jeudi 21 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2301243 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | HERVOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 31 mars 2023 et le 16 janvier 2024, M. C, représenté par Me Larmanjat, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 février 2023 par laquelle la préfète du Loiret a rejeté sa demande de renouvellement de sa carte de résident et lui a délivré une carte de séjour temporaire " salarié " d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de communiquer l'intégralité de son dossier l'ayant conduit à prendre la décision du 2 février 2023 ;
3°) d'enjoindre, à titre principal, à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de résident permanent dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreurs de fait quant à son identité, sa présence habituelle et continue sur le territoire français, l'existence d'une vie privée et familiale stable et ancienne et sa situation professionnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il n'a jamais fait l'objet d'une condamnation par un tribunal, une erreur ayant été commise par la préfète du Loiret s'agissant de son identité, et en ce que ces dispositions ne permettent pas de faire obstacle au renouvellement d'une carte de résident ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 426-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit les conditions fixées par l'article L. 413-7 du même code et que le préfet était en situation de compétence liée pour lui délivrer une carte de résident permanent ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la mesure sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par une ordonnance du 17 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été prononcé au 31 janvier 2024.
La préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, a produit un mémoire en défense, enregistré le 2 mars 2024, non communiqué.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 14 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain modifié du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pajot,
- et les observations de Me Larmanjat, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain, né le 20 juillet 1965, est entré en France le 6 avril 1990. A compter de 1990, il s'est vu délivrer une carte de résident qui a été renouvelée en 2000 et en 2010 et expirait en dernier lieu le 25 novembre 2020. Le 16 mars 2021, il a sollicité le renouvellement de sa carte de résident. Par une décision du 2 février 2023, dont il demande l'annulation, la préfète du Loiret a refusé le renouvellement de sa carte de résident et lui a délivré une carte de séjour temporaire " salarié ".
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " Sous réserve des dispositions des articles L. 411-5 et L. 432-3, une carte de résident est renouvelable de plein droit. " À cet égard, l'article L. 411-5 du même code prévoit que : " La carte de résident d'un étranger qui a quitté le territoire français et a résidé à l'étranger pendant une période de plus de trois ans consécutifs est périmée () Selon les termes de l'article L. 432-3 du même code, dans sa version applicable au litige : " Une carte de résident ne peut être délivrée aux conjoints d'un étranger qui vit en France en état de polygamie. Il en va de même pour tout étranger condamné pour avoir commis sur un mineur de quinze ans l'infraction de violences ayant entrainé une mutilation ou une infirmité permanente, définie à l'article 222-9 du code pénal, ou s'être rendu complice de celle-ci. "
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle () ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident () ". L'article L. 432-1 du même code prévoit ainsi que : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. " En vertu de l'article L. 432-2 de ce code : " Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à l'étranger qui cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de cette carte dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations () ".
4. Il résulte de ces dispositions que, contrairement à la délivrance d'une première carte de résident et au renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle, le refus de renouvellement de la carte de résident ne peut être fondé sur la menace pour l'ordre public que constitue la présence en France de l'étranger ou sur l'absence de respect des principes qui régissent la République française, mais peut uniquement être fondé sur l'un des motifs énoncés aux articles L. 411-5 et L. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui concernent, pour l'un, les étrangers ayant quitté le territoire français et résidé à l'étranger pendant une période de plus de trois ans consécutifs et, pour l'autre, les étrangers vivant en état de polygamie ou ayant été condamnés pour avoir commis, sur un mineur de quinze ans, l'infraction de violences ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente ou s'en étant rendu complices. En revanche, ces dispositions ne font pas obstacle à l'application de la réglementation générale autorisant qu'il soit procédé à l'expulsion d'un étranger suivant les modalités définies par le législateur en fonction de l'importance respective qu'il attache, d'une part, aux impératifs liés à la sauvegarde de l'ordre public et à leur degré d'exigence et, d'autre part, au but d'assurer l'insertion de catégories d'étrangers déterminées à raison de considérations humanitaires, du souci de ne pas remettre en cause l'unité de la cellule familiale ou de l'ancienneté des liens noués par les intéressés avec la France.
5. En l'espèce, pour refuser à M. A le renouvellement de sa carte de résident, la préfète du Loiret a retenu qu'il s'était " affranchi du respect des lois " et avait " dérogé aux obligations qui le lient " à la République française. Elle s'est fondée sur quatre condamnations prononcées en 2004, 2007, 2010 et 2020 pour des faits de conduite sans permis, circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et obstacle aux fonctions des agents chargé du contrôle et de la distribution et de l'application de produit antiparasitaire à usage agricole et assimilé et dénonciation calomnieuse, ayant entraîné des condamnations à des amendes de 300 euros, 1 000 euros avec sursis et 100 jours-amende à 10 euros. Elle a également retenu qu'il était connu défavorablement des forces de sécurité pour acquisition non autorisée de stupéfiants en 1996, vol à la roulotte en 1994, recel de bien provenant d'un vol en 2000 et menace de délits contre les personnes faits sous condition en 2009. Or, ainsi qu'il a été précisé au point précédent, la menace à l'ordre public ou le non-respect des principes de la République française ne peut être opposée à une demande de renouvellement d'une carte de résident, renouvelable de plein droit sous réserve des dispositions des articles L. 411-5 et L. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort des pièces du dossier qu'aucune des condamnations de M. A n'a été prononcée sur le fondement de l'infraction visée par ce dernier article. Par suite, et à supposer que les faits sur lesquels se fonde la préfète soient imputables au requérant, M. A est fondé à soutenir que la préfète du Loiret a entaché sa décision d'erreur de droit. Il appartient ainsi seulement, dans ces conditions, à la préfète du Loiret, ainsi qu'il a été dit au point précédent, de prendre, si elle s'y croit fondée, une mesure d'expulsion à l'encontre de M. A.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 2 février 2023 par laquelle la préfète du Loiret a refusé le renouvellement de sa carte de résident.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
7. Aux termes de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction résultant de la loi du 26 janvier 2024 : " Sous réserve de l'absence de menace grave pour l'ordre public, de l'établissement de la résidence habituelle de l'étranger en France et des articles L. 411-5 et L. 432-3, une carte de résident est renouvelable de plein droit. "
8. En l'espèce et à supposer même que le requérant soit l'auteur des faits qui sont relevés par la préfète du Loiret dans la décision litigieuse, il résulte l'instruction qu'au regard de l'ancienneté desdits faits et du quantum des peines prononcées, la présence de M. A ne peut être regardée comme constituant, à la date du présent jugement, une menace grave pour l'ordre public.
9. Par suite et eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Loiret de délivrer à M. A une carte de résident, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 25%. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat une somme totale de 1 500 euros dont 375 euros à verser à Me Larmanjat, avocate de M. A, sous réserve que Me Larmanjat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, et 1 125 euros à verser à M. A eu égard aux frais qu'il a exposés non compris dans les dépens, autres que ceux partiellement pris en charge au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la préfète du Loiret du 2 février 2023 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de délivrer à M. A une carte de résident, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Larmanjat, avocate de M. A, la somme de 375 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 125 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, Me Larmanjat et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lacassagne, président,
Mme Pajot, conseillère,
M. Gasnier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.
La rapporteure,
Anne-Laure PAJOT
Le président,
Denis LACASSAGNELa greffière,
Aurore MARTIN
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026