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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2301198

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301198

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2301198
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantWOLOCH

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a été saisi par Mme B d'une requête en excès de pouvoir visant l'annulation de la délibération n° 2023_16 du 8 mars 2023 du conseil municipal du Chautay, approuvant la cession d'une portion de chemin rural à M. C pour 400 €. Le tribunal constate que cette délibération a été annulée et remplacée par une délibération ultérieure n° 2024_48 du 5 juillet 2024, adoptée après enquête publique et avis favorable du commissaire-enquêteur, et approuvant la même cession. En conséquence, la requête de Mme B, dirigée contre un acte qui n'est plus en vigueur, est devenue sans objet. Par ordonnance, le tribunal rejette la requête comme irrecevable en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, sans examiner les moyens de légalité externe soulevés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2023 et deux mémoires complémentaires enregistrés les 20 avril et 29 juillet 2024, Mme E B doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la délibération n° 2023_16 adoptée le 8 mars 2023 par le conseil municipal de la commune du Chautay approuvant le principe de la cession à M. C d'une portion du chemin rural pour un montant de 400 €.

Elle soutient que la délibération est :

- irrégulière dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'une enquête publique ;

- illégale puisque de nombreux habitants sont contre ce projet de cession et que

- ce chemin est toujours utilisé par le public contrairement à ce qu'a écrit le commissaire-enquêteur.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code rural de et de la pêche maritime ;

- le code de la voirie routière ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier ainsi que des données publiques librement accessibles au public sur le site internet de la commune du Chautay (18150) que le conseil municipal de ladite commune a adopté le 8 mars 2023 la délibération n° 2023_16 annulant et remplaçant celle précédemment adoptée n° 2023_09 le 30 janvier 2023 acceptant la cession à la majorité des élus présents d'une portion du chemin rural dit " F " " au profit de M. C, propriétaire des parcelles cadastrées section C n° 145 et C n° 71 et seul riverain dudit chemin, pour un montant total de 400 €. Après enquête publique et avis favorable du commissaire-enquêteur en date du 20 mai 2024, le conseil municipal a refusé par délibération n° 2024_41 du 31 mai 2024 de céder cette partie de chemin rural avant, finalement, par délibération n° 2024_48 adoptée le 5 juillet 2024, d'approuver cette cession au profit de M. C pour un montant de 400 €. Mme B demande au tribunal d'annuler la délibération n° 2023_16 adoptée le 8 mars 2023 approuvant la cession à M. C pour un montant de 400 €.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif et de cour administrative d'appel, les premiers vice-présidents des tribunaux et des cours, le vice-président du tribunal administratif de Paris, les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours et les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans ou ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. () ".

3. Selon l'article L. 161-10 du code rural et de la pêche maritime : " Lorsqu'un chemin rural cesse d'être affecté à l'usage du public, la vente peut être décidée après enquête par le conseil municipal, à moins que les intéressés groupés en association syndicale conformément à l'article L. 161-11 n'aient demandé à se charger de l'entretien dans les deux mois qui suivent l'ouverture de l'enquête./ Lorsque l'aliénation est ordonnée, les propriétaires riverains sont mis en demeure d'acquérir les terrains attenant à leurs propriétés./ Si, dans le délai d'un mois à dater de l'avertissement, les propriétaires riverains n'ont pas déposé leur soumission ou si leurs offres sont insuffisantes, il est procédé à l'aliénation des terrains selon les règles suivies pour la vente des propriétés communales. ".

4. Selon l'article L. 112-8 du code de la voirie routière : " Les propriétaires riverains des voies du domaine public routier ont une priorité pour l'acquisition des parcelles situées au droit de leur propriété et déclassées par suite d'un changement de tracé de ces voies ou de l'ouverture d'une voie nouvelle. Le prix de cession est estimé, à défaut d'accord amiable, comme en matière d'expropriation./ Si, mis en demeure d'acquérir ces parcelles, ils ne se portent pas acquéreurs dans un délai d'un mois, il est procédé à l'aliénation de ces parcelles suivant les règles applicables au domaine concerné./ Lorsque les parcelles déclassées sont acquises par les propriétaires des terrains d'emprise de la voie nouvelle, elles peuvent être cédées par voie d'échange ou de compensation de prix./ Les mêmes dispositions s'appliquent aux délaissés résultant d'une modification de l'alignement. ".

