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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2301325

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301325

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2301325
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET DUPLANTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 avril 2023 et le 17 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Duplantier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2022 par lequel la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé l'autorisant à séjourner en France et à y travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 300 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale dès lors que la préfète ne lui a pas formellement opposé un refus de titre de séjour ;

- à supposer que l'arrêté attaqué comporte une décision implicite de refus de séjour, cette décision est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français devra être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision implicite de refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 septembre 2024, la préfète du Loiret, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lesieux a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né en 1996, est, selon ses déclarations, entré en France le 5 mars 2022 en provenance d'Ukraine où il résidait sous couvert d'une carte de résident temporaire valable du 8 septembre 2021 au 12 août 2022. Le 16 mai 2022, il a sollicité le bénéfice de la protection temporaire prévue aux articles L. 581-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 juin 2022, la préfète du Loiret a refusé de faire droit à sa demande puis par un arrêté du 27 décembre 2022, dont M. B demande l'annulation, elle l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du même code.

2. Aux termes de l'article L. 581-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger exclu du bénéfice de la protection temporaire ou qui, ayant bénéficié de cette protection, cesse d'y avoir droit, et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre, doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ".

3. M. B soutient qu'il n'a fait l'objet d'aucun refus de délivrance d'un titre de séjour préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement attaquée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 1 du présent jugement, que la préfète du Loiret a, par un arrêté du 28 juin 2022, dont l'intéressé a reçu notification en mains propres le jour même à 11h30, refusé de l'admettre au séjour au titre de la protection temporaire. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait dépourvue de fondement légal.

4. En outre, il ressort de l'examen de l'arrêté attaqué que la préfète du Loiret, avant de prendre sa décision, et comme il lui est loisible de le faire à titre gracieux, a examiné la situation de l'intéressé au regard d'une possible admission exceptionnelle au séjour qui aurait pu faire obstacle à l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français à son encontre. Ce faisant, la préfète n'a pas entendu, même implicitement, lui refusé la délivrance d'un titre de séjour, qui n'avait au demeurant, pas été demandé. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation à lui avoir opposé un refus de titre de séjour sont inopérants. Le requérant ne peut, par ailleurs, pas utilement invoquer l'illégalité d'un tel refus de titre de séjour pour solliciter l'annulation par voie de conséquence, de l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été faite.

5. En tout état de cause, en se bornant à faire valoir que sa sœur et leurs deux amis sont dans la même situation que lui, que la préfète a retiré les décisions portant obligation de quitter le territoire français prises à leur encontre, qu'il n'est pas parvenu comme eux à s'inscrire à l'université d'Orléans mais qu'il suit des cours à distance à l'Institut National Universitaire Champollion d'Albi et que la promesse d'embauche qu'il a présentée aux services de la préfecture n'est pas un " faux fabriqué avec la complicité de l'employeur ", M. B ne justifie pas de motifs exceptionnels qui auraient dû conduire la préfète du Loiret à faire usage de son pouvoir de régularisation et à ne pas prendre, à son encontre, une décision portant obligation de quitter le territoire français.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 décembre 2022 de la préfète du Loiret doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lesieux, présidente,

Mme Bernard, première conseillère,

Mme Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

L'assesseure la plus ancienne,

Sophie LESIEUX

Pauline BERNARD

La greffière,

Nadine REUBRECHT

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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