jeudi 23 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2301358 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SCP CARIOU LEVEQUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 avril 2023, M. F A, représenté par
Me Cariou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, l'a obligé à remettre son passeport ou tout autre document d'identité ou de voyage en sa possession aux services de police ou, à défaut de détenir de tels documents, de se présenter dans les plus brefs délais aux autorités consulaires, l'a obligé à se présenter tous les mardis et jeudis à 8h30 au commissariat de police de Blois pour justifier des démarches en vue de quitter le territoire national et l'a informé qu'une interdiction de retour serait prise à son encontre s'il se maintenait sur le territoire au-delà du délai de départ
volontaire ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étranger malade " ou " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, et ce sous astreinte de 50 euros par jour de retard et dans l'attente de la délivrance de ce titre de séjour de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail dans un délai de huit jours sous la même condition d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son avocat sur le fondement des articles 37 et 75 de la loi n°91-647 du 10 Juillet 1991 relative à l'aide juridique, et L. 761-1 du code de justice administrative, moyennant renonciation de celui-ci à percevoir la contribution versée par l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente, M. E ne bénéficiant notamment pas d'une délégation de signature pour prononcer les décisions autres que celles portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination ;
- il est insuffisamment motivé ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation ;
- l'avis du collège de médecins de l'OFII n'a pas été produit ; s'il est produit, il conviendra de s'assurer qu'il est motivé, qu'il a été pris par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'OFII, et sur la base d'un rapport médical établi par un médecin ne siégeant pas au sein de ce collège ;
- le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard de son état de santé et méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- un retour en Guinée lui fait courir un risque réel pour sa santé dans la mesure où il ne pourra y avoir un accès aux soins nécessaires ;
- le préfet n'a pas exercé son pouvoir d'appréciation et s'est senti lié par l'avis médical émis par l'OFII ;
- le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté attaqué méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'arrêté est contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- compte tenu de son ancienneté sur le territoire national, un délai supérieur à trente jours aurait dû lui être accordé pour quitter le territoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapporteur public, autorisé par Mme Rouault-Chalier, présidente de la formation de jugement, a été dispensé, sur sa proposition, d'avoir à prononcer des conclusions.
Le rapport de Mme Palis De Koninck a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. F A, ressortissant guinéen né le 17 décembre 1983, est entré sur le territoire français muni d'un visa C le 6 juillet 2018. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. La reconnaissance de la qualité de réfugié lui a été refusée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 7 avril 2020 et la Cour nationale du droit d'asile le 7 décembre 2021. M. A a déposé une demande de réexamen, le 14 janvier 2022, qui a été rejetée comme irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 20 janvier 2022. Le 1er septembre 2022, il a sollicité du préfet de Loir-et-Cher la délivrance d'un titre de séjour pour raisons médicales. Par l'arrêté attaqué du 26 janvier 2023, le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a désigné le pays de destination de la mesure d'éloignement, l'a obligé à remettre son passeport ou tout autre document d'identité ou de voyage en sa possession aux services de police ou à défaut de détenir de tels documents de se présenter dans les plus brefs délais aux autorités consulaires, l'a obligé à se présenter tous les mardis et jeudis à 8h30 au commissariat de police de Blois pour justifier des démarches en vue de quitter le territoire national et l'a informé qu'une interdiction de retour serait prise à son encontre s'il se maintenait sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 26 janvier 2023 a été signé par
M. Nicolas Hauptmann. Par un arrêté du 25 janvier 2021, publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Loir-et-Cher, M. C B, préfet de Loir-et-Cher, a donné à M. Nicolas Hauptmann, secrétaire général de la préfecture, une délégation de signature à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département () / A ce titre cette délégation comprend donc, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers () ". Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. L'arrêté attaqué vise les textes dont le préfet de Loir-et-Cher a fait application, notamment les articles L. 425-9 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il rappelle les conditions de l'entrée et du séjour en France de l'intéressé et indique de manière précise les considérations de fait propres à la situation de M. A, notamment s'agissant de ses demandes d'asile, de son état de santé et de sa situation personnelle et familiale, sur lesquelles le préfet, qui n'était pas tenu de rappeler de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, s'est fondé pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité et lui faire obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation en fait comme en droit de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de Loir-et-Cher n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. A. Il a notamment examiné la demande de titre de séjour mention " étranger malade " présentée par le requérant mais également étudié la possibilité de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office () transmet son rapport médical au collège de médecins () ". L'article R. 425-13 de ce même code prévoit que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle () / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office ".