5. Selon l'article R. 161-25 du code rural et de la pêche maritime : " L'enquête prévue aux articles L. 161-10 et L. 161-10-1 a lieu dans les formes fixées par le chapitre IV du titre III du livre Ier du code des relations entre le public et l'administration, sous réserve des dispositions particulières édictées par la présente section./ Un arrêté du maire ou, dans les cas prévus à l'article L. 161-10-1, un arrêté conjoint des maires des communes concernées par l'aliénation désigne un commissaire enquêteur ou une commission d'enquête et précise l'objet de l'enquête, la date à laquelle celle-ci sera ouverte et les heures et le lieu où le public pourra prendre connaissance du dossier et formuler ses observations. L'indemnité due au commissaire enquêteur ou aux membres de la commission d'enquête est fixée par le maire ou, conjointement, par les maires des communes concernées par l'aliénation. ". Selon l'article R. 161-27 du même code : " A l'expiration du délai d'enquête, le registre d'enquête est clos et signé par le commissaire enquêteur ou le président de la commission d'enquête qui, dans le délai d'un mois à compter de la date de clôture de l'enquête, transmet au maire ou aux maires des communes concernées par l'aliénation, le dossier et le registre accompagnés de ses conclusions motivées. En cas d'avis défavorable du commissaire enquêteur ou de la commission d'enquête, la délibération du conseil municipal ou, dans les cas prévus à l'article L. 161-10-1, les délibérations concordantes des conseils municipaux décidant l'aliénation sont motivées. ".

6. Il est constant que le chemin rural dit " F " dont s'agit appartient à la commune du Chautay. Long de 45 mètres sur une dizaine de mètres de large, il est issu de la division d'un chemin rural intercommunal avec la commune de La Guerche-sur-l'Aubois à la suite du bornage opéré le 22 septembre 2021. M. C a sollicité du conseil municipal la possibilité d'acquérir une partie de 917 m² de ce chemin rural.

7. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'a soutenu Mme B dans sa requête introductive d'instance avant de finalement l'admettre dans un mémoire complémentaire, une enquête publique a été réalisée et menée par M. D A au cours du mois d'avril 2024. Aussi le moyen de légalité externe tiré de l'irrégularité de la procédure suivie est-il manifestement infondé.

8. En second lieu, Mme B soutient, sans cependant apporter d'élément au soutien de ce moyen, que le chemin rural ne pouvait être cédé au motif qu'il serait toujours affecté à l'usage du public. Il ressort d'ailleurs du rapport du commissaire-enquêteur, librement accessible sur le site internet de la commune du Chautay, que ce chemin aboutit au ruisseau dénommé " le Rio de Pierre ", dont le lit fait 5 mètres de large pour une profondeur de 1,5 mètres, sans jonction possible avec l'autre côté de la rive et sans pouvoir accéder au chemin du Cormier situé en face en raison de la suppression de la passerelle qui existait auparavant mais n'a pas été remplacée. Mme B n'apporte ainsi aucun fait manifestement susceptible de venir au soutien de ce moyen tiré de l'affectation à l'usage du public qui doit, par suite, être écarté.

9. En troisième et dernier lieu, la circonstance que nombre d'habitants seraient contre cette cession est sans incidence, un tel moyen étant entaché d'inopérance.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1,7° du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E B.

Copie en sera adressée pour information à la commune du Chautay.

Fait à Orléans, le 21 octobre 2024.

Le président de la 5e chambre,

Samuel DELIANCOURT

La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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