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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2301294

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301294

mercredi 4 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2301294
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantCOHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 avril 2023, M. B C, représenté par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer l'a informé de la perte de validité de son permis de conduire, ensemble la décision implicite rejetant le recours gracieux formé contre cette décision, ainsi que les décisions de retrait de points qui y sont mentionnées ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer son permis de conduire affecté d'un capital de points ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il revient au ministre de l'intérieur et des outre-mer de prendre en compte le stage de sensibilisation à la sécurité routière des 18 et 19 novembre 2022 ;

- l'obligation d'information préalable des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route a été méconnue ;

- la preuve de la réalité des infractions n'est pas rapportée ;

- il a présenté une réclamation conforme aux articles 529, 530 et suivants du code de procédure pénale s'agissant des infractions des 18 mars 2022, 16 juin 2020 et 28 février 2020.

Par un mémoire enregistré le 1er septembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer demande au tribunal de constater un non-lieu à statuer partiel et conclut au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- la décision 48 SI a été retirée, dès lors que quatre points ont été ajoutés au capital, qui est désormais doté de sept points, en considération du stage du 18 et 19 novembre 2022 et de la suppression des mentions afférentes aux infractions des 18 mars 2022 (4 points) et 28 février 2020 (2 points).

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur l'étendue du litige :

1. Le relevé intégral d'information du permis de conduire du requérant daté du 31 août 2023 produit par le ministre de l'intérieur et des outre-mer ne comporte aucune mention de la décision 48 SI informant le requérant de la perte de validité du permis de conduire. L'administration doit être regardée comme ayant retiré sa décision et il n'y a ainsi plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête dirigées contre cette décision ainsi que contre la décision implicite rejetant le recours gracieux présenté contre cette décision. Par ailleurs, le capital du permis de conduire du requérant est doté de sept points, résultant de l'ajout de quatre points le 20 novembre 2022 en considération du stage suivi le 18 et 19 novembre 2022 et de la suppression des mentions afférentes aux infractions du 18 mars 2022 ( 3 points) et du 28 février 2020 (2 points). Les conclusions dirigées contre ces retraits de points ont dès lors perdu leur objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions restant en litige :

S'agissant de la délivrance de l'information préalable :

2. La délivrance de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

3. L'article R. 49 du code de procédure pénale prévoit, dans son II, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-14 du même code, ultérieurement reprises à l'article A. 37-19, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée précise qu'elle entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Enfin, depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées.

4. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer produit les procès-verbaux électroniques des infractions des 16 juin 2020, 6 avril 2019, 23 février 2019 et 16 mars 2018, lesquels comportent, pour les motifs exposés au point précédent, l'ensemble des informations des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Les procès-verbaux des infractions des 16 mars 2018 et 23 février 2019 sont signés par le requérant. Les procès-verbaux des 6 avril 2019 et 16 juin 2020 comportent la mention " refus de signer ", laquelle est revêtue de la même valeur probante. Le moyen doit dès lors être écarté.

En ce qui concerne la réalité de l'infraction :

5. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. ".

6. Il résulte des articles 529, 529-1, 529-2 et du premier alinéa de l'article 530 du code de procédure pénale que, pour les infractions des quatre premières classes dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat, le contrevenant peut, dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention, soit acquitter une amende forfaitaire et éteindre ainsi l'action publique, soit présenter une requête en exonération. S'il s'abstient tant de payer l'amende forfaitaire que de présenter une requête, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée au profit du Trésor public en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public, lequel est exécuté suivant les règles prévues pour l'exécution des jugements de police. Aux termes de l'article 530 du même code, : " Dans les trente jours de l'envoi de l'avis invitant le contrevenant à payer l'amende forfaitaire majorée, l'intéressé peut former auprès du ministère public une réclamation motivée qui a pour effet d'annuler le titre exécutoire en ce qui concerne l'amende contestée. Cette réclamation reste recevable tant que la peine n'est pas prescrite, s'il ne résulte pas d'un acte d'exécution ou de tout autre moyen de preuve que l'intéressé a eu connaissance de l'amende forfaitaire majorée. S'il s'agit d'une contravention au code de la route, la réclamation n'est toutefois plus recevable à l'issue d'un délai de trois mois lorsque l'avis d'amende forfaitaire majorée est envoyé par lettre recommandée à l'adresse figurant sur le certificat d'immatriculation du véhicule, sauf si le contrevenant justifie qu'il a, avant l'expiration de ce délai, déclaré son changement d'adresse au service d'immatriculation des véhicules ".

7. En premier lieu, il ressort des mentions du relevé d'information intégral qu'un titre exécutoire a été émis pour le recouvrement des amendes forfaitaires majorées dues à raison des infractions contestées par le requérant. En application de l'article L. 223-1 du code de la route, la réalité de ces infractions est établie.

8. En second lieu, si le requérant soutient qu'il a présenté une réclamation, en application de l'article 530 du code de procédure pénale, contre l'infraction du 16 juin 2020, il n'établit pas, en tout état de cause, que cette réclamation aurait été jugée recevable par l'officier du ministère public. Le moyen doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le requérant sur le fondement des dispositions précitées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre les decisions 48 SI informant M. C de la perte de validité de son permis de conduire, rejetant le recours gracieux contre cette décision, retirant des points du capital du permis de conduire à la suite des infractions des 18 mars 2022 et 28 février 2020, ainsi que sur les conclusions tendant à l'ajout de points consécutif au stage des 18 et 19 novembre 2022.

Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

Jean-Luc A

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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