vendredi 26 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2301307 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | GAUTHIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 avril 2023, M. C F, représenté par Me Gauthier, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2022 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre à la préfète d'Indre-et-Loire d'une part, de procéder à la restitution de tout document administratif lui appartenant, et d'autre part, de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, un titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une personne qui ne disposait ni des compétences nécessaires ni d'une délégation de signature ;
- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que, résidant en France depuis cinq ans et s'étant parfaitement intégré, il justifie de motifs exceptionnels ;
- la rétention de son passeport, qui a été mise en œuvre en exécution d'une précédente mesure d'éloignement devenue caduque, ne se justifie plus ;
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et repose sur une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu des risques de persécutions que lui-même ainsi que sa femme encourent dans leur pays d'origine.
Par un mémoire enregistré le 26 mai 2023, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Lardennois a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C F, ressortissant géorgien né le 12 juin 1988, est entré de manière irrégulière sur le territoire français le 13 novembre 2017 accompagné de son épouse, elle aussi de nationalité géorgienne. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 11 septembre 2018 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 23 novembre 2018. Le 25 juillet 2019, il a sollicité de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides un réexamen de sa demande qui lui a été refusé par une décision du 31 juillet 2019. Le requérant ainsi que son épouse ont fait l'objet le 16 septembre 2019 d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français avec interdiction de retour qu'ils ont contesté devant le tribunal administratif d'Orléans. Par deux jugements du 23 octobre 2019, le tribunal a rejeté leurs requêtes. Se maintenant irrégulièrement sur le territoire français, M. F a présenté le 4 avril 2022 auprès des services de la préfecture d'Indre-et-Loire une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 15 décembre 2022, la préfète d'Indre-et-Loire lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.
Sur l'arrêté pris dans son ensemble :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B A, préfète d'Indre-et-Loire. Si par décret du Président de la République du 7 décembre 2022, publié au Journal officiel de la République française le 8 décembre 2022, il a été mis fin aux fonctions de Mme A, il n'est pas contesté que son successeur, M. E D, nommé par décret du même jour, n'a été installé dans ses nouvelles fonctions que le 2 janvier 2023. Dès lors, jusqu'à cette date, alors qu'elle n'a pas elle-même été installée dans de nouvelles fonctions et qu'aucune décision d'une autorité supérieure ne l'a invitée à cesser d'exercer celles qu'elle assumait dans le département en tant que préfète, Mme A était compétente pour prendre toute mesure entrant dans ses attributions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour :
3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
4. Le requérant soutient que la décision portant refus de titre de séjour opposée par la préfète d'Indre-et-Loire méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que, présent sur le territoire français depuis plus de cinq ans à la date de la décision attaquée, il a démontré une réelle volonté d'intégration tout comme son épouse avec laquelle il a eu un enfant né en novembre 2018. Toutefois si l'ancienneté de son séjour n'est pas contestée, elle résulte aussi du fait qu'il n'a pas déféré à une précédente mesure d'éloignement. Par ailleurs, s'il justifie d'une communauté de vie avec son épouse, il ressort des pièces du dossier que cette dernière est elle-même en situation irrégulière. Enfin, si la fille du couple est scolarisée en école maternelle, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ne pourrait pas suivre une scolarité normale en Géorgie, pays dont elle détient la nationalité. Dès lors, alors que M. F se borne à produire une promesse d'embauche établie le 25 octobre 2023, soit postérieurement à la date de la décision attaquée, par le gérant d'un garage de Joué-lès-Tours pour justifier de son intégration au sein de la société française, par ces seuls éléments, le requérant n'établit pas l'existence de motifs exceptionnels ou de circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et partant, l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision portant refus de titre de séjour n'est pas établie. Par suite, le moyen doit être écarté.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. F ait noué des liens particulièrement forts en France et d'autre part, il n'établit pas que la cellule familiale qu'il forme avec son épouse - dont il n'est pas contesté qu'elle est elle-même en situation irrégulière -, et sa fille, toutes deux de nationalité géorgienne, ne pourrait se reconstituer en Géorgie. Dès lors, alors qu'il n'établit pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans avant de venir sur le territoire français, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et méconnaîtrait, par suite, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Eu égard aux mêmes éléments, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences que la décision emporte sur sa situation personnelle doit être écarté.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination :
7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. M. F fait valoir que la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement méconnaît les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à raison des risques que lui-même et sa femme encourent en cas de retour dans leur pays d'origine. Cependant il n'assortit ses allégations concernant les violences imputées à l'ancien mari de son épouse d'aucune pièce de nature à établir la réalité des risques encourus alors qu'au demeurant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont refusé de lui reconnaître la qualité de réfugié. Par suite, le moyen doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. F doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction de délivrance d'un titre de séjour.
Sur les conclusions de M. F à fin de restitution de son passeport :
10. Aux termes de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. / Ils leur remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu ".
11. Il ressort des pièces du dossier que M. F s'est vu retirer son passeport le 25 septembre 2020 alors qu'il était placé en rétention administrative en vue de l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement dont il faisait l'objet et qu'un récépissé valant justification d'identité lui a été remis. S'il entend soutenir que cette précédente mesure d'éloignement est devenue caduque, se trouvant en situation irrégulière sur le territoire français et faisant l'objet d'une nouvelle obligation de quitter le territoire français dont il résulte du point 9 qu'elle n'est pas entachée d'illégalité, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet retiendrait illégalement son passeport.
12. Il résulte de ce qui précède qu'en tout état de cause, les conclusions présentées par M. F à fin de restitution de ses documents administratifs doivent être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme réclamée au titre des frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C F et au préfet d'Indre-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.
Le rapporteur,
Stéphane LARDENNOIS
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
Le greffier,
Alexandre HELLOT
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026