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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2301150

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301150

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2301150
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP HOUSSARD & TERRAZZONI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mars 2023, M. B A, représenté par Me Houssard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 janvier 2023 par laquelle la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a annulé la décision du 1er juillet 2022 de l'inspectrice du travail de la direction départementale de l'emploi, du travail et des solidarités du Loiret refusant d'autoriser son licenciement et autorisé le licenciement sollicité ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, l'ensemble des éléments nécessaires pour apprécier l'existence et la gravité des fautes qui lui sont reprochées n'ayant pas été pris en considération par le ministre ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2023, la société Aalberts Integrated Piping Systems, représentée par Me Gambert, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2024, la ministre du travail, de la santé et des solidarités conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 septembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 24 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Garros, conseiller,

- les conclusions de M. Joos, rapporteur public,

- et les observations de Me Gambert représentant la société Aalberts Integrated Piping Systems.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A exerçait, en dernier lieu, les fonctions d'outilleur au sein de la société Aalberts Intergrated Piping Systems (AIPS). Il bénéficiait du statut de salarié protégé en raison de son mandat de membre suppléant au sein du comité social et économique de cette entreprise. La société AIPS l'a convoqué à un entretien préalable au licenciement le 6 avril 2022. Le conseil économique et social de l'entreprise consulté le 4 mai 2022 a rendu un avis défavorable à son licenciement. La société AIPS a sollicité l'autorisation de procéder à son licenciement pour motif disciplinaire auprès de l'inspection du travail le 4 mai 2022. Cette demande a été rejetée par une décision du 1er juillet 2022 de l'inspectrice du travail de la section quinze de la deuxième unité de contrôle du Loiret. La société AIPS a alors formé un recours hiérarchique auprès de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, qui, par une décision explicite du 24 janvier 2023, a procédé au retrait de sa décision implicite de rejet de ce recours, annulé la décision de l'inspectrice du travail et autorisé son licenciement. M. A demande l'annulation de cette décision du 24 janvier 2023.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () : 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 2421-12 du code du travail : " La décision de l'inspecteur du travail est motivée ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ".

3. La décision attaquée vise les dispositions du code du travail applicables aux licenciements des salariés élus à la délégation du personnel du comité social et économique. Elle mentionne également les incidents du vendredi 18 et lundi 21 mars 2022 durant lesquels M. A a respectivement causé un départ de feu dans le toit des bureaux de maintenance de son lieu de travail puis meulé un objet dans une zone non sécurisée et interdite au meulage. Ainsi, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Enfin, la circonstance que la décision attaquée mentionne qu'en plus de ces deux incidents, M. A avait également fait l'objet d'un avertissement le 20 octobre 2021, sans indiquer la nature des faits ayant conduit à son prononcé, n'est pas de nature à entacher celle-ci d'un défaut de motivation. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, en vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le 18 mars 2022, M. A procédait à une opération de meulage au sein d'une zone sécurisée d'une usine de la société AIPS située dans la commune de Saint-Denis-de-l'Hôtel et que les étincelles projetées en hauteur à plus de trois mètres lors de ce travail de découpe ont provoqué un début d'incendie sur le toit du bâtiment. Le requérant soutient qu'à aucun moment ne lui a été demandé de stopper son opération de meulage ou de travailler de sorte à ce que les étincelles ne soient pas dirigées vers le plafond, mais vers le sol ou les murs du bâtiment. Toutefois il ressort des pièces du dossier, et notamment du compte rendu d'entretien préalable au licenciement de M. A et des attestations de cinq employés de l'usine, que trois de ses collègues, dont son supérieur hiérarchique, sont successivement venus l'avertir avant le début d'incendie pour qu'il cesse la projection des gerbes d'étincelles vers le plafond et qu'il redirige celles-ci vers le sol, sans que celui-ci ne modifie en rien son travail. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort également des pièces du dossier qu'il n'est pas impossible d'orienter la projection des gerbes étincelles lors d'un meulage et qu'une bonne pratique consiste à orienter ces dernières vers le bas et non le haut. En outre, M. A, titulaire d'un certificat d'aptitude outillages à découper et à emboutir, a reçu une formation sur les risques liés notamment au meulage et il avait ainsi nécessairement connaissance des recommandations d'utilisation d'une meuleuse à disque. Ainsi, en refusant malgré de multiples avertissements de ses collègues de modifier la projection des étincelles résultant de son opération de meulage, M. A a commis une faute.

6. D'autre part, il est constant qu'à peine trois jours après cet incident, M. A procédait à une nouvelle opération de meulage dans une zone non sécurisée et sans autorisation. Le requérant avait pourtant signé une fiche d'instruction le 11 octobre 2019 spécifiant bien l'interdiction d'opérations de soudure, découpe ou meulage en dehors des zones autorisées sans une autorisation appelée permis de feu. Par ailleurs, le document de rappel des " consignes HSE " élaborés en septembre 2021 par le conseil social et économique de la société AIPS, dont le requérant était membre, spécifiait bien que la seule zone sécurisée de l'usine permettant la réalisation d'opérations de meulage sans permis de feu était la zone d'outillage. Ces faits sont également constitutifs d'une faute.

7. Enfin, si M. A soutient que le ministre s'est fondé sur le fait qu'il ait reçu un avertissement le 20 octobre 2021 pour justifier son licenciement, il ressort de la décision attaquée que la ministre s'est fondée sur les incidents en date des 18 et 21 mars 2022 pour motiver et justifier le licenciement du requérant et n'a mentionné l'avertissement en question, qu'au demeurant le salarié n'avait pas contesté, que de manière superfétatoire.

8. Les fautes reprochées à M. A en date des 18 et 21 mars 2022, rappelées aux points précédents, sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement et le ministre, qui a pris en considération l'ensemble des éléments nécessaires pour apprécier leur existence et leur gravité, n'a pas entaché la décision en litige d'une erreur d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A une somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du requérant une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société AIPS et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera une somme de 1 500 euros à la société Aalberts Integrated Piping Systems en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la société Aalberts Integrted Piping Systems et à la ministre du travail et de l'emploi.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Anne Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Laura Keiflin, première conseillère,

M. Nicolas Garros, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

Le rapporteur,

Nicolas GARROS

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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