Loiret pouvait examiner d'office le droit au séjour du demandeur sur le fondement de l'article L. 421-1 du même code, alors même que la demande n'était pas présentée à ce titre ; eu égard à la situation familiale de M. C et notamment au fait que son épouse et ses enfants vivent au Cameroun, la décision contestée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Les parties ayant été informées, en application des articles R. 522-9 et R. 611-7 du code de justice administrative, que la décision à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions tendant à la suspension de l'exécution d'une décision d'obligation de quitter le territoire français et d'une décision fixant le pays de destination sont dépourvues d'objet, la décision en litige ne comportant pas de telles décisions mais une simple invitation à quitter le territoire français, qui ne constitue pas une décision susceptible de faire l'objet d'une demande de suspension.
A l'issue de l'audience, le juge des référés a différé la clôture de l'instruction au 7 avril 2023 à douze heures.
Des pièces ont été produites, avant la clôture de l'instruction, par M. C. La communication de ces pièces à la préfète du Loiret, après la clôture de l'instruction et en raison d'un dysfonctionnement de l'application Télérecours, a eu pour effet de rouvrir l'instruction.
Par une ordonnance du 7 avril 2023, le clôture de l'instruction a été fixée au 11 avril 2023 à 11 heures.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin de suspension :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la prétendue obligation de quitter le territoire français assortie d'une décision fixant le pays de destination :
2. Par sa décision du 30 janvier 2023, la préfète du Loiret a rejeté la demande de titre de séjour de M. C et l'a invité à prendre toutes dispositions utiles pour quitter la France à destination du pays de son choix dans le délai d'un mois. Cette invitation, qui est la conséquence nécessaire de la décision de refus de titre de séjour, ne constitue pas une obligation de quitter le territoire français assortie d'une décision fixant le pays de destination. Par suite, les conclusions de la requête tendant à la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination qui seraient contenues dans la décision litigieuse sont en tout état de cause dépourvues d'objet et par suite irrecevables. Par ailleurs, l'invitation à quitter le territoire français ne constitue pas une décision susceptible de faire l'objet d'une demande de suspension.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
S'agissant de la condition d'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.
4. D'une part, en application de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence. En l'espèce, M. C a déposé le 15 octobre 2021 une demande de titre de séjour auprès des services de la préfecture du Loiret, en indiquant une adresse de résidence à Montargis. Le requérant produit notamment, à l'appui de sa requête, le contrat de location conclut le 10 janvier 2019 pour le logement situé à cette adresse, un avis d'échéance pour le mois de février 2023, ainsi que divers autres documents administratifs qui mentionnent cette adresse comme étant la sienne. Les services de la préfecture, qui ont envoyé à cette adresse l'ensemble des correspondances destinées à M. C - y compris la décision de refus de titre de séjour en litige - n'ont à aucun moment remis en cause le fait que M. C résidait dans Loiret. Le requérant, il est vrai, exerce son activité professionnelle à Paris et divers documents administratifs lui sont adressés à Paris, chez Mme B - dont la fiche de renseignements remplie à l'appui de la demande de titre de séjour indique qu'elle est la cousine de M. C. En particulier, la préfète du Loiret a produit après l'audience une copie de l'avis d'imposition sur le revenu de 2020 de M. C, qui mentionne cette adresse parisienne comme étant la sienne au 1er janvier 2021. Toutefois, les éléments ainsi produits ne suffisent pas à établir qu'au 30 janvier 2023, date de la décision attaquée, le requérant n'avait pas sa résidence dans le département du Loiret. Par suite, la préfète du Loiret n'est en tout état de cause pas fondée à soutenir que la condition d'urgence ne serait pas remplie faute pour elle d'être compétente pour statuer sur la demande de titre de séjour de M. C.
5. D'autre part, il n'est pas sérieusement contesté que M. C, qui a résidé sur le territoire français sous couvert d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étranger malade, bénéficie d'un contrat à durée indéterminée dont la poursuite est remise en cause par la situation irrégulière dans laquelle il se trouve placé du fait de la décision de refus de titre de séjour qui lui est opposée. Par suite, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie en l'espèce.
S'agissant de l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
6. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la préfète du Loiret a omis de se prononcer sur la demande de carte de résident dont M. C l'avait saisie sur le fondement de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité du refus de titre de séjour litigieux.
7. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander la suspension, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa requête au fond n° 2301093, de la décision du 30 janvier 2023 par laquelle la préfète du Loiret a rejeté sa demande de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. La présente ordonnance implique nécessairement que la préfète du Loiret réexamine la demande de titre de séjour présentée par M. C et qu'elle le munisse, dans l'attente de cette nouvelle décision ou à défaut jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de délivrer au requérant cette autorisation provisoire de séjour dès la notification de la présente ordonnance et de réexaminer la demande de titre de séjour dans le délai d'un mois suivant cette notification. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. C de la somme de 1 000 euros qu'il demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 30 janvier 2023 par laquelle la préfète du Loiret a rejeté la demande de titre de séjour de M. C est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête n° 2301093.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de délivrer à M. C, dès la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, et de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de cette notification.
Article 3 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et à la préfète du Loiret.
Fait à Orléans, le 12 avril 2023.
Le juge des référés,
Frédéric D
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026