mardi 27 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2301118 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | TOUBALE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 mars 2023 et un mémoire enregistré le 20 juin 2023, Mme C A représentée par Me Toubale, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 6 mars 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 12 mai 2023 notifié le 19 juin 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher l'a assignée à résidence pour une durée de 45 jours dans le département et a fixé les obligations de pointage ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- en ce qui concerne la décision du 6 mars 2023 dans son ensemble : il n'est pas établi que le signataire de la décision bénéficiait d'une délégation de signature lui donnant compétence ; la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ; sa situation aurait dû être réexaminée au regard des nouveaux éléments transmis lors de la notification de l'arrêté portant assignation à résidence ; elle a présenté une demande d'asile et une demande de titre de séjour " étranger malade " ; la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination : la décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle ne peut être correctement soignée dans son pays qui n'avait pas su dépister la pathologie dont elle souffre et qu'elle a demandé l'asile ;
- en ce qui concerne l'assignation à résidence : la notification de l'assignation est irrégulière dès lors que la décision a été notifiée plus d'un mois après la date de l'arrêté sans que Mme A ne puisse utilement se prévaloir d'éléments nouveaux ; il y a erreur de droit à lui avoir notifié ; la décision revêt un caractère excessif.
Par des mémoires en défense enregistrés les 19 et 21 juin 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B ;
- et les observations de Me Toubale, qui reprend les moyens de sa requête et souligne que Mme A ne savait pas à son arrivée sur le territoire français qu'elle pouvait demander l'asile, que Mme A a rencontré sa compagne via Facebook avant son entrée sur le territoire français et qu'elles comptent se marier. Mme A précise également qu'elle a souhaité quitter le Cambodge car sa mère avait pour projet de la marier à un homme.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, née le 14 mai 1999, de nationalité cambodgienne est entrée en France le 29 mars 2022 munie d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour délivré par les autorités françaises à Phnom-Penh. Mme A a présenté le 18 juillet 2022 une demande de titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle par le travail. Par un premier arrêté attaqué en date du 6 mars 2023, le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination. Par un second arrêté attaqué du 12 mai 2023 notifiée le 19 juin 2023 à 15h30 le préfet de Loir-et-Cher l'a assignée à résidence dans le département du Loir-et-Cher pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé des obligations de pointage.
Sur l'étendue du litige :
2. Ainsi, qu'il a été dit au point 1, Mme A a fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence sur le fondement de l'article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En application des dispositions des articles L. 614-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 776-17 du code de justice administrative, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, et fixant le pays de renvoi. La formation collégiale du tribunal reste saisie des conclusions de la requête de Mme A tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et des conclusions aux fins d'injonction afférentes à cette décision.
Sur les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. Nicolas Hauptmann secrétaire général de la préfecture de Loir-et-Cher qui bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de Loir-et-Cher du 25 janvier 2021, publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () correspondances () relevant des attributions de l'Etat dans le département de Loir-et-Cher ", cette délégation comprenant " notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers ". Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée, qui manque en fait, doit donc être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet de
Loir-et-Cher n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme A.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Mme A fait valoir que depuis son entrée sur le territoire français, elle réside chez sa compagne avec laquelle elle a l'intention de se marier. Toutefois, si la vie commune de la requérante et de sa compagne ressort des pièces du dossier, elle reste très récente à la date de la décision attaquée. Alors que Mme A ne se prévaut d'aucun autre lien personnel ou familial en France, et qu'il n'est ni établi, ni allégué qu'elle ne disposerait plus d'attaches familiales au Cambodge, pays où elle a vécu jusqu'à mars 2022, la décision attaquée ne porte pas au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiales normale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. La décision n'est pas plus entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme A.
7. En quatrième lieu, Mme A ne peut utilement se prévaloir à l'appui de la contestation de la légalité de la décision attaquée de la circonstance qu'elle a, postérieurement à la notification de cette décision, d'une part, déposé une demande d'asile en cours d'examen en procédure prioritaire, d'autre part, sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
8. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 3,4,6,7, du présent jugement, les moyens tirés de l'incompétence du signataire, du défaut d'examen particulier, de l'erreur manifeste d'appréciation sur sa vie personnelle, de méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
9. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprenant les dispositions de l'ancien article L. 513-2 du même code : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. D'une part, la requérante peut être regardée comme se prévalant de craintes de mauvais traitements en cas de retour dans son pays d'origine à raison de son orientation sexuelle. Toutefois aucune pièce du dossier ne permet d'établir qu'elle serait personnellement l'objet de persécutions ou de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine.
11. D'autre part, si Mme A fait valoir que sa rétinopathie pigmentaire ne pourra être prise en charge au Cambodge et que cela l'expose à un traitement inhumain ou dégradant, il ressort des pièces du dossier et notamment d'un certificat médical qu'il n'y aucun traitement existant pour soigner la pathologie dont elle souffre. Le moyen doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant assignation à résidence :
13. En premier lieu, les conditions de notification de la décision portant assignation à résidence n'ont aucune incidence sur la légalité de cette décision.
14. En second lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants :1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
15. Aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / () ". Selon l'article R. 733-1 : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".
16. L'assignation à résidence, qui est une mesure alternative au placement en rétention dans des locaux administratifs ne relevant pas de l'administration pénitentiaire, a pour but de permettre à l'administration de s'assurer de la personne obligée de quitter le territoire français, de vérifier qu'elle prend des dispositions en vue de son départ, de prévenir le risque de soustraction à l'exécution de cette obligation, comme de permettre, le cas échéant, l'exécution forcée de cette mesure d'éloignement. Mesure par nature restrictive de la liberté d'aller et de venir, cette restriction formant son objet même, les modalités contraignantes dont elle est assortie doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées aux objectifs ainsi poursuivis.
17. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision assignant à résidence Mme A et l'obligeant à pointer trois jours par semaine au commissariat de Blois serait excessive et disproportionnée.
18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision portant assignation à résidence doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de Mme A dirigées contre la décision de refus de titre de séjour contenue dans l'arrêté du 6 mars 2023, ainsi que les conclusions accessoires à fin d'injonction qui s'y rattachent et les conclusions relatives aux frais de justice, sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.
Article 2 : Les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et la décision fixant le pays de destination contenues dans l'arrêté du 6 mars 2023 ainsi que les conclusions aux fins d'injonction qui s'y rattachent sont rejetées.
Article 3 : Les conclusions dirigées contre la décision portant assignation à résidence sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de Loir-et-Cher.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.
Le magistrat désigné,
Armelle B
Le greffier,
Roger MBELANI
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026