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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2301181

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301181

lundi 13 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2301181
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantVEAUVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mars 2023, M. et Mme C E, représentés par Me Gentilhomme, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2022 du maire de Rochecorbon portant non-opposition à déclaration préalable pour l'ajout d'une porte sur un immeuble situé 10 rue du docteur B à Rochecorbon ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Rochecorbon et de Mme F A la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Ils soutiennent que :

- ils résident dans la copropriété faisant l'objet du projet ;

- au demeurant, ils revendiquent la propriété de la partie où sera ajoutée l'ouverture projetée ;

- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté bénéficiait d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- le dossier de demande ne comporte pas de représentation de l'aspect extérieur de la construction, ni le plan des façades faisant apparaître l'état initial et futur, ni de document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet par rapport aux constructions avoisinantes et paysages, ni les matériaux utilisés ni les modalités d'exécution des travaux, alors que le projet se situe en site patrimonial remarquable de l'article L. 631-1 du code du patrimoine ;

- l'ouverture projetée déboucherait à plus d'un mètre au-dessus du terrain naturel ;

- les prescriptions émises par la commune portent sur l'avis de l'architecte des bâtiments de France et ainsi sur la nécessité de présenter un nouveau projet, dès lors que le matériau utilisé sera du PVC et non du bois ;

- il s'agit d'une modification substantielle du projet ;

- le site patrimonial remarquable concerne un château de la période éclectique (XIXème - XXème siècle) ;

- l'article 1.1.3 du règlement prévoit que la façade existante doit être maintenue et que les restitutions sont limitées aux traces archéologiques ou d'analogie évidente ;

- le percement d'un mur est prohibé en vertu de l'article L. 632-1 du code du patrimoine ;

- l'utilisation du PVC est incompatible avec l'article 1.1.4 du règlement SPR ;

- le projet autorisé concerne la création d'une porte qui donne sur un vide puisque celle-ci ne se trouvera pas au niveau du sol ;

- la réalisation d'un escalier est donc impérative mais n'a pas fait l'objet de la demande de déclaration préalable et cette demande serait en tout état de cause rejetée au regard des dispositions du secteur patrimonial remarquable.

Par des mémoires enregistrés le 23 avril 2024 et le 21 mai 2024, la commune de Rochecorbon, représentée par Me Veauvy, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les requérants ne présentent aucun élément permettant de préciser, ni de démontrer la prétendue atteinte que le projet litigieux porterait aux conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de leurs biens ;

- elle produit la délégation de signature ;

- des photographies des quatre façades de l'immeuble sont jointes au dossier de déclaration préalable, ainsi que deux documents graphiques faisant apparaître les modifications projetées ;

- avec les photographies des quatre façades de l'immeuble et les documents graphiques d'insertion, le dossier de déclaration préalable comprend un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune, une notice faisant apparaître les matériaux utilisés et les modalités d'exécution des travaux ;

- l'architecte des bâtiments de France a émis un avis sur le projet ;

- lors de l'assemblée générale du 16 juin 2022, les copropriétaires ont donné, à la majorité des voix, leur accord sur les travaux projetés par Mme A ;

- dans son avis émis le 19 septembre 2022, l'architecte des bâtiments de France indique que la porte devra être en bois et la demande porte sur ce matériau, ainsi que l'établit le devis ;

- la porte projetée restituera une ancienne ouverture dont l'existence et les dimensions sont manifestement visibles, ce que confirment les prescriptions de l'avis de l'architecte des bâtiments de France ;

- la création d'une ouverture, la pose d'une porte, et la création d'un escalier, ne constituent pas des constructions au sens du droit de l'urbanisme et il demeure possible de présenter une déclaration préalable modificative ;

- les requérants ne précisent pas les dispositions du secteur patrimonial remarquable faisant obstacle à la réalisation d'un escalier et au demeurant Mme A a été empêchée de réaliser un escalier du fait des requérants qui occupent irrégulièrement la cour dont elle a la jouissance.

Par un mémoire enregistré le 10 juin 2024, Mme F A conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- le projet de porte de cuisine ouvre sur la cour ;

- l'appartement de M. E où il ne vit pas, se situe au troisième étage de l'immeuble, sans lien avec la cour ;

- une étude de faisabilité a été réalisée par le cabinet d'ingénierie structure HR Conseils et le mur n'est pas porteur ;

- la porte est bien en bois.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 ;

- le code du patrimoine ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les conclusions de M. Lombard, rapporteur public,

- et les observations de Me Gentilhomme, représentant les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, propriétaire notamment des lots n° 11 et n° 32 au sein de la copropriété Le Château de la Tour, sise 10 rue du docteur B à Rochecorbon (37210), lequel immeuble est situé dans le périmètre d'un secteur patrimonial remarquable, a présenté le 6 septembre 2022 une déclaration préalable en vue de l'ajout d'une porte dans une ancienne ouverture bouchée. Par un arrêté DP3720322N0066 du 21 septembre 2022, le maire ne s'est pas opposé à cette déclaration préalable. Par la présente requête, M. et Mme E demandent au tribunal, en leur qualité de copropriétaires, l'annulation de cette décision de non-opposition.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. Le présent article n'est pas applicable aux décisions contestées par le pétitionnaire ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient dans tous les cas au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

5. Il ressort en l'espèce des pièces du dossier que la demande présentée par Mme A, propriétaire du lot n° 11, concerne la création d'une porte à l'emplacement exact de l'ouverture d'une ancienne porte, rebouchée depuis lors, qui donnait accès à la cour B1 de la copropriété, dont la jouissance exclusive lui a été attribuée à Mme A, par une décision de l'assemblée générale des copropriétaires du 10 octobre 2016 procédant à la division de l'ancienne cour B en deux cours B1 et B2. D'une part, même si M. et Mme E sont notamment propriétaires du lot n° 14 de la copropriété, où se situe leur appartement, le plan produit démontre qu'ils ont uniquement accès aux cours C et B2 et alors que les cours B1 et B2 sont séparées par un mur de clôture. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la porte serait visible depuis l'appartement des requérants. Par suite, M. et Mme E se bornant à soutenir qu'ils sont directement " impactés " par le projet litigieux au seul motif qu'ils vivent dans la même copropriété ne peuvent être regardés comme justifiant d'un intérêt pour agir. La circonstance qu'ils revendiqueraient la propriété du lot objet de la demande préalable n'est également pas de nature à justifier leur intérêt pour agir. Il y a lieu, dans ces conditions, de faire droit à la fin de non-recevoir opposée par la commune de Rochecorbon et de rejeter la requête.

Sur les frais de l'instance :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Rochecorbon et de Mme A, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme demandée par les requérants. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de M. et Mme E sur le fondement de ces dispositions. La présente instance ne comportant aucun dépens, les conclusions tendant à leur remboursement doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme E est rejetée.

Article 2 : M. et Mme E verseront à la commune de Rochecorbon la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C E, à Mme A et à la commune de Rochecorbon.

Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Samuel Deliancourt, président,

M. Jean-Luc Jaosidy, premier conseiller,

Mme Aurore Bardet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2025.

Le rapporteur,

Jean-Luc D

Le président,

Samuel DELIANCOURT

La greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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