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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2301348

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2301348

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2301348
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Orléans rejette la requête de Mme B, ressortissante tunisienne, qui contestait le refus de renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjoint d'un titulaire d'une carte "passeport talent", assorti de l'attribution d'une carte "visiteur". Le tribunal estime que la décision est suffisamment motivée et que la préfète a procédé à un examen particulier de sa situation. Il juge inopérant le moyen tiré de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la requérante n'ayant pas sollicité ce titre. Enfin, il écarte la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 avril 2023, Mme A B, représentée par Me Elmasry, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 février 2023 par laquelle la préfète du Loiret lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjoint d'un étranger titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle " passeport talent " et lui a attribué une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " ;

2°) d'enjoindre à la préfète de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la motivation de la décision est insuffisante, lacunaire et stéréotypée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- la préfète a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant un titre de séjour sur ce fondement et en lui attribuant un titre de séjour portant la mention " visiteur " ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Par un mémoire enregistré le 8 juin 2024, la préfète du Loiret, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante tunisienne née le 30 novembre 1990, a demandé le 20 janvier 2023 le renouvellement de son titre de séjour valable du 1er septembre 2020 au 31 décembre 2022 obtenu en qualité de " conjoint d'un étranger titulaire d'une CSP passeport talent ". Par une décision du 8 février 2023, dont la requérante demande l'annulation, la préfète du Loiret a rejeté sa demande mais lui a attribué une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur ".

2. En premier lieu, la décision en litige en tant qu'elle rejette la demande de Mme B de renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjoint d'un étranger titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle " passeport talent " a été prise au motif que le conjoint de l'intéressée " ne bénéficie plus d'un titre en qualité de "passeport talent" mais en qualité de "travailleur temporaire" ". Cette motivation, qui permet à la requérante de contester utilement le bien-fondé du refus de renouvellement de son titre de séjour, est suffisante. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et, en particulier des mentions de la décision attaquée, que la préfète du Loiret a procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de Mme B avant de lui refuser le renouvellement de son titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".

5. La préfète du Loiret, qui n'était pas saisie par Mme B d'une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'était pas tenue d'examiner d'office si la requérante pouvait prétendre à un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit donc être écarté comme inopérant.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. La requérante se prévaut de la présence régulière de son époux sur le territoire français, de l'obtention en janvier 2021 d'un MBA spécialisé ESG en gestion des ressources humaines, de son intégration professionnelle dès lors qu'elle a travaillé en tant qu'assistante d'agence du 18 janvier 2021 au 30 novembre 2021 et de son intention de rechercher activement un emploi étant désormais prête, après la naissance de son enfant le 3 mars 2022, à reprendre sa carrière professionnelle. L'intéressée n'établit toutefois pas qu'à la date de la décision attaquée elle aurait entrepris des démarches pour trouver un emploi et qu'ainsi, en lui délivrant un titre de séjour portant la mention " visiteur ", qui ne l'autorise pas à travailler, la préfète du Loiret l'aurait privée du droit d'exercer un emploi régulier et de subvenir aux besoins de sa famille. Il s'ensuit, et ce alors que Mme B est autorisée à séjourner régulièrement en France, que la préfète du Loiret n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations citées au point précédent.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la décision du 8 février 2023 de la préfète du Loiret doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte. Il doit en être de même de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sophie Lesieux, présidente,

Mme Bernard, première conseillère,

Mme Fatoumata Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

La rapporteure,

La présidente,

Fatoumata C

Sophie LESIEUX

La greffière,

Nadine REUBRECHT

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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