mercredi 19 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2301111 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
| Avocat requérant | DESFARGES |
Vu la procédure suivante :
I- Par une requête enregistrée le 22 mars 2023 sous le numéro 2301111, Mme C D, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre n° 04500-2023-1357 émis et rendu exécutoire le 14 mars 2023 par le département du Loiret pour le recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active de 15 372,24 euros et de la décharger de l'obligation de payer cette somme;
2°) de mettre à la charge du département du Loiret la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le titre n'est pas signé et le bordereau de titres n'est pas produit ; le titre n'est pas motivé ;
- elle ne menait pas de vie de couple avec M. A ;
- à titre subsidiaire, elle demande la remise gracieuse de l'indu ou l'octroi de délais de paiement.
Par un mémoire enregistré le 26 mai 2023, le département du Loiret conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
II- Par une requête enregistrée le 15 mai 2023 sous le numéro 2301821, Mme C D, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 mars 2023 par laquelle le président du conseil départemental du Loiret l'a informée du caractère frauduleux de ses déclarations ;
2°) de mettre à la charge du département du Loiret la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle n'a pas l'intention de frauder au sens de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles ; elle ne menait pas de vie de couple avec M.C.
Par un mémoire enregistré le 26 mai 2023, le département du Loiret conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. F pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. F a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes présentées par Mme D sont relatives à la situation d'une même requérante et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre afin de statuer par un même jugement.
2. Mme D a bénéficié du revenu de solidarité active depuis 2015 en tant que personne isolée, en déclarant demeurer chez M.C, ami d'enfance. Le 27 avril 2022, la requérante a déclaré à la caisse d'allocations familiales avoir conclu un pacte civil de solidarité avec M. A depuis le 22 avril 2022 et ne pas avoir vécu maritalement avec ce dernier avant la signature du contrat. Après l'envoi d'un questionnaire à la requérante, la caisse d'allocations familiales a estimé que Mme D menait une vie de couple antérieurement au pacte civil de solidarité. Un indu de revenu de solidarité active d'un montant total de 15 372, 24 euros, afférent aux périodes d'octobre 2019 à décembre 2021 et janvier 2022 à avril 2022 a été notifié à la requérante par une décision du 5 octobre 2022. Le recours préalable présenté par la requérante a été rejeté et un titre de recettes a été émis par le département du Loiret le 14 mars 2023 pour le recouvrement de cet indu. Par une lettre du 17 avril 2023, le département du Loiret a informé Mme D qu'aucune amende administrative ne lui serait infligée, mais que l'intention frauduleuse caractérisant l'omission entachant ses déclarations ferait obstacle à l'octroi d'une remise gracieuse.
En ce qui concerne le titre exécutoire et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :
3. Aux termes, d'une part, de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, applicable au litige: " () 4° Une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable sous pli simple. () / En application de l'article 4 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délai de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation ".
4. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de
celui-ci ".
5. Il résulte des dispositions cités aux points précédents, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 12 mai 2009 de simplification et de clarification du droit et d'allègement des procédures d'où les deux derniers alinéas sont issus, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les nom, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.
6. Il résulte de l'instruction que l'ampliation adressée au requérant, non signée, porte la mention du nom de M. B G, directeur des ressources humaines et de la gestion financière du département du Loiret, tandis que le bordereau de titre n°162.1 du 2 mars 2023 est signé par M. B E, directeur de l'insertion et de l'habitat, ces autorités ayant reçu une délégation de signature du président du conseil départemental du Loiret. Pour les motifs exposés aux points précédents, Mme D est fondée à demander l'annulation du titre de recettes litigieux.
7. L'annulation de ce titre de recettes pour un motif de légalité externe n'emportera décharge de l'obligation de payer le montant de 15 372, 24 euros que si le département du Loiret n'a pas pris une nouvelle décision, dans le respect de la chose jugée et des règles de prescription, dans un délai de quatre mois suivant la notification du présent jugement.
En ce qui concerne la lettre du 17 avril 2023 :
8. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 262-3 du même code : " L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-6 de ce code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, () ". Aux termes du troisième aliéna de l'article L. 262-9 du même code : " () Est considérée comme isolée, une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment en met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil et de solidarité ses ressources et ses charges. ". Selon l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. (). ". Aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple. ". Aux termes de l'article 515-4 du même code : " Les partenaires liés par un pacte civil de solidarité s'engagent à une vie commune, ainsi qu'à une aide matérielle et une assistance réciproques. Si les partenaires n'en disposent autrement, l'aide matérielle est proportionnelle à leurs facultés respectives. ".
9. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que pour le bénéfice du revenu de solidarité active, le foyer s'entend du demandeur ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges. Pour permettre à l'organisme chargé du versement revenu de solidarité active et déterminer ses droits, l'allocataire doit déclarer les informations relatives à sa situation familiale et, s'agissant des membres du foyer, l'ensemble des ressources qu'ils perçoivent.
10. Il résulte de l'instruction que pour établir l'indu en litige, la caisse d'allocations familiales s'est fondée sur la déclaration souscrite par la requérante l'informant de la conclusion du pacte civil de solidarité en avril 2022, mais également sur la circonstance que Mme D déclare résider avec M. A depuis 2015, a déclaré le 24 mai 2022 que la relation avec ce dernier a débuté fin 2021 et que les publications réalisées sur les réseaux sociaux, produites au dossier et dont certaines sont datées de 2015, mettent en évidence une relation de couple entre la requérante et M. A et non une simple colocation. Les attestations établies par des amis de la requérante ne sont pas à elles seules de nature à contredire les constatations réalisées par la caisse d'allocations familiales. Il suit de là qu'à défaut d'élément contraire probant, le département du Loiret est fondé à soutenir qu'une vie de couple stable et continue existe entre Mme D et M. A depuis octobre 2021.
11. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme D, qui réside avec M. A depuis 2015, pouvait légitiment ignorer l'obligation de déclarer l'existence d'une vie commune avec M.C, dont la réalité est établie. Par suite, le département du Loiret était fondé à regarder l'omission de déclaration de la requérante comme une omission délibérée au sens de l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles.
En ce qui concerne les demandes de remise gracieuse :
12. Pour les motifs exposés au point précédent, il ne résulte pas de l'instruction que Mme D pourrait être regardée comme étant de bonne foi au sens de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles et sa situation financière n'apparaît pas précaire au sens de ces dispositions. Par suite, la demande de remise gracieuse ne peut, en tout état de cause, qu'être rejetée. Il n'appartient pas au juge administratif d'octroyer des délais de paiement.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département du Loiret, qui n'est pas la partie principalement perdante dans la présente instance, la somme que demande Mme D.
D E C I D E :
Article 1er : Le titre n°04500-2023-1357 émis et rendu exécutoire le 14 mars 2023 par le département du Loiret est annulé .
Article 2 : Mme D est déchargée de l'obligation de payer la somme de 15 372,24 euros résultant du titre de recettes, sous réserve de la régularisation du point 7.
Article 3 : Les conclusions des requêtes sont rejetées pour le surplus.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au département du Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2023.
Le magistrat désigné,
Jean-Luc F
Le greffier,
Roger MBELANI
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2301111
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026