7. Il résulte de la combinaison des dispositions citées au point précédent que la régularité de la procédure implique, pour respecter les prescriptions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que les documents soumis à l'appréciation du préfet comportent l'avis du collège de médecins et soient établis de manière telle que, lorsqu'il statue sur la demande de titre de séjour, le préfet puisse vérifier que l'avis au regard duquel il se prononce a bien été rendu par un collège de médecins tel que prévu par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'avis doit, en conséquence, permettre l'identification des médecins dont il émane. L'identification des auteurs de cet avis constitue ainsi une garantie dont la méconnaissance est susceptible d'entacher l'ensemble de la procédure. Il en résulte également que, préalablement à l'avis rendu par ce collège de médecins, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, doit lui être transmis et que le médecin ayant établi ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet. En cas de contestation devant le juge administratif portant sur ce point, il appartient à l'autorité administrative d'apporter les éléments qui permettent l'identification du médecin qui a rédigé le rapport au vu duquel le collège de médecins a émis son avis et, par suite, le contrôle de la régularité de la composition du collège de médecins. En revanche, il ne résulte d'aucune de ces dispositions, non plus que d'aucun principe, que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ou l'arrêté préfectoral refusant le séjour au titre de ces mêmes dispositions devrait porter mention du nom du médecin qui a établi le rapport médical, prévu par l'article R. 425-12, qui est transmis au collège de médecins de l'Office.
8. Le préfet de Loir-et-Cher a produit, en cours d'instance, l'avis médical du
10 janvier 2023 qui comporte la date, le nom, la qualité et la signature des trois médecins l'ayant émis ainsi que la décision du 1er octobre 2021 du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration portant désignation de ces médecins. Il ressort de cet avis que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est prononcé sur l'intégralité de la situation médicale de l'intéressé, en apportant les précisions sur son état de santé exigées par l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016. Il a ainsi indiqué que cet état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. En outre, il ressort du même document, qui porte mention de l'identité des trois médecins l'ayant émis, que le rapporteur, à savoir le docteur D, n'a pas siégé au sein du collège ayant rendu l'avis. Cet avis étant de nature à permettre au préfet de prendre une décision de façon éclairée quant à la nécessité de délivrer un titre de séjour au requérant, ce dernier n'est, par suite, pas fondé à soutenir que la consultation du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est entachée d'un vice de procédure.
9. En cinquième lieu, si pour refuser de délivrer à M. A le titre de séjour
qu'il sollicitait, le préfet de Loir-et-Cher s'est approprié les termes de l'avis rendu le
10 janvier 2023 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'il se serait estimé lié par cet avis. Il résulte, en effet, des motifs mêmes de la décision attaquée qu'il s'est livré à un examen de la situation personnelle de l'intéressé. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet de Loir-et-Cher a méconnu l'étendue de sa compétence en se croyant à tort en situation de compétence liée par l'avis médical du 10 janvier 2023 doit être écarté.
10. En sixième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dont il peut effectivement bénéficier dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires et des éventuelles mesures d'instruction qu'il peut toujours ordonner.
11. Pour refuser de délivrer à M. A un titre de séjour en qualité d'étranger malade, le préfet de Loir-et-Cher s'est fondé sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 10 janvier 2023 qui a estimé que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entrainer de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Pour contester cet avis, le requérant, qui a levé le secret médical, produit plusieurs documents médicaux qui établissent qu'il a souffert en Guinée d'une fracture per-trochantérienne de la hanche et d'une fracture diaphysaire du fémur gauche et qu'à son arrivée en France, il a bénéficié d'une cure de cal vicieux. Dans son certificat médical établi le 17 mars 2022, le praticien hospitalier qui a opéré M. A précise qu'il se déplace avec une canne et une importante boiterie d'esquive, que sa gêne principale se situe au niveau de la diaphyse du fémur et que sa hanche est asymptomatique. Le requérant produit également une attestation établie le 8 septembre 2022 par le médecin coordinateur d'un centre ophtalmologique qui indique qu'il présente un handicap visuel nécessitant une prise en charge spécifique. Toutefois, aucun des documents de nature médicale produits par M. A n'expose qu'un défaut de prise en charge de ses différentes pathologies aurait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour pour raisons de santé, le préfet de Loir-et-Cher aurait commis une erreur d'appréciation. Le moyen est dès lors écarté.
12. En septième lieu, si M. A soutient qu'un retour en Guinée lui fait courir un risque réel pour sa santé dans la mesure où il ne pourra pas y avoir accès aux soins nécessaires à son état de santé, il résulte de ce qui vient d'être dit au point précédent que le défaut de prise en charge médicale de l'intéressé ne devrait pas avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le moyen ne peut qu'être écarté.
13. En huitième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ". Aux termes de l'article
L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
14. Si M. A soutient qu'il a quitté la Guinée en 2018 et qu'il a construit sa vie en France où il a des attaches amicales et où il est impliqué comme bénévole, il est constant qu'il ne dispose d'aucune attache familiale sur le territoire. Son épouse et leurs deux enfants sont restés en Guinée lorsqu'il est arrivé en France et résideraient aujourd'hui, selon lui, au Sénégal. Dans ces conditions, faute d'établir l'existence de liens personnels et familiaux intenses et stables en France, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni que le préfet de Loir-et-Cher a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle, professionnelle et familiale.
15. En neuvième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle justifie au regard des motifs exceptionnels que ce dernier fait valoir. Dans ces conditions, il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.
16. M. A soutient que l'ancienneté de son séjour en France, ses liens dans ce pays, ses démarches d'insertion et ses problèmes de santé constituent des motifs humanitaires et exceptionnels. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit aux points 11 et 14 que, d'une part,
M. A ne justifie pas disposer d'attaches familiales en France et, d'autre part, que le défaut de prise en charge de son état de santé ne devrait pas entrainer pour lui de conséquences d'une exceptionnelle gravité. En outre, la circonstance qu'il aide des enfants de son entourage à faire leurs devoirs scolaires n'est pas suffisante pour démontrer une réelle insertion. Dans ces conditions, les circonstances invoquées ne constituent pas des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet de Loir-et-Cher doit dès lors être écarté.
17. En dixième lieu, si le requérant soutient que l'arrêté est contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'il encourt un risque de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, il est constant que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile et qu'il ne produit à l'appui de ses écritures, aucune pièce de nature à établir la réalité du risque dont il se prévaut. Le moyen est dès lors écarté.
18. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision./ L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ". En l'espèce, M. A n'invoque aucune circonstance particulière qui aurait justifié que le préfet de Loir-et-Cher lui accorde un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Le moyen sera écarté.
19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la l'arrêté du 26 janvier 2023 du préfet de Loir-et-Cher doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et de celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et au préfet de Loir-et-Cher.
Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Rouault-Chalier, présidente,
Mme Palis De Koninck, première conseillère,
Mme Bernard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.
La rapporteure,
Mélanie PALIS DE KONINCK
La présidente,
Patricia ROUAULT-CHALIER
La greffière,
Emilie DEPARDIEU
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